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Le dernier Liszt par Denis Levaillant

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Franz Liszt (1811-1886) : Le dernier pèlerinage. Vierter Mephisto Walzer ; Romance oubliée ; La lugubre gondole n°2 ; Bagatelle sans tonalité ; Nuages gris ; Toccata ; Elegie n°2 ; Resignation ; Schlaflos !; R.W.- Venezia ; Berceuse ; Czardas obstinée ; Ave Maria ; Carroussel de madame PN ; Am Grabe Richard Wagners ; In festo transfigurationis Domini nostri Jesu Christi ; Unstern !; En rêve. Denis Levaillant, piano. 1 cd DLM éditions DLM2011. Code barre : 3770002579015. Enregistré au Studio Paris-Forêt en juin 2009. Notice bilingue (français, anglais) sans intérêt (Denis Levaillant) imprimée sur le digipack même ne présentant même pas les œuvres. Durée totale : 63’43

 

Finir l’année du bicentenaire de la naissance de avec un enregistrement consacré uniquement aux dernières compositions eut été une belle opportunité, à la seule condition d’une réussite exemplaire. Or, à l’écoute de cet album, la déception est totale.

D’une part, la sonorité du piano est absolument détestable : très sèche, sans rondeurs, au médium qui claque, aux aigus mats, généralement sans couleurs, nous déconseillons fortement d’acheter un tel instrument dont on s’étonne à lire sur la pochette qu’il s’agit d’un « piano grand concert Yamaha ». Certes, la marque japonaise n’est pas réputée pour son moelleux, mais la série CFIII n°S 581 62 00 (comme précisé à l’intérieur du digipack) a visiblement un problème. Ou alors, la prise de son est complètement ratée : les bruits de marteaux sont constants dans la partie supérieure, on entend respirer bruyamment le pianiste et les chocs de pédale accompagnent régulièrement l’auditeur. Dans les deux cas, inadmissible.

On aurait pardonné à la rigueur ce manquement technique et instrumental : l’idée ne viendrait pas de critiquer à ce niveau les témoignages laissés par Vladimir Sofronitsky, monophoniques et craquantes, sur une casserole de piano russe, mais au moins il y avait une interprétation qui transcendait le tout magnifiquement.

Or, les dix-huit morceaux du présent programme auraient mérité autre chose que cette lecture au ras des pâquerettes, sans aucune vue interprétative, absolument vides de subjectivité. On se prend à rire franchement, comble du paradoxe, à l’écoute de morceaux sérieux joués comme le plus neutre des pianistes. Partitions en main, il est facile de se rendre compte du problème : la Czardas obstinée, très lourdement mise en place, n’a aucune malice. Tout est clairement dit mais on en reste là. Unstern ! (« Sinistre ») s’enfonce dans l’épaisseur la plus grotesque et la pesanteur la plus énorme. Les tremolos indiqués double piano dans Am Grabe Richard Wagners et Nuages gris sont joués forte et masquent absolument le chant ! La Lugubre gondole n°2 ne donne aucune idée d’un cortège funèbre sur le Grand Canal vénitien. Et le reste est à l’identique : pas de brumes inquiétantes, pas d’ombres funestes, pas de cauchemars nocturnes, pas de sonneries de cloches, pas d’attendrissements infantiles, pas de contritions, pas de souvenirs     attristés. Jamais le récital de ne décolle. Aucunes nuances, aucuns phrasés, tout est désespérément plat.

Pourtant, qu’il y avait à dire dans cette musique étrange, synthèse de toute une vie, qui regarde vers l’avenir tout en conservant un souvenir passé ! Ces pièces rarement au programme des pianistes sont massacrées non par un sur-jeu mais par un non-jeu.

Ce Liszt-là méritait bien autre chose pour fêter son anniversaire.

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