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Quand Horowitz sert Haydn et Beethoven

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Joseph Haydn (1732-1809) : Sonate pour piano n°62 en mi bémol majeur Hob. XVI. 52. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n°21 en ut majeur Op. 53 « Waldstein » ; Sonate pour piano n°14 en ut dièse mineur Op. 21 n°2 « Clair de Lune ». Vladimir Horowitz, piano. 1 CD Sony RCA Red Seal 8869760474 2. Code barre : 8 8697604742 9. Enregistré à Carnegie Hall, New York le 2 février 1948 (Haydn), le 28 mars 1945 (Beethoven n°21), le 28 avril 1947 (Beethoven n°14). Notice en anglais. Durée : 50’13’’

 

Voici un nouveau volume de The Private Collection at Carnegie Hall constituée d’enregistrements des années 40 de publié par Sony sous le label RCA Red Seal. La ligne éditoriale comme le packaging sont identiques au disque Moussorgski Liszt que nous avons chroniqué ici même. On y retrouvera le même type de son, fidèle aux timbres et à la dynamique du live d’époque, au prix de la conservation du souffre d’origine. Pour notre part nous préférons largement cette méthode aux tripatouillages destinés à « nettoyer le son » mais qui ont toujours plus ou moins abimé la musique. C’est une sonate de Haydn et deux de Beethoven que nous propose ce nouvel album où nous retrouvons un Horowitz toujours aussi impressionnant pianistiquement mais plus heureusement sobre musicalement.

Si a souvent été très convaincant dans ses divers enregistrements de Haydn, ce n’est pas dans les sonates de Beethoven qu’il a bâti sa réputation, ne les ayant ni toutes jouées ni toutes enregistrées, et proposant parfois des versions un peu trop « personnelles » pour emporter totalement l’adhésion. On recommandera quand même au lecteur de se pencher sur cette Waldstein et cette Clair de Lune pour relativiser un peu son jugement. Bien sûr il ne faut pas s’attendre à une lecture rigoureusement métronomique de ces sonates, car le pianiste use de rubato ou de respirations comme on ose peu le faire aujourd’hui. Mais il le fait avec un sens de l’à-propos bien difficile à mettre en défaut, et avec une certaine modération qui fait que jamais le flux naturel de la phrase n’est rompu, bien au contraire, ou l’attention de l’auditeur détournée, défauts que n’évitaient pas toujours ses enregistrements « officiels » ultérieurs. On recommandera pour s’en convaincre l’écoute du célèbre Adagio sostenuto de la Clair de Lune, dont on rappelle qu’elle est sous-titrée « Quasi una fantasia » et qui aurait pu justement donner une lecture plus « fantaisiste », mais qui est ici un modèle de tenue et de progression dramatique, comme si les six minutes de ce mouvement étaient jouées d’un seul souffle. Que les aficionados se rassurent, on retrouve les doigts diaboliques d’Horowitz dans le Presto agitato final, mouvement qui semblent avoir été écrit pour lui.

Dans la sonate n°21 on appréciera particulièrement la gestion de la dynamique et des contrastes de phrasés entre les accords répétés et leur contrepartie legato, et malgré l’âge des prises de son, on peut ressentir physiquement la puissance du grand Steinway et la qualité phénoménale du son que savait en tirer Horowitz. Le début du second mouvement, Adagio molto, passage génial mais très difficile à phraser pour en maintenir la tension, permet d’admirer là encore la façon dont Horowitz parvient, en jouant sur le son et l’articulation, à faire avancer ce mouvement qui bien souvent tombe dans le trop statique. Enfin toute la virtuosité dont était capable ce pianiste hors norme explose dans le Rondo final qui commence Allegretto moderato pour finir Prestissimo sans qu’il devienne démonstratif.

Le disque s’ouvre toutefois sur la dernière sonate de Haydn, tantôt n°52 tantôt n°62 selon qu’on tient compte ou pas de la révision du catalogue effectuée en 1963 par Christa Landon, mais toujours référencée Hob. XVI. 52. Elle confirme que Horowitz est un des meilleurs interprètes des sonates de Haydn qui soient, car on y retrouve une capacité d’imagination et d’inspiration qui, respectant à la lettre le texte, le fait vivre comme rarement. Ainsi avons-nous ici du grand Beethoven et du grand Haydn, avant même que du grand Horowitz (ce qu’on pouvait craindre). Ce n’est peut-être plus exactement à la mode comme style, mais qu’est ce que c’est bien !

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