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Trois concerts de Josef Krips avec l’Orchestre de la RTF

À emporter, CD, Musique symphonique

Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon en ré majeur op.61 ; Coriolan, ouverture op.62 (18/09/1956) ; Symphonie n°1 en ut majeur op.21 (28/08/1965). Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°9 en ut majeur D.944 (04/10/1954). Carl Maria von Weber (1786-1826) : Oberon, ouverture (10/10/1957). Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Ave Verum Corpus K.618 ; Requiem en ré mineur K.626 (02/12/1965). Isaac Stern, violon. Agnes Giebel, soprano ; Marga Höffgen, alto ; Hans-Ulrich Mielsch, ténor ; Boris Carmeli, basse. Chœur de l’ORTF, chef de chœur : René Alix. Orchestre National de la RTF / ORTF, direction : Joseph Krips. Vol.1 (Beethoven) : 1 CD Cascavelle 3154, code barre 7619930315417. Vol.2 (Weber, Schubert) : 1 CD Cascavelle 3155, code barre 7619930315516. Vol.3 (Mozart) : 1 CD Cascavelle 3156, code barre 7619930315515. Enregistrés entre octobre 1954 et décembre 1965. Notice trilingue (français, allemand, anglais). Durée : 76’03’’ (vol.1), 57’43’’ (vol.2), 57’12’’ (vol.3).

 

Sauf erreur, Cascavelle nous offre bien là des inédits avec ces trois concerts artificiellement « reconstitués » puisqu’en réalité provenant de cinq dates différentes, deux pour l’album Beethoven, deux autres pour le Weber Schubert, alors que le volume 3 consacré à  Mozart semble bien provenir d’un seul concert, tous publiés dans la série «  Edition » où le chef autrichien dirige l’Orchestre de la Radio Télévision Française (RTF puis ORTF). En tout donc cinq captures sur le vif regroupées ici en trois albums très cohérents quant à leur composition.

« Krips Edition » oblige, le contenu éditorial est entièrement centré sur le chef, avec un texte concis et pertinent replaçant chaque concert dans son contexte, comparant ces exécutions à d’autres du même chef ou d’autres chefs, caractérisant et illustrant de façon claire sa direction telle qu’on l’entend sur ces trois premiers volumes. Ainsi nous rappelle-t-on dans le volume 1 qu’à l’époque de ces enregistrements Krips « visita à maintes reprises la capitale française pour diriger l’orchestre de la Radio, comme tant d’autre de ses collègues (Schuricht, Sawallisch) ». De fait ces exécutions sont assez bien en place, et l’entente chef orchestre ne semble pas poser de difficultés.

Musicalement il y a des belles réussites et des moments décevants ou déroutants, y compris à l’intérieur d’une même œuvre. Le Concerto pour violon de Beethoven qui ouvre le volume 1 montre d’emblée un orchestre noble et puissant, aux coups d’archets francs et virils, au parfait équilibre entre legato et staccato, à la pulsation des basses (et des timbales) bien audible mais juste à sa place, c’est-à-dire pas au premier plan comme certains aiment à le faire de nos jours. Et si le tempo reste modéré, il n’est jamais statique et la musique avance droit. La prise de son met le violon d’ franchement au premier plan, et, petite déception, ce n’est pas à l’avantage du violoniste dont la sonorité ne charme pas vraiment, son legato manque de naturel et ses phrasés de souplesse, retirant un peu d’émotion aux passages poétiques, sans emballer plus que ça dans les passages enlevés. Le son est également pollué par des crachotements magnétiques, la bande utilisée lors de la capture de ce concert n’étant manifestement pas neuve, on y entend même clairement le fugato du Concerto pour piano n°2 de Brahms dans Coriolan (vers 6 mn). Ce dernier est joué avec une urgence qui va très bien aux passages épiques, même si on n’y retrouve pas « l’effroi titanesque d’un Furtwängler » comme le dit la notice. Néanmoins ce Coriolan est plutôt emballant mais rate sa sortie, bien trop plate et froide. Venant d’un concert de 1963, la Symphonie n°1 est non seulement débarrassée des défauts sonores du concerto et de l’ouverture mais est musicalement épatante, vivante, enlevée, surtout dans ses deux premiers mouvements, les deux suivants étant « à la viennoise » d’alors, un poil moins animés que ce qu’on entend couramment aujourd’hui.

Le volume 2 débute par une très réussie Ouverture d’Oberon dont l’Adagio sostenuto introductif plante un décor plein de mystère et de suspens parfaitement adéquat. L’Allegro con fuoco qui suit capte l’attention de l’auditeur jusqu’au bout, tout juste sent-on au plus fort du tumulte des cordes qu’elles touchent leur limite en pure virtuosité. La « Grande Symphonie » de Schubert (jouée sans les reprises) s’ouvre sur un Andante introductif modèle d’équilibre avec un quatuor à cordes particulièrement expressif. La suite, servie par un orchestre en grande forme, est formidable de vigueur et de force motrice, jusqu’au terrible « patatras » de la fin du premier mouvement où on se demande encore ce qui est passé par la tête du chef pour casser l’impeccable construction qu’il avait réalisée jusqu’alors. Le reste de l’exécution reste de belle tenue, tout juste regrette-t-on un léger manque de clarté dans le Trio du troisième mouvement, et que certains fff ne soient pas aussi différenciés des ff.

Le volume 3 consacré à Mozart contient une superbe et poignante version de l’Ave Verum mais aussi un Requiem bien décevant, comme exsangue, qui ne décolle jamais vraiment et n’est pas exempt de lourdeur. C’est pour nous le vrai point faible de cette Krips Edition intéressante mais inégale, qui reste un document pour le mélomane averti sur l’art du chef ou de l’orchestre de la RTF.

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