Confession avec le Quatuor Diotima et Marie-Nicole Lemieux

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 15-XI-2010. Gilbert Amy (1936) : Troisième quatuor ; Alban Berg (1885-1935) : Lyrische Suite ; Anton Webern (1883-1945) : Deux bagatelles et Bagatelle avec voix ; Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Quatuor n°2. Marie-Nicole Lemieux, mezzo-soprano. Quatuor Diotima : Yun-Peng Zhao et Naaman Sluchin, violon ; Franck Chevalier, alto ; Pierre Morlet, violoncelle

Non, nous n’aurons pas eu droit aux Six bagatelles de Webern. Mais nous nous réjouissons d’avoir eu en lot de consolation ce drôle de triptyque, constitué des premières et troisième Bagatelles encadrant le lied central «Schmerz immer, Blick nach oben». Sans aucun doute le moment fort de la soirée, en dépit de sa concentration extrême, ce triptyque, conçu à la mort de la mère du compositeur, coupe le souffle : en une poignée de secondes, tout est dit, et avec une quelle évidence ! Le travail du compositeur est invisible, les interprètes évoluent comme des poissons dans l’eau – une pure merveille, sans aucun doute.

Le reste du programme, assez hétérogène, réservait moins de surprise. La Lyrische Suite, assumée jusqu’au bout des ongles, reste malgré tout assez tiède, sans doute par un manque de conception globale ; les mouvements s’enchaînent les uns aux autres, les tempi alternent, sans que la logique formelle ni émotionnelle de cette confession à quatre ne se révèle vraiment. Le Largo desolato final, donné dans sa version avec chanteuse, met quelque peu à mal l’art indéniable de  : sa voix peine à émerger de la texture instrumentale, tandis que ses aigus sont peu assurés et poussifs. C’est indéniablement dans le registre médium de sa tessiture qu’elle se réalise pleinement. On remarquera néanmoins le souci extrême des instrumentistes de fondre leur doublure dans la voix de la chanteuse ; certainement une belle démonstration d’écoute mutuelle et d’humilité.

Le quatuor de Zemlinsky, peu joué, se révèle une œuvre de longue haleine, qui colle aux préoccupations esthétiques de son époque : forme intégré, tonalité évolutive et diluée dans un discours volontiers dense, alternance de sublime et de grotesque, comment ne pas penser au Quatuor n°1 de Schœnberg ? Sauf que contrairement à ce dernier, le discours s’essouffle un peu tout de même, en dépit de l’engagement indéniable du , qui fait agréablement chatoyer les harmonies subtiles de Zemlinsky.

Quant à l’œuvre de qui ouvrait le concert, tout en réservant quelques beaux moments de musique, on ne peut en dire grand chose. Elle est indolore.

Crédit photographique : © Thibault Stipal

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