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Yutaka Sado, chef d’orchestre

Artistes, Chefs d'orchestre, Entretiens

Diplômé de la Kyoto Municipal Horikawa High School ainsi que de la Kyoto City University of Arts, Yutaka Sado a travaillé à partir de 1987 aux Etats-Unis avec Leonard Bernstein et Seiji Osawa dont il est par la suite devenu l’assistant. En 1989, il a remporté le Premier Grand Prix du 39e concours International de chef d’orchestre de Besançon. Ce prix est suivi d’un autre en 1995, le Grand Prix du concours International Leonard Bernstein. L’année 1993 marque le début de sa collaboration avec l’Orchestre Lamoureux en tant que chef principal. Cette collaboration a pris fin en mars dernier. Cette interview a été réalisée à l’occasion de son dernier concert avec l’Orchestre Lamoureux. Rencontre.

 

Resmusica : vous allez diriger ce soir pour la dernière fois l’Orchestre Lamoureux après 17 ans en tant que chef principal. Que garderez-vous comme souvenirs de ces 17 ans, aussi bien les positifs que les négatifs ? 
 : Bien sûr, 17 ans c’est long et nous avons de formidables souvenirs. Nous avons eu des moments difficiles, non pas pour des raisons musicales, mais financières, nous avons dû quitter la Salle Pleyel et quelques fois, nous n’avons pas travaillé ensemble… Cependant, pendant ces 17 ans, nous nous sommes aimés les uns les autres, nous avons travaillé très dur et nous avons toujours essayé de faire de notre mieux. Vous savez, il y a beaucoup de très bons orchestres dans le monde, bien meilleurs que l’Orchestre Lamoureux et nous les savons. Cependant, nous pouvons dire «nous sommes Lamoureux» et nous avons notre propre son, très spécial.

RM : Pouvez-vous maintenant nous dire quelle était votre situation il y a 17 ans avant, que vous ne commenciez avec l’Orchestre Lamoureux ?
YS : Il y a 17 ans, je suis venu à Paris de Bordeaux où j’avais un travail, juste pour 1 an, en tant qu’assistant du chef Alain Lombard après avoir gagné un concours à Besançon. Suite à cela, j’étais libre, c’était fin 1992, et j’ai déménagé à Paris. Paris est une ville très pratique pour voyager, aller au Japon ou dans d’autres villes et c’est aussi une très belle ville. De plus, mon agent était à Paris. Pour ces différentes raisons, j’ai décidé que Paris allait être ma base en Europe.

RM : Racontez-nous maintenant vos débuts avec l’Orchestres Lamoureux.
YS : C’est avec l’Orchestre Lamoureux que j’ai commencé à faire des concerts à Paris. Pendant la première répétition j’étais très nerveux je crois. J’avais 31 ans. Nous avons répété l’ouverture de Don Giovanni et Pulcinella de Stravinsky. Après la répétition, des membres sont venus me voir et ils m’ont dit : «Yutaka, la répétition était formidable, s’il vous plait, revenez nous diriger !». J’étais bien entendu très heureux et très content d’entendre cela. Après le 2ème jour, plus de musiciens sont venus et finalement, après le concert, tous les membres sont venus me voir dans les coulisses. J’avais commencé à diriger à Bordeaux et au Japon. J’ai accepté cette proposition d’être chef principal. Immédiatement, l’orchestre a progressé. L’orchestre était constitué d’un jeune chef et de jeunes musiciens. La Salle Pleyel, où on jouait affichait très souvent complet.

RM : Et sur l’aspect plus spécifiquement musical, y a-t-il des souvenirs que vous souhaitez partager ? 
YS : En 17 ans, nous avons bien sûr joué beaucoup d’œuvres, beaucoup de répertoire français (Chabrier, Debussy, Ibert), mais aussi Beethoven, Dvořák, Tchaïkovski, Mahler ou encore Chostakovitch, et du jazz, avec, notamment, un enregistrement de Bernstein. Et je n’ai jamais oublié la Symphonie n°5 de Chostakovitch…c’était une grande interprétation.

