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A Bastia, un Don Giovanni débordant de vie et d’inventivité

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Bastia. Théâtre Municipal de Bastia. 29-IX-12. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, opéra en deux actes, livret de Lorenzo da Ponte. Vincent Vittoz, mise en scène et conception décor, Jean-François Vittoz, conception décor, Dominique Burte et Marie-Pierre Morel-Lab, costumes, et Caroline Vandamme, conception lumières. Till Fechner, Don Giovanni, Matthieu Lécroart, Leporello, Julia Knecht, Donna Anna, Vannina Santoni, Donna Elvira, Laure André, Zerlina, Frédéric Bourreau, Commandeur et Masetto, Enguerrand de Hys, Don Ottavio. Chœur : Jean-Jacques L’Anthoën, Anne Le Coutour, Anne-Sophie Honoré, Fabien Leriche, Julia Jérosme, Richar Lahady. L’Ensemble instrumental de Corse, direction : Yann Molénat

Après une joyeuse Cambiale di matrimonio de Rossini en 2010, c’est cette fois Mozart qui a réjoui la salle – entièrement refaite entre temps. Cette soirée était un nouveau jalon pour asseoir en Corse une saison lyrique, objectif soutenu par L’Ensemble instrumental de Corse et par quelques élus locaux.

Le rideau se lève sur un plateau sobrement décoré, sur lequel va se déployer une mise en scène inventive tout au long des deux actes. La conception du décor et des costumes, avec quelques accessoires qui servent le jeu, sans jamais le parasiter, est étonnamment efficace. Vincent Vittoz nous prouve qu’il est possible, avec une belle imagination, de tenir en haleine le public à partir de presque rien. Ce parti-pris place la mise en scène au service de la pièce, de Mozart et de Da Ponte. Ici, des bassines de lettres, aussi nombreuses que les conquêtes de Don Giovanni, animent de manière originale l’air pourtant rebattu du catalogue de Leporello – campé avec brio par Mathieu Lécroart, imposant et jovial, livrant une interprétation très réussie du personnages. Plus tard, quelques cordes rouges servent de fil conducteur, et sont exploitées dans ce qui constitue l’évocation drôle et réussie d’un couple sado-masochiste, Laure André incarnant une piquante Zerlina.

Le choix d’un chœur de six chanteurs, parfaitement coordonné avec le jeu des autres personnages, s’avère judicieux. Il ennoblit le finale, d’une grande finesse et justesse, ni grandiloquent ni pompeux. Les lumières de Caroline Vandamme, jouant entre obscurité et points de clarté, contribuent également à la réussite de la fin d’acte. Le commandeur de Frédéric Bourreau y révèle sa noblesse, moins perceptible au premier acte, réussissant le pari d’associer ce rôle avec celui de Masetto. Le trouble et le malaise que suscite Don Giovanni culmine aussi dans ce finale, servi par un Till Fechner qui conserve tout au long du rôle une élégance et une classe indéniable, toute au service de son personnage.

L’orchestre, sous la baguette énergique de Yann Molénat, n’est pas en reste ; il est vivant, débordant de musicalité et de fraîcheur. Yann Molénat livre une lecture dramatique, tout en aisance et en fluidité, de la partition. On applaudit l’habilité avec laquelle il soutient ses chanteurs, dont certains sont encore étudiants au CNSMDP, ou tout juste diplômés. Parmi les plus jeunes, on signale Enguerrand de Hys, avec son Don Ottavio très sensible, et Vannina Santoni, dont la Donna Elvira s’épanouit progressivement et laisse présager une belle carrière. Quant à la Donna Anna interprétée par Julia Knecht, elle est époustouflante : touchante, avec une grande pureté vocale, et une incarnation scénique juste et marquante – bravo. Une belle soirée. Une telle équipe ne peut que poursuivre, prospérer, et donner rendez-vous chaque automne à ses admirateurs sur l’île de Beauté.

Crédit photographique : Matthieu Lécroart © Pascal Ledhervouet

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Bastia. Théâtre Municipal de Bastia. 29-IX-12. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, opéra en deux actes, livret de Lorenzo da Ponte. Vincent Vittoz, mise en scène et conception décor, Jean-François Vittoz, conception décor, Dominique Burte et Marie-Pierre Morel-Lab, costumes, et Caroline Vandamme, conception lumières. Till Fechner, Don Giovanni, Matthieu Lécroart, Leporello, Julia Knecht, Donna Anna, Vannina Santoni, Donna Elvira, Laure André, Zerlina, Frédéric Bourreau, Commandeur et Masetto, Enguerrand de Hys, Don Ottavio. Chœur : Jean-Jacques L’Anthoën, Anne Le Coutour, Anne-Sophie Honoré, Fabien Leriche, Julia Jérosme, Richar Lahady. L’Ensemble instrumental de Corse, direction : Yann Molénat

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