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Stravinsky et Bruckner fort bien dirigés par Herbert Blomstedt

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 24-III-10. Igor Stravinsky (1882-1971) : Concerto pour piano et instruments à vent. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 5 en si bémol majeur, A. 96. Olli Mustonen, piano. Orchestre de Paris, direction : Herbert Blomstedt.

Les harmonies savoureusement sèches, aigres ou stridentes du Stravinsky néo-classique ont ouvert le concert avec bonheur. Le pianiste en a fait ressortir le côté ludique et pince-sans-rire, tout en restant engagé et même tendre dans les premières pages du Largo central. Les phrasés expressifs des bois qui lui répondaient ont fait honneur à l’orchestre, juxtaposés à des sections massives et à des progressions rythmiques typiques du compositeur. La brillante technique du pianiste s’est dévoilée notamment dans les passages rapides du dernier mouvement : après un interlude grinçant, le concerto s’est achevé sur une pirouette disloquée et virevoltante. L’ensemble des musiciens, sous la baguette légère d’, ont rendu habilement le mélange d’ironie, de pastiche et de sérieux qui caractérisent les œuvres de Stravinsky durant cette période. Cette brève première partie s’est achevée sur un bis d’une atmosphère différente, laissant place à la mélopée, aux échos, aux résonnances et à l’apaisement.

La deuxième partie fut plongée dans une tout autre atmosphère, imbibée du XIXe siècle allemand. Le chef choisit de privilégier continuité et mouvement d’ensemble, animant des textures orchestrales toujours lisibles et claires. La superposition de thèmes expressifs aux pizzicatos des cordes a été fort bien rendue dans le premier mouvement. L’Adagio a laissé place à une nostalgie plus romantique avec ses thèmes confiés aux vents, en particulier au hautbois, avant d’évoluer vers une plénitude lyrique, apaisée par le calme de la coda et de ses bribes thématiques. Le parti-pris de légèreté, contrastant avec l’image souvent véhiculée d’un Bruckner «lourd et pesant», a culminé avec succès dans les rythmes dansants de Ländler du Scherzo, lueurs populaires mises en valeur par . On a ensuite admiré la clarté de la polyphonie du Finale, aux contrepoints sombres ou lumineux. Les respirations savamment ménagées dans cette trame ont permis aux climax successifs de ressortir davantage, en dépit de la longueur du mouvement, jusqu’à l’apogée finale, déferlement de sonorités cuivrées, impressionnant sommet sonore.

Crédit photographique : © J. Mitchell

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