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L’une des meilleures intégrales des Symphonies de Beethoven avec Wyn Morris

À emporter, CD, Musique symphonique

Ludwig van Beethoven (1770­1827) : Intégrale des 10 Symphonies. Alison Hargan, soprano ; Della Jones, mezzo-soprano ; David Rendall, ténor ; Gwynne Howell, basse. London Symphony Orchestra, direction : Wyn Morris. 1 coffret de 5 CD Musical Concepts MC199. Code barre : 851950001995. Enregistré entre le 5 mai 1987 et le 8 septembre 1988 aux Watford Town Hall et Walthamstow Assembly Hall, Londres. DDD. Notices en anglais excellentes. Durée : 5h52

 

Non, ce n’est pas une erreur ! Sur le visuel de ce coffret, vous avez bien lu 10 Symphonies de Beethoven en surimpression au manuscrit de la Symphonie n°4. Et cette mystérieuse Symphonie n°10 n’est pas la fameuse Symphonie « Iéna » en ut, un temps erronément attribuée à Beethoven mais en réalité l’œuvre de Friedrich Witt (1770-1836).

Alors, quelle est vraiment cette Symphonie n°10 ? Beethoven en mit les idées sur papier dès 1822, avant même d’avoir achevé la Symphonie n°9 ; les dernières esquisses connues datent d’environ décembre 1825. À la mort de Beethoven, seul le premier mouvement était nettement plus avancé dans le détail, bien que loin d’être complètement rédigé. Ce n’est que dans les années 1980 que Sieghard Brandenburg et Barry Cooper purent identifier parmi bien d’autres toutes les esquisses – jusqu’à une cinquantaine – correspondant à cette œuvre énigmatique.

Dans sa réalisation du premier mouvement pour le concert, le musicologue Barry Cooper a l’honnêteté de préciser que « Le résultat n’est évidemment pas exactement ce que le compositeur aurait écrit, et plus particulièrement en certains endroits Beethoven aurait probablement été plus imaginatif. […] Néanmoins, mon travail fournit au moins une impression approximative du mouvement tel qu’il l’avait à l’esprit au moment des esquisses et est certainement de loin plus proche de la Symphonie n°10 que ce qui en a déjà été entendu précédemment. […] De plus le résultat peut également être apprécié comme morceau de musique en tant que tel, contrairement aux esquisses fragmentaires qui en elles-mêmes ne pourraient jamais l’être. »

C’est exactement dans ce sens que doit être admis ce premier mouvement Andante-Allegro-Andante de la Symphonie n°10, et sa présence dans une intégrale des symphonies « achevées » de Beethoven ne serait que purement anecdotique, si les interprétations de l’ensemble par n’était tout simplement superlatives.

Le chef d’orchestre gallois (1929-2010) est surtout connu pour ses interprétations mahlériennes remarquables des années 60-70 qui restent toujours des modèles, notamment Des Knaben Wunderhorn (avec Geraint Evans et une toute jeune Janet Baker), un admirable Das Klagende Lied et une non moins admirable Symphonie n°10 dans la deuxième version achevée par Deryck Cooke : apparemment déjà à ce moment notre chef d’orchestre avait des affinités vis-à-vis de partitions reconstituées par les musicologues !

Wyn Morris suivit d’abord les cours de la Royal Academy of Music de Londres, pour étudier ensuite avec Igor Markevitch au Mozarteum de Salzbourg et George Szell à Cleveland, références indéniables. Mais Wyn Morris précisa par la suite que « mon véritable apprentissage vint des radiodiffusions allemandes par ondes courtes du temps de guerre de concerts de Wilhelm Furtwängler. »

Et c’est bien cet illustre chef qui vient à l’esprit lorsqu’on écoute les merveilleuses interprétations beethoveniennes de Wyn Morris, toutefois magnifiées par une prise de son (due au réputé Tryggvi Tryggvason) sensationnelle de clarté, de transparence et de naturel, telle que l’on en rencontre rarement : nous sommes en présence d’une lecture dans la plus pure tradition germanique, mais en même temps d’une intelligence, d’une sensibilité, d’une fraîcheur de vue qui nous donnent la sensation d’une totale redécouverte de ces chefs-d’œuvre ; en outre la perfection de ces interprétations est telle que la présence de toutes les reprises, même les plus rares comme celle de l’Allegro con brio initial de l’Eroica, ou celles sans exception de la Symphonie n°7, n’altère en rien l’attention et l’intérêt de l’auditeur.

Ces enregistrements étaient déjà parus précédemment en sept CDs séparés sous divers labels (Carlton Classics, MCA Classics, Pickwick…), agrémentés de deux ouvertures (Coriolan op. 62, Egmont op. 84). Les revoici maintenant en un beau coffret du label américain Musical Concepts, privés des ouvertures mais redistribués en cinq CDs aux durées généreuses.

Tout mélomane qui aime Beethoven possède déjà très certainement au moins l’une ou l’autre intégrale des symphonies dans sa discothèque. S’il acquiert celle-ci, qu’il s’attende à une révélation pour les 9 Symphonies traditionnelles, en plus de la découverte de la Symphonie n°10.

Et finalement oserons-nous espérer une réédition de l’ensemble des enregistrements mahlériens de Wyn Morris ?…

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