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Tansman, Chostakovitch de l’Ouest ?

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Alexandre Tansman (1897-1986) : Symphonie de chambre (premier enregistrement mondial) ; Sinfonietta n°1 et n°2 ; Sinfonia Piccola. Orchestre de la Suisse italienne, direction : Oleg Caetani. 1 CD Chandos CHAN 10574. Code barre 0 95115 15742 8. Enregistré en 2009 à Lugano, Suisse. Texte de présentation trilingue (français, anglais, allemand). Durée : 61’06’’

 

Ayant achevé le cycle symphonique pour grand orchestre d’ paru en 3 volumes chez Chandos, Oleg Caetani aborde les symphonies de chambre. Le chef italien voit en Tansman un « Chostakovitch de l’Ouest ». Parmi les points communs entre les destins du Russe et du Polonais, tous les deux rencontrent le succès très rapidement, sont couverts d’honneurs et de décorations, et s’affranchissent des injonctions politiques et musicales de leur temps pour suivre leur propre chemin, au prix d’un exil intérieur. Parmi les différences, Chostakovitch deviendra de son vivant un classique en URSS et il est une référence pour les générations de compositeurs qui l’ont suivi (Schnittke, Tishchenko). Tansman, naturalisé Français, plongera progressivement dans l’oubli après la guerre, et son attachement de toute une vie à l’école néo-classique n’a pas pour l’heure inspiré les jeunes générations.

Ce quatrième volume, qui abandonne l’Orchestre Symphonique Melbourne et le format SACD et opte pour l’ en format, parcourt toute la vie créatrice de Tansman. La Sinfonietta n°1 (1924) a la fraîcheur et la verve des années 20, et sera jouée par Koussevitzky, Stokowski, Monteux… La Sinfonia Piccola (1951-1952), effervescente, gaie, ose s’inscrire dans la continuité de l’après-guerre. Ce que l’on considère aujourd’hui, avec le recul, comme une fidélité à soi-même, était à l’époque la preuve d’un atroce passéisme. La Symphonie de chambre (1960) est d’une teinte plus sombre et nostalgique avec une émouvante Elégie centrale, sorte d’Adagio de Barber qui ne larmoierait pas. Avec beaucoup de pudeur et de retenue, elle évoque l’exil et les souffrances de la guerre. Elle voit ici son premier enregistrement. La Sinfonietta n°2 (1978) voit un homme de quatre-vingts ans se réconcilier avec sa patrie. Ayant composé sur une commande de la Radio polonaise, il s’émerveille de l’accueil triomphal qu’il reçut à la création à Varsovie. L’œuvre, conservant la manière tansmanienne faite de légèreté virtuose et d’allusions, ferme le cycle d’une vie d’exil en intégrant comptines et folklore polonais. Avec un sens amer de l’autodérision, il dira du chef d’orchestre qui assura la création de la Sinfonietta et en est le dédicataire : il est « le seul chef polonais qui sait que j’existe (ou ai existé) ».

Parions qu’ poursuivra son exploration de l’œuvre prolifique de Tansman avec ses concertos, ballets et qui sait ses opéras ? Il le faudrait car l’art du compositeur, trompeusement facile d’accès et dissimulant ses sentiments derrière un vrai talent d’orchestrateur, prend davantage de relief et de consistance à chaque parution.

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Alexandre Tansman (1897-1986) : Symphonie de chambre (premier enregistrement mondial) ; Sinfonietta n°1 et n°2 ; Sinfonia Piccola. Orchestre de la Suisse italienne, direction : Oleg Caetani. 1 CD Chandos CHAN 10574. Code barre 0 95115 15742 8. Enregistré en 2009 à Lugano, Suisse. Texte de présentation trilingue (français, anglais, allemand). Durée : 61’06’’

 
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