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Exposition « Berlioz et l’Italie », entre paradoxe et fatalité

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Berlioz et l’Italie. Voyage musical, du 30 juin au 31 décembre 2012. Musée Hector-Berlioz, La Côte Saint-André, Isère. Conception : Chantal Spillemaecker, conservateur en chef du Musée Hector-Berlioz et Antoine Troncy, assistant principal.

Catalogue : « Berlioz et l’Italie, voyage musical ». Ouvrage collectif sous la direction de Chantal
Spillemaecker et Antoine Troncy. Éditions Libel, Lyon, 112 pages, 23€

Aller visiter la maison-musée d’ à la Côte Saint-André, avec ou sans l’excuse des expositions qui y sont organisées annuellement, c’est l’occasion rafraîchissante de retourner à l’enfance de notre époque contemporaine. Berlioz disait être un classique pour réfuter l’étiquette de romantique, et pour ne pas dire qu’il avait mis les germes du XXème siècle dans ses partitions. C’est dans cette maison qui sent bon la grande maison familiale d’antan, le confort bourgeois et provincial, le poids des traditions, que Berlioz a développé ses premières émotions sentimentales et musicales, sources à des fulgurances qu’il faudra plus d’un siècle à assimiler.

Prenez le Benvenuto Cellini, l’œuvre la plus italienne de Berlioz, ce n’est guère qu’avec la version de John Nelson en 2004 (Clef ResMusica), basée sur la version originale de la partition créée à l’Opéra de Paris en 1838, que le mélomane tiendra enfin une version de référence qui rende pleinement justice à l’œuvre. Et la carrière de Benvenuto ne fait que commencer, tant sa virtuosité pyrotechnique, ses ruptures incessantes de rythme, son rejet des conventions correspondent toujours plus à notre époque…

Aussi, quel plaisir de voir les partitions manuscrites de Benvenuto, des carnets d’esquisse, des notes intimes, ressorties pour l’exposition « Berlioz et l’Italie », dont le thème fait écho à celui du Festival Berlioz (sélectionné par notre Guide des Festivals été 2012). Autre trésor émouvant, le portrait du jeune et déjà célèbre Berlioz par Emile Signol en 1832 (ci-contre). Le tableau venu directement de l’Académie de France à Rome est pour la première fois exposé en ce lieu fécond !

Ayant obtenu au cinquième essai le grand prix de Rome, Berlioz avait aimé détester Rome, son séjour à la villa Médicis de février 1831 à juin 1832, l’Italie et ses mauvais compositeurs savants (Bellini le consternait). Il avait encore plus adoré le faire savoir. Comme toujours chez lui la vérité biographique s’enrichissait du plaisir et de la nécessité de la posture, le vrai artiste moderne ne se nourrit-il pas aussi de provocation et de publicité ? « Je commence mon fatal voyage d’Italie » écrivait-il en 1831 avant de quitter la France. Toujours en mouvement, séjournant de Nice à Naples, arpentant les Abruzzes, se réfugiant dans la pittoresque Subiaco, l’Italie populaire l’exalte. Paradoxalement, l’Italie qu’il maudit si fort jouera un rôle majeur dans son inspiration tout au long de sa vie. Le thème des brigands, qui nourrit Harold en Italie, était non seulement propre à stimuler l’imagination du musicien, mais était aussi un favori des récits et guides de voyages de l’époque.

En seulement trois salles, le Musée Hector-Berlioz propose une sélection fort soignée de partitions, lettres, billets de concerts, un mur de curieux instruments de musique populaire (à ne pas sous-estimer, car c’est elle qui réconcilia Berlioz avec la musique italienne) et de tableaux pittoresques et contemporains de Berlioz, notamment plusieurs du peintre d’origine angevine Guillaume Bodinier. Celui du Berger jouant de la cornemuse (1846) illustre l’affiche de l’exposition. Peinture académique certes, mais qui placée dans le contexte d’une exposition est rehaussée et magnifiée car utilisée à bon escient. Une belle découverte !

Le catalogue bien imprimé permet de prolonger utilement l’exposition, pour son iconographie autant que pour ses textes, en particulier ceux d’Alban Ramaut (Les partitions inspirées par l’Italie), Michel Austin (De Nice à Naples le voyage du compositeur) et Gilles Bertrand (Berlioz et l’Italie des voyageurs). Seul regret, la collection d’instruments populaires italiens prêtée par André Gabriel n’a pas été incluse et aurait mérité un bel article. Il faudra se contenter d’une conférence par cet incroyable collectionneur – il a réuni des milliers d’instruments du monde entier – et musicologue, le dimanche 16 septembre 2012 à 15H30.

La fatalité du destin berliozien, fruit d’une puissance occulte et irrévocable, n’était pas de celle qui détruit mais de celle qui inspire et nourrit. Allez découvrir l’Italie vue, détestée et aimée par Berlioz, elle est fatale !

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Berlioz et l’Italie. Voyage musical, du 30 juin au 31 décembre 2012. Musée Hector-Berlioz, La Côte Saint-André, Isère. Conception : Chantal Spillemaecker, conservateur en chef du Musée Hector-Berlioz et Antoine Troncy, assistant principal.

Catalogue : « Berlioz et l’Italie, voyage musical ». Ouvrage collectif sous la direction de Chantal
Spillemaecker et Antoine Troncy. Éditions Libel, Lyon, 112 pages, 23€

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