Enoch zu Guttenberg, chef d’orchestre et directeur du festival de Herrenchiemsee

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Issu d’une illustre famille de Bavière, Enoch zu Guttenberg a choisi de marier ses racines avec la musique, en se faisant l’organisateur du Herrenchiemsee, un festival atypique.

 

ResMusica : Pouvez-vous nous présenter le festival du Herrenchiemsee ? Quelles en sont les spécificités ?
: On a toujours joué de la musique dans les salles du château, parce que l’acoustique y est extraordinaire et que l’on savait que c’était l’intention de Louis II. Son idée était d’insérer dans la nature sauvage – celle du lac et des montagnes – la nature soignée des jardins. Puis, d’introduire des éléments d’architecture dans les jardins ; et enfin, de faire retentir de la musique dans ce cadre architectural. Malheureusement, il n’a pas eu le temps de le vivre. Mais, sachant cela, les instances politiques m’ont demandé si je voulais essayer de donner vie à cette ambition et c’est ce que nous avons entrepris il y a douze ans. Pour nous, le personnage de Louis II a une importance très spécifique. Il renvoie une image très ambivalente, tout à fait singulière, malheureusement trop souvent réduite à son homosexualité et sa folie. En réalité, jeune homme, il était tout à fait sain d’esprit et possédait un sens aigu du politique. Je trouve admirable qu’il ait été le seul chef d’Etat pacifiste de son temps : il s’est ainsi opposé à Bismarck, ne voulant pas envoyer d’hommes à la guerre. Et puis, l’art du XIXème siècle serait bien plus pauvre sans lui – que serait-il advenu de Wagner ? Aussi, lors de chaque festival, essayons-nous d’aborder une facette de ce souverain. J’ajouterais un autre élément : c’est sur la Fraueninsel, sur laquelle nous jouons aussi, qu’a débuté la christianisation de la Bavière, ce qui me paraît également capital. Enfin, le troisième point que nous mettons en valeur d’habitude – un peu moins cette année – est extrêmement politique. En effet, c’est sur cette île qu’est née la Constitution allemande, après la guerre. À la demande des Alliés, le personnel politique allemand, débarrassé des nazis, s’est réuni ici pour y travailler, ce qui achève de donner au lieu son profond caractère historique. C’est pour toutes ces raisons que nous cherchons, non pas simplement à jouer de la musique, mais à former une île dans l’océan des festivals. Nous sommes déjà sur une île, de toute façon, mais je veux parler d’une île spirituelle.

RM : Vous avez choisi comme thème pour cette année « la musique des mots ». Qu’entendez-vous par là?
EzG : Cela renvoie au rapport complexe entre musique et littérature. C’est un démêlé particulièrement évident dans la Symphonie n°9 de Beethoven : Beethoven trouvait que les symphonies ne se renouvelaient plus et puis, il a eu la grande idée de son quatrième mouvement et imposé une norme jusqu’à Mahler. Ce sera aussi le cas dans Egmont, ou dans l’Ouverture de Faust de Wagner. Ou encore avec l’Annonciation – chaque année, nous jouons des Cantates de Bach. E. T. A. Hoffmann dit : « là où le langage s’arrête, la musique commence », mais il y a des moments où la langue est tout aussi belle. Par exemple, l’Ode à la joie est d’abord un texte génial de Schiller. L’idée de ce thème nous est donc venue, parce qu’il est dommage que Louis II ne soit connu que comme mélomane. En réalité, il s’y entendait aussi bien en littérature qu’en musique, sinon plus. On le dit rarement, mais il citait continuellement Goethe et Schiller.

RM : Nous ne sommes pas dans un lieu ordinaire. Que ressent-on lorsqu’on dirige dans la Galerie des Glaces du château de Louis II?
EzG : C’est tellement extraordinaire! Un petit miracle à chaque fois. De surcroît, je loue ici, sur l’île, les appartements dans lesquels le roi logeait avant que le château ne soit achevé. Chaque nuit est une expérience unique. Et si, les soirs de concert, pendant la pause, nous égayons l’atmosphère avec des cors des Alpes, ce n’est pas pour faire le cirque : c’est l’hommage vivant que nous voulons rendre à cette demeure.

RM : Vous dirigez déjà dans une réplique du château de Versailles, se pourrait-il que le public français ait l’occasion de vous écouter en France?
EzG : J’ai beaucoup dirigé en France par le passé, à la Salle Pleyel et dans de nombreuses églises. C’est purement fortuit si nous n’y passons pas pour le moment. Il y a deux ans, nous étions invités Salle Pleyel pour jouer Les Saisons de Haydn, mais je suis tombé malade et nous avons malheureusement dû annuler. En ce moment et jusqu’à l’année prochaine, nous jouons en Angleterre. Si notre agenda devait nous conduire de nouveau à Paris, je serais enchanté de revenir.

RM : Avec votre orchestre le Klangverwaltung, vous avez déjà beaucoup enregistré pour Farao, quels sont vos prochains projets ?
EzG :Actuellement, nous sommes en train de réaliser une Symphonie n°9 de Beethoven. La Symphonie n°13 de Chostakovitch est également prévue.

Crédit photographique : © Markus C. Hurek

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