L’âme russe distillée salle Pleyel

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 26-III-2012. Alexandre Glazounov (1865-1936) : Prélude de la Suite du Moyen Âge op.79 ; Symphonie n°6 en do mineur op.58. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie concertante pour violoncelle et orchestre op.125. Gautier Capuçon, violoncelle ; Orchestre National de Russie, direction : Mikhaïl Pletnev

Cinquante années séparent la composition des différentes œuvres que l’ a proposées au public de la salle Pleyel, dans un programme absolument réservé à la musique russe ; et malgré tout ce qui peut opposer le romantisme crépusculaire de Glazounov au langage si personnel de Prokofiev, le rapprochement des deux compositeurs était tout à fait bienvenu : il a certainement fait entrevoir aux auditeurs parisiens tout ce que l’épithète « russe » peut signifier de plus qu’une provenance géographique. Le choix de la Symphonie concertante de Prokofiev était en ce sens particulièrement heureux, puisqu’il s’agit d’une œuvre écrite après le camouflet jdanovien de 1948, à une époque où le compositeur devait repenser son esthétique créative pour la rendre conforme aux normes édictées, tout en tâchant de ne pas sacrifier entièrement ce qui faisait son originalité. Le lyrisme de certains traits, beaucoup plus exacerbé que dans ses œuvres de jeunesse, rappelle volontiers les grandes envolées qui rendent si séduisantes, dès la première écoute, les variations de l’Andante de la Symphonie de Glazounov. Et quant aux élans furieux du premier mouvement ou aux rythmes martiaux du finale Moderato maestoso, ils semblent eux aussi se prolonger dans la musique de Prokofiev, quoique distanciés, voilés d’une ironie macabre.

Ces belles idées de musicologue, il faut le reconnaître, n’ont pas été servies comme elles auraient pu l’être, dans la Symphonie concertante, par l’interprétation de la partie soliste de violoncelle, qu’assurait . Le violoncelliste, dont la virtuosité est certes admirable, mais dont l’imagination tourne court sitôt que le débit de notes ralentit, ne semble pas envisager dans cette partition d’autre mode d’expressivité qu’une texture un peu baveuse, où le legato disparaît au profit de glissandi assez mous. De là une certaine uniformité, regrettable dans cette pièce aux allures rhapsodiques, qui, lorsqu’elle est privée de la sémillante diversité de ses thèmes et de ses atmosphères, peine à retenir l’attention de l’auditeur.

Fort heureusement, Mikhail Pletnev, qui dirige l’orchestre d’une main ferme, se montre quant à lui très inspiré. Il suggère des couleurs variées à ses musiciens – dont la coordination n’est pourtant pas toujours au-dessus de tout soupçon –, ce qui confère à l’ensemble une véritable identité là où le soliste tendrait à en manquer, et rehausse agréablement la qualité musicale de pages assez communes, tel par exemple le Prélude de la Suite du Moyen Âge. On devine ce chef très lié à son orchestre, lorsqu’on voit combien ses quelques gestes, sobres et parcimonieux, lui suffisent à déclencher en face de lui les déferlements d’allégresse des dernières mesures du finale de la Symphonie de Glazounov. Toute l’émotion qu’il irradie doit passer par ses regards ; mais les instrumentistes en ont seuls la primeur.

Crédit photographique : © M. Tammaro, Virgin Classics

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