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Lugansky lumineux dans les sonates de Rachmaninov

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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Sonate n°1 en ré mineur op.28 ; Sonate n°2 en si bémol mineur op.36. Nikolai Lugansky, piano. 1 CD Naïve AM 208. Code barre : 822186002087. Enregistré en mai 2012 à Potton Hall (Royaume-Uni). Notice bilingue (français, anglais) convenable. Durée totale : 60’07 »

 

gagne en âge et en maturité, et poursuit son exploration de l’œuvre d’un compositeur qui l’a accompagné depuis les débuts de sa carrière pianistique : . Une connivence, un idéalisme expressif partagé, peut-être aussi un même esprit russe, ont toujours rapproché les deux hommes, alors qu’un siècle écoulé les a condamnés à ne jamais pouvoir se rencontrer autrement que dans la musique. Couronnement de cette proximité spirituelle, ce nouveau disque est un prodige de maîtrise et de raffinement.

Les deux sonates pour piano ne font pourtant pas partie des œuvres les plus accessibles du maître. Elles sont étonnamment longues, presque embrouillées, difficiles à suivre pour l’auditeur ; le langage y est chargé, peu économe. Un étalage de virtuosité ou un lyrisme boursouflé ne peuvent suffire à séduire dans ces pages : il faut une grande intelligence de la musique pour parvenir, comme le fait Lugansky, à les illuminer de l’intérieur, à les faire se déployer avec une aussi géniale évidence.

La première clé du succès de Lugansky, plus encore que la sûreté de sa technique, est certainement son énergie rythmique, pas une seule fois prise en défaut, prête à jaillir même au beau milieu des phrases les plus