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Monsieur de Pourceaugnac à Rennes

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Rennes, Opéra de Rennes. 31-III-2012. Molière (1622-1673) et Jean-Baptiste Lully (1632-1687), Monsieur de Pourceaugnac, comédie-ballet, LWV 31. Vincent Tavernier, mise en scène ; Marie-Geneviève Massé, chorégraphie ; Claire Niquet, décors ; Erick Plaza-Cochet, costumes ; Carlos Pérez, lumières. Avec : la compagnie théâtrale Les Malins Plaisirs : Pierre-Guy Cluzeau, Monsieur de Pourceaugnac ; Marie Loisel, Julie ; Maxime Costa, Éraste & Deuxième Suisse ; Mélanie Le Moine, Nérine & Premier docteur & l’exempt ; Laurent Prévost, Sbrigani ; Marie-Alexandre Ferrier, Deuxième docteur & Oronte ; Quentin-Maya Boyé, l’apothicaire & Premier Suisse. Avec Marie-Louise Duthoit, soprano ; David Lefort, taille ; Jean-Lous Serre, basse-taille. Avec la compagnie L’Éventail : Romain Arreghini, Marc Barret, Bruno Bene, David Berring, Olivier Collin, Robert Lenuz, danseurs. Avec l’ensemble Les Musiciens de Saint-Julien : François Lazarevitch, flûte traversière et flûtes à bec ; Thomas Dunford, théorbe ; Julien Léonard, viole de gambe ; Matthieu Boutineau, clavecin ; Zefira Valova et Nicolas Sansarlat, violons ; Jérôme van Waerbeke et Pierre Vallet, altos ; Laura Duthuillé, hautbois et flûte à bec. François Lazarevitch, direction musicale

Depuis la production que, en novembre 2006, à l’Opéra de Limoges, en avait réalisée, la comédie-ballet Monsieur de Pourceaugnac n’avait pas connu de réalisation aussi accomplie. Et pourtant, et empruntent des voies antinomiques : autant mit l’accent sur les élans amoureux de la jeunesse et sur la réaction un grouillant corps social parisien lorsqu’il reçoit la « piqûre » d’un corps étranger (en l’occurrence d’un provincial, plus précisément d’un Limousin), autant s’attache au terme de comédie, à sa finalité primordiale (faire rire le spectateur et le rendre heureux) et à ses codes représentatifs. Une volonté et un aboutissement les réunissent : puisque la comédie-ballet coalesce théâtre, danse et musique, la mise-en-scène doit s’évertuer à mêler chaque « corps de métier » si finement aux deux autres que le spectateur soit incapable de savoir lequel parmi les protagonistes scéniques est comédien, danseur ou chanteur.

Le dispositif scénique use habilement de la disproportion entre les « acteurs » et leur environnement urbain (rapetissés, les immeubles de plusieurs étages ne sont pas plus hauts qu’un être humain). En outre, chacun de ces immeubles, creux, accueille l’acteur qui les meut, en un autre ballet cocasse. Justement, à propos de ballet : il y a belle lurette que n’avait pas, à ce point, laissé épanouir sa fantaisie naturelle et n’avait, à certains moments, réalisé une ludique ironie de cette danse baroque dans laquelle elle s’est spécialisée. Un bien joli travail. Particulièrement réussis et colorés, les costumes soulignent la vivacité chorégraphique et théâtrale. Quant à la mise-en-scène, elle privilégie la fluidité, le tempo rapide et la vive énergie. Tout y est alerte. Vincent Tavernier poursuit une veine propre à Rabelais ou aux contes italiens médiévaux ou renaissants. Un hymne à une radieuse vie sensuelle (« la grande affaire est le plaisir ») y ouvre la voie à une méditation sur le trompe-l’œil et sur le trompe-l’intelligence : très avisé, le metteur-en-scène pointe que Monsieur de Pourceaugnac est une mise en abyme dès ses premiers instants et que le « héros » (malgré lui) de cette comédie est la cause-même du crescendo de malheurs qui l’assaillera tout au long des trois actes. Au-delà du comique déployé, Monsieur de Pourceaugnac, totalement dénué d’humour, conteste la comédie-ballet : il en paiera le prix !

De l’intéressante équipe de comédiens, on distinguera , Julie piquante et toujours en état d’invention scénique, et , Sbrigani rusé et sympathique manipulateur. Le compétent trio vocal répond, sans défaut, aux multiples sollicitations de leurs collègues danseurs et comédiens. Dans la fosse, l’ensemble Les Musiciens de Saint-Julien fait valoir sa singularité : ses vives pratiques de musiques orales et improvisées le conduisent à interagir avec les multiples actions qui se passent sur le plateau. À leur tête et dans un spectacle où la musique intervient assez sporadiquement, se glisse instantanément dans le tempo théâtral et ne laisse aucun doute sur le fait qu’il est un indiscutable chef de fosse et que diriger un opéra stricto sensu est pleinement dans ses compétences.

Crédit photographique : (Julie) et Maxime Costa (Éraste) © Benoît Bremer

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Rennes, Opéra de Rennes. 31-III-2012. Molière (1622-1673) et Jean-Baptiste Lully (1632-1687), Monsieur de Pourceaugnac, comédie-ballet, LWV 31. Vincent Tavernier, mise en scène ; Marie-Geneviève Massé, chorégraphie ; Claire Niquet, décors ; Erick Plaza-Cochet, costumes ; Carlos Pérez, lumières. Avec : la compagnie théâtrale Les Malins Plaisirs : Pierre-Guy Cluzeau, Monsieur de Pourceaugnac ; Marie Loisel, Julie ; Maxime Costa, Éraste & Deuxième Suisse ; Mélanie Le Moine, Nérine & Premier docteur & l’exempt ; Laurent Prévost, Sbrigani ; Marie-Alexandre Ferrier, Deuxième docteur & Oronte ; Quentin-Maya Boyé, l’apothicaire & Premier Suisse. Avec Marie-Louise Duthoit, soprano ; David Lefort, taille ; Jean-Lous Serre, basse-taille. Avec la compagnie L’Éventail : Romain Arreghini, Marc Barret, Bruno Bene, David Berring, Olivier Collin, Robert Lenuz, danseurs. Avec l’ensemble Les Musiciens de Saint-Julien : François Lazarevitch, flûte traversière et flûtes à bec ; Thomas Dunford, théorbe ; Julien Léonard, viole de gambe ; Matthieu Boutineau, clavecin ; Zefira Valova et Nicolas Sansarlat, violons ; Jérôme van Waerbeke et Pierre Vallet, altos ; Laura Duthuillé, hautbois et flûte à bec. François Lazarevitch, direction musicale

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