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Georges Tzipine, une double réédition vraiment bienvenue

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Gabriel Fauré (1845-1924) : Ballade en fa dièse majeur pour piano et orchestre op. 19 ; Dolly, suite op. 56 (orchestration : Henri Rabaud) ; Masques et Bergamasques, suite op. 112 ; Pelléas et Mélisande, suite op. 80. Claude Debussy (1862-1918) : Fantaisie pour piano et orchestre. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche ; Concerto en sol majeur. Marguerite Long, Jacques Février, piano. Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, direction : André Cluytens, Georges Tzipine. Orchestre du Théâtre National de l’Opéra-Comique, direction : Georges Tzipine. Orchestre National de la Radiodiffusion Française, direction : Georges Tzipine. 2 CD séparés Forgotten Records fr328 et fr329. Pas de code barre. Enregistré entre octobre 1950 et avril 1957 au Théâtre des Champs-Élysées et à la Maison de la Mutualité, Paris. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 59’08, 67’28.

 

Ce que EMI tarde à accomplir, ou néglige de le faire, Forgotten Records s’empresse de le réaliser, c’est-à-dire remettre à la disposition des mélomanes discophiles certains enregistrements légendaires du grand chef d’orchestre français Georges Tzipine (1907-1987). C’est à ce remarquable musicien que l’auteur de cette chronique a consacré son tout premier article sur ResMusica, et il ne peut qu’applaudir à cette belle initiative d’Alain Deguernel.

Pour être précis, EMI avait déjà réédité en CD, fin des années 90, les pages concertantes de Fauré, Debussy et Ravel, mais éparpillées sur des doubles CDs d’une série hélas très éphémère consacrée à des pianistes français, notamment Jeanne-Marie Darré, , … Aussi réjouissons-nous de voir enfin réapparaître ces gravures dans cette superbe réédition qui a le tout grand mérite de l’intelligence des couplages.

Le premier CD, tout entier consacré à , débute par une exception : la célèbre Ballade pour piano et orchestre, avec en soliste, est dirigée non pas par , mais par le chef franco-belge André Cluytens dont nous avons dit le plus grand bien à diverses reprises. Cette version constituait en fait la première face d’un microsillon Columbia consacré à Marguerite Long, et dont la face B était dévolue au Concerto en sol de Ravel, qui lui est dédié, cette fois dirigé par Tzipine, et que nous retrouverons d’ailleurs sur le second CD Forgotten Records.

On sait les affinités de Marguerite Long envers ces deux pages qu’elles s’est littéralement appropriées, son nom demeurant définitivement indissociable de ces deux chefs-d’œuvre : elle nous en offre des interprétations indiscutables et inestimables, parfaites dans la nuance subtile et l’esprit raffiné. Le reste de ce programme Fauré, dirigé par , fait sa première apparition en CD. Il comprend trois suites orchestrales : Dolly, six pièces pour piano à quatre mains orchestrées avec une maîtrise supérieure par , Masques et Bergamasques et Pelléas et Mélisande. À l’époque où Tzipine gravait ces œuvres (en juin 1955), il était de bon ton dans certains milieux snobinards de considérer cette musique avec une sorte de condescendance méprisante qui confinait à la surdité imbécile. Ce grand chef fit donc preuve de courage en dirigeant comme il doit l’être un très grand compositeur, poète de la musique d’une distinction suprême, chantre d’un raffinement pudique. Cette série de courtes pièces illustre admirablement la variété des états d’âme du musicien, de la tendre mélancolie à l’exubérance enjouée.

Georges Tzipine ne pouvait être meilleur avocat de Fauré en défendant superbement ces trois œuvres avec intelligence, subtilité, et en nous offrant des interprétations pleines de vie et de fraîcheur. Fort de la remarquable réussite de ce disque, Pathé-Marconi décida de réenregistrer en 1969 ce programme à l’identique, avec Serge Baudo, l’Orchestre de Paris et l’attrait supplémentaire de la stéréophonie, mais toutefois sans atteindre le niveau de la version Tzipine monophonique.

Le second CD, uniquement consacré aux œuvres concertantes pour piano de Debussy et Ravel, est unique en son genre et remarquable à plus d’un titre. D’abord il est toujours bienvenu car guère courant de pouvoir disposer d’une version supplémentaire de la Fantaisie pour piano et orchestre de Debussy : cet enregistrement de – Georges Tzipine, réalisé en 1957, reléguait dans l’ombre les deux estimables gravures antérieures de Helmut Schultes – Erich Kloss, et Fabienne Jacquinot – Anatole Fistoulari. C’est grâce à cette version Février que d’autres pianistes, comme Aldo Ciccolini ou Anne Queffélec, se sont enfin intéressés à cette œuvre pour nous offrir leur propre vision, cette fois dans l’édition critique définitive d’André Jouve.

Par ailleurs, les deux concertos de Ravel trouvent ici les solistes élus par le compositeur même : on le sait, comme mentionné plus haut, pour le Concerto en sol dédié à et créé par Marguerite Long en 1932, tandis que le Concerto pour la main gauche, composé en 1931 pour le pianiste autrichien manchot Paul Wittgenstein, mais dont la création parisienne du 17 janvier 1933 sous la direction de Ravel n’avait guère satisfait le compositeur par manque de respect du soliste envers la partition, trouve en Jacques Février l’interprète idéal, d’ailleurs officiellement cautionné par Ravel lui-même : Février assurera la création parisienne «authentique» du texte original le 19 mars 1937 sous la baguette de l’illustre Charles Münch, mais hélas un peu tard cependant pour que Ravel puisse l’apprécier pleinement. Münch gravera ensuite le Concerto pour la main gauche avec Alfred Cortot le 12 mai 1939.

Nous disposons ainsi, grâce à Forgotten Records, d’interprétations historiques de référence de ces trois pages concertantes, qui sont d’autant plus précieuses qu’elles sont dirigées de main de maître par Georges Tzipine, excellant à en mettre en lumière tous les sortilèges sonores. Nous sommes en présence d’une réussite exceptionnelle qui à notre sens surclasse même, pour les Ravel, les versions indiscutées de Samson François – . C’est tout dire !

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Gabriel Fauré (1845-1924) : Ballade en fa dièse majeur pour piano et orchestre op. 19 ; Dolly, suite op. 56 (orchestration : Henri Rabaud) ; Masques et Bergamasques, suite op. 112 ; Pelléas et Mélisande, suite op. 80. Claude Debussy (1862-1918) : Fantaisie pour piano et orchestre. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche ; Concerto en sol majeur. Marguerite Long, Jacques Février, piano. Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, direction : André Cluytens, Georges Tzipine. Orchestre du Théâtre National de l’Opéra-Comique, direction : Georges Tzipine. Orchestre National de la Radiodiffusion Française, direction : Georges Tzipine. 2 CD séparés Forgotten Records fr328 et fr329. Pas de code barre. Enregistré entre octobre 1950 et avril 1957 au Théâtre des Champs-Élysées et à la Maison de la Mutualité, Paris. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 59’08, 67’28.

 
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