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Maurice Ravel (1875-1937) : Pavane pour une infante défunte, Miroirs, Gaspard de la nuit. Anna Vinnitskaya, piano. 1 CD Naïve. Référence : V 5284. Enregistré en 2011. Notice de présentation en : français, anglais et allemand. Durée : 57’00

 

Bête de concours, lauréate sans équivoque du Reine Elisabeth 2007, la jeune a déjà marqué le public par des concerts incandescents caractérisés par une personnalité musicale exceptionnelle. Pour son troisième album, elle se consacre à , qu’elle interprète volontiers en concert.

Techniquement, il n’y a rien à redire tant les doigts de la jeune femme sont assurés et permettent de surmonter les plus redoutables difficultés de l’Alborada del gracioso ou de Gaspard de la nuit. Coté interprétatif, la pianiste tire Ravel vers ses zones d’ombres dans une optique  noire et pessimiste. Des Miroirs, Vinnitskaya, plonge dans un monde de reflets et d’interrogations, où l’éclat se veut plus mat et brut que farouchement coloré et explosif. Elle ne retient que le « triste »  des « Oiseaux tristes » et le ton est délibérément nostalgique et songeur. Une Barque sur l’Océan frappe par la puissance de ses lignes de basses, comme si le navire était embarqué dans une houle tumultueuse et destructrice. L’Alborada del gracioso défile à une vitesse vertigineuse et dans des couleurs tirées vers le doute et les abysses, le malaise perce derrière cette Espagne si éloignée des cartes postales trop bigarrées et fauvistes. Il en va de même d’un Gaspard de la nuit, tendu aux extrêmes, éclot d’un rêve cauchemardesque  de son auteur. Ravel devient ici symboliste, comme sorti d’un tableau de Degouves de Nuncques ou de Fernand Khnopff. Le Pavane pour une infante défunte, convient à cette optique et l’on y salue la pianiste qui ne verse jamais dans le pathos facile.

L’artiste propose donc un Ravel hautement personnel, qui se trouvera une place d’outsider dans une discographie très encombrée. Les amateurs continueront de chérir les légendaires versions de Martha Argerich (DGG), de Vlado Perlemuter (Nimbus), de Jean Doyen (Accord), de Samson François (EMI), de Walter Gieseking (EMI), sans oublier les lectures contemporaines passionnantes de : Jean-Efflam Bavouzet (MDG), Alexandre Tharaud (Harmonia Mundi), Roger Muraro (Accord) ou l’excellent Steven Osborne (Hyperion). Mais l’originalité de la musicienne et ses incroyables compétences pianistes possèdent leurs arguments pour séduire le public.  On regrette juste, comme trop souvent avec Naïve, une prise de son qui manque de clarté et de précision.

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Maurice Ravel (1875-1937) : Pavane pour une infante défunte, Miroirs, Gaspard de la nuit. Anna Vinnitskaya, piano. 1 CD Naïve. Référence : V 5284. Enregistré en 2011. Notice de présentation en : français, anglais et allemand. Durée : 57’00

 
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