Éditos

Travail d’amateur !

 

Edito d’avril

Imaginez un grand orchestre réputé, qui à cette date n’a pas prévu la moitié de ses programmes pour 2010/11. Imaginez le directeur musical de cet orchestre, qui fera sa dernière saison, écrire à son directeur général «Vous avez perdu ma confiance, celle des musiciens, de toute l’équipe et du public. Vous mettez gravement en péril notre maison. Je pense que la meilleure chance pour elle de ne pas courir définitivement au chaos est que vous en quittiez à présent la direction». Imaginez que ce même chef d’orchestre voit pour sa dernière saison sa présence réduite à 4 semaines au lieu de 12. Imaginez des embauches diverses, à des postes clefs ou des fonctions importantes (premier chef invité) faites sans l’aval du directeur musical. Imaginez que ce même orchestre n’a pas à cette de date de successeur officiel pour le poste de directeur musical. Imaginez une conférence de presse de présentation de saison en absence du directeur musical. Imaginez enfin un directeur général d’orchestre qui ne connaît pas suffisamment le répertoire symphonique. Où pourrait se passer une telle comédie, un tel travail d’amateur ?

Tout près de chez vous, à Lyon. Laurent Langlois ne cesse de défrayer la chronique musicale. Directeur du festival Ars Musica de Bruxelles, il quitte son institution en pleine période de concerts sans préavis – ni se soucier de trouver un successeur – pour la direction générale de l’Orchestre National de Lyon / Auditorium de Lyon. A son arrivée, départs et démissions. Mais la municipalité, principal bailleur de fonds, assure son soutien : une nouvelle direction aux pratiques managériales différentes peut susciter des conflits qui ne seront que passagers. Opposition franche avec Jun Märkl, directeur musical, car le nouveau maître des lieux veut s’impliquer plus qu’il ne faut dans l’artistique. Encore faut-il s’y connaître en répertoire symphonique… Pour pallier, Langlois paie à prix d’or les services d’un consultant basé à Londres, qui plus est agent artistique, donc payé pour placer ses propres solistes ! Il s’est aussi adjoint les services d’un musicologue de renom, dont les contributions se sont limitées à quelques lignes dans le journal de l’orchestre et les programmes de salle (dont un plagiat du Guide de la musique symphonique, chez Fayard) et à conseiller de jouer du Liszt en 2011. A croire qu’un doctorat et une habilitation de recherche sont nécessaires pour savoir que est né en 1811… L’amateurisme n’a pas de limites : des orchestres de renom, invités à grand frais, se produisent dans une salle peu remplie, si ce n’est d’invités. Le 13 avril, lors d’une réunion de concertation pour la saison 2010/11, 20 semaines du planning de l’orchestre n’étaient pas complètes. Peu avant Jun Märkl découvrait que John Nelson était «premier chef invité» de l’ONL et avait signé pour un cycle Berlioz sur 6 ans. La conférence de presse de présentation de la saison 2010/211 prévue le 27 avril prochain a été finalement reportée…

Quel vent de folie règne sur les institutions musicales françaises ou francophones ? Loin de la gabegie lyonnaise et sans prendre autant de dimensions – bref en restant professionnels -, l’Orchestre Philharmonique de Liège voit son directeur musical démissionner quelques mois après son entrée, l’avenir de celui de l’Orchestre d’Avignon est incertain, l’Opéra de Nice tronque sa saison d’une production, la Villa Médicis, grand lieu du patrimoine musical savant, souhaite programmer des concerts de musiques actuelles – au moins son directeur sera en «une» des Inrockuptibles, le directeur de l’Opéra de Rouen est dans une tourmente avec le chœur de sa maison … Assisterait-on à une mutation du milieu de la musique classique ? La tempête qui sévit, en période de menaces du tarissement des financements publics, est plutôt mal venue.

Nos sources : les excellents articles de nos confrères de «LibéLyon». Entretien avec Laurent Langlois (04-10-2009) ; Vives tensions à l’ONL (14-10-2009) ; Les notes salées de l’ONL (13-01-2010) ; Entretien avec Jun Märkl (12-04-2010) ; L’ONL au bord de l’implosion (20-04-2010). Et sur ResMusica notre entretien avec Jun Märkl.

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