RM : Vous nous avez parlé tout à l’heure de la jeunesse des membres de l’Orchestre Lamoureux… Y a-t-il un travail spécifique à faire avec de jeunes musiciens ? 
YS : Les jeunes musiciens doivent acquérir de l’expérience, apprendre à entraîner un pupitre. Quand je les ai rencontrés, ils étaient bons instrumentistes, bien sûr, mais pas de bons leaders. «Vous devez compter ici» ; «vous devez démarrer ici», j’ai passé beaucoup de temps à cela. Aujourd’hui, ils sont toujours jeunes, mais ils me connaissent et ils savent maintenant réagir au moindre de mes petits mouvements, par exemple si je bouge mon doigt de 5 cm…

RM : Avez-vous pu constater une différence entre les orchestres de différents pays dans la façon d’aborder une œuvre par exemple ? 
YS : Oui. Par exemple, en répétition, je dis «nous devons jouer au tempo !», les français répondent «oui», mais après, c’est comme un trafic…un s’arrête, l’autre avance…et nous devons nous arrêter. Dans l’Orchestre Lamoureux ils disent oui, mais nous prenons 10 ou 15 minutes car nous reprenons plusieurs fois. Dans les orchestres allemands c’est différents. Quand je dis «nous devons jour au tempo, ils ne répondent pas «oui» si vite, mais quand ils disent «oui», ils jouent tout de suite au tempo voulu.

RM : Mais au final vous avez toujours ce que vous voulez…
YS : Oui.

RM : Vous avez beaucoup apporté à cet orchestre, mais cet orchestre vous a-t-il également enrichi ? 
YS : Oui. J’ai beaucoup appris avec l’Orchestre Lamoureux.

RM : Parmi les œuvres que vous n’avez pas encore jouées, y en a-t-il que vous voudriez absolument diriger dans votre carrière ? 
YS : Je connais bien cet orchestre et le nombre de répétition que nous pouvons avoir. Pour cette raison, je n’ai pas joué avec eux Richard Strauss, par exemple, ou encore les symphonies de Brahms. Pour Richard Strauss, par exemple, nous avons besoin de plus de répétitions que ce que nous habituellement. Si dans le futur je dirige cet orchestre en tant que chef invité, avec davantage de répétitions, je voudrais diriger Ein Heldenleben ou encore la Symphonie Alpestre.

RM : Et vous avez déjà, depuis vos débuts, dirigé des opéras ? 
YS : Oui, j’en ai dirigé, mais pas beaucoup. Par exemple, à Bordeaux, j’ai dirigé Così fan Tutte et Madame Butterfly ou encore Lohengrin. Pour le Festival d’Aix en Provence, j’ai dirigé La Traviata, il y a 4 ou 5 ans, avec l’Orchestre de Paris. J’ai également dirigé du répertoire lyrique avec l’Orchestre de la Suisse Romande au festival d’Orange et j’ai dirigé La Flûte enchantée, La Veuve Joyeuse, La Chauve-souris au Japon. Ou encore, la semaine dernière, j’ai dirigé à Turin un opéra de Britten, Peter Grimes.

RM : Nous savons que vous allez maintenant vous orienter vers de nouveaux horizons et diriger un orchestre en Allemagne. Vous avez des projets précis avec ce nouvel orchestre ? 
YS : Oui. Vous savez, quand j’étais petit et qu’à l’école on nous demandait d’écrire ce qu’on voulait faire comme métier, j’écrivais «je veux être chef d’orchestre de l’Orchestre Philharmonique de Berlin». L’an prochain, je vais diriger l’Orchestre Philharmonique de Berlin…finalement, je l’aurai eu ! En Allemagne, ce sont principalement des projets de musique symphonique. J’ai eu il y a quelques temps un grand succès à Turin avec du répertoire lyrique et ils veulent m’inviter à nouveau…donc, les projets d’opéras, ce sera principalement en Italie. Je suis également très occupé au Japon. Je suis directeur artistique à Kobe et j’ai également une émission de télévision, tous les dimanches matin.

RM : Vous avez précisé que vous allez diriger des opéras surtout en Italie, néanmoins, étant donné que vous allez diriger l’Orchestre Philharmonique de Berlin, pensez-vous un jour à être invité à diriger le Festival de Bayreuth ?
YS : J’aime beaucoup Wagner. Si je pouvais avoir cette chance, bien sûr ça me plairait, mais pour le moment ceci n’est pas encore réalité pour moi. Pour le moment, je veux aller à Bayreuth en tant que spectateur !

RM : Aujourd’hui, vous dirigez votre dernier concert avec l’Orchestre Lamoureux, comment vous sentez-vous ? 
YS : Un peu triste bien sûr, car j’aime beaucoup cet orchestre. C’est très difficile de diriger aujourd’hui. Faire de la musique avec eux, c’est trop beau. Pour moi c’est vraiment beau. Faire de la musique avec eux c’est faire de la musique, bien sûr, mais c’est aussi bien plus que cela. Ils m’ont fait grandir en tant que chef d’orchestre. Je veux profondément leur dire «merci». C’est un orchestre historique. C’est difficile de parler en un mot de cet orchestre.

 Crédit photographique : © Orchestre Lamoureux

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