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Quatuors de Chostakovitch : Ludwig 1 – 0 Pacifica

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuors à cordes n°1, 3, 8. Quatuor Ludwig : Jean-Philippe Audoli et Elenid Owen, violon ; Padrig Fauré, alto ; Anne Copéry, violoncelle. 1 CD Calliope. Référence CAL1102. Code barre : 3760039836014. Enregistré du 20 au 24 juin 2011 au Temple Saint Marcel à Paris. Notice succincte français et anglais. Durée 70’17’’.
The Soviet Experience Volume 1. Dimitri Chostakovitch : Quatuors à cordes n°5 à 8. Vladimir Maïakovski (1893-1930) : Quatuor n°13. Quatuor Pacifica : Simin Ganatra, violon I ; Sibbi Bernhardsson, violon II ; Masumi Per Rostad, alto ; Brandon Vamos, violoncelle. 2 CDs Cedille. Référence CDR 90000 127. Code barre : 7 35131 91212 3. Enregistré de juillet 2010 à mai 2011 à Foellinger Great Hall, Champaign-Urbana (Illinois, USA). Notice développée en anglais. Durée 117’40’’

 

Eclairante comparaison que celle des Quatuors Ludwig et Pacifica, le premier Français, l’autre Etats-Uniens, tous deux abordant le massif des quatuors de Chostakovitch pour la première fois au disque. Les deux formations ont une solide expérience, les Ludwig célébrant leurs vingt-cinq ans de carrière, les Pacifica plus jeunes alignant tout de même dix-sept années de vie en commun.

D’emblée le visent plus fort et plus haut. Un double CD avec un superbe visuel de la grande époque des années 20 où les travailleurs martèlent les paresseux qui restent au lit (dans une démarche aussi pédagogique que trop simplificatrice, la notice prévient que le choix de cette affiche est ironique et représente l’expérience qu’ont fait et Vladimir Maiakovski face au régime soviétique), et l’idée astucieuse d’associer des quatuors de compositeurs moins connus au sein de ce qui s’annonce comme une intégrale du corpus de Chostakovitch. Détail qui a son importance, leur nom s’affiche en plus gros caractères que le compositeur. Les Ludwig eux sont plus modestes, et s’effacent visuellement comme typographiquement derrière Chostakovitch. La notice est à l’aune de la pochette, succincte, sans superflu.

A l’écoute, le rapport s’inverse, la modestie sonne comme une distance respectueuse, et l’ambition résonne comme de l’arrogance. Sorti des interprétations russes (les Borodine et Beethoven) ou en filiation directe (les Danel, Clef ResMusica), les versions occidentales aussi méritoires soient-elles par leur caractère pionnier (Fitzwilliam), paraissent moins expressives, d’un modernisme sec (Hagen), ou sans relief (Mandelring). Les Pacifica sont eux terriblement extérieurs, visiblement sans idée du contexte historique et émotionnel qui a contribué à la composition de cette magistrale série. Est-ce à dire que hors de l’austère intériorité slave, le mélomane à la recherche de Chostakovitch ne trouverait point de salut ?

Le apporte un rassurant démenti. Choisissant trois quatuors parmi les plus accessibles dont le célébrissime Huitième, ils font baigner ces pièces dans une atmosphère allégée mais non superficielle, où la rondeur n’est pas de la mollesse, et qui n’occulte pas la virtuosité ni le tranchant. Cela vit, cela vous parle, c’est un Chostakovitch proprement universel, c’est-à-dire dont le message s’exprime à travers des voix qui sont extérieures à l’histoire personnelle du compositeur. Il sera intéressant de voir si cette conception pourra se poursuivre avec le même bonheur dans les quatuors plus tardifs, plus intériorisés encore. En attendant, l’interprétation des Ludwig paraît le choix idéal pour ceux qui seraient à la recherche d’une version mûrie et ressentie, à taille humaine.

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