Nous aimons le Printemps II

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Monaco, Salle Garnier & Auditorium Rainier III. 21-III-2010. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonates pour violon et piano n°1, 2 et 3. Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77 ; Sérénade n°1 en ré majeur op. 11. Raphaël Oleg, violon ; Artur Pizarro, piano ; Viviane Hagner, violon ; Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Hugh Wolff

Printemps des Arts de Monte-Carlo

 

Le ciel bas et lourd de ce dimanche 21 mars que le festival du Printemps des Arts consacrait tout entier à Brahms, semblait rappeler, d’une certaine manière, l’atmosphère des brumes du nord chère au compositeur allemand ! Sur la scène de l’Opéra Garnier, aux côtés du pianiste portugais donnait en matinée les trois Sonates pour violon et piano du Maître de Hambourg. Depuis 2005, les deux artistes qui se connaissent bien ont fondé, avec la violoncelliste Joséphine Knight, un trio qui a fait ses débuts au Wigmore Hall de Londres.

La première Sonate en sol majeur est abordée avec une grande retenue de la part du violoniste qui, visage sombre, presque fermé, est peu enclin à s’épancher. Le jeu fluide et un rien superficiel d’ semble aux antipodes de la tension intérieure qui anime son partenaire. L’entente est cordiale mais l’osmose sonore peine à se faire. D’un format plus ample, la deuxième Sonate en la majeur appelle une gamme plus riche de nuances et de couleurs qui semblent ternir sous les doigts du pianiste. mène avec beaucoup de fermeté sa partie très exigeante sans qu’aucun signe de détente ne se lise, dans son attitude comme dans sa sonorité d’ailleurs. L’Allegretto grazioso plein de rebondissements manque à ce titre d’un certain charme sonore. L’admirable Sonate n°3 en ré mineur suscite fort heureusement un regain d’énergie et une intensité accrue chez les deux interprètes abordant le premier mouvement de manière plus vivante ; après le sublime adagio qui cristallise un moment d’émotion intense, le Scherzo et le Presto agitato, assumés par Raphaël Oleg avec une fermeté de main gauche irréprochable, sont enlevés brillamment par les deux interprètes. Il suffisait de quelques mots adressés à l’auditoire par un Raphaël Oleg enfin souriant pour détendre l’atmosphère. Donné en bis, le Scherzo posthume pour violon et piano écrit par Brahms à l’âge de 20 ans pour son ami violoniste Joseph Joachim nous faisait découvrir une page d’un bel élan juvénile.

Le plateau de l’Auditorium Rainer III situé en bord de mer accueillait en soirée l’orchestre du Luxembourg sous la baguette d’ pour un concert de prestige réunissant deux pièces d’envergure du Maître de Hambourg. Aux côtés du chef, très investi face à un orchestre superbement préparé, la violoniste allemande s’impose avec maestria dans le puissant Concerto pour violon en ré majeur – écrit, lui-aussi, pour le virtuose Joseph Joachim – qu’elle aborde avec une sûreté d’archet et un panache éblouissant. La sonorité est lumineuse et magnifiquement projetée pour engager avec l’orchestre le développement serré du premier mouvement. Après un Adagio bien conduit mettant en valeur le pupitre des bois, l’éclatant final confirme la solidité de jeu de la soliste assumant un parcours sans faille.

Le choix de la Sérénade n°1 opus 11 dans sa version pour orchestre projetait l’image plus souriante et relativement sereine d’un Brahms encore jeune, abordant avec prudence l’écriture orchestrale à l’aune du classicisme viennois. Destinée à l’origine pour un ensemble de chambre, l’œuvre est révisée par deux fois sur le conseil de Clara Schumann. Dans sa forme définitive en six parties, la Sérénade oscille entre mouvements de Symphonie (1 à 3) et pièces de Divertimento plus légers (Menuets, Scherzo, Rondo). tire des sonorités d’orchestre une riche palette de couleurs et si l’on eût souhaité par instants plus de clarté dans l’articulation des phrases, l’immersion sonore est totale dans ce parcours de cinquante minutes laissant poindre ça et là les composantes d’un style à venir.

Crédit photographique : Raphaël Oleg © Jacques Fustier

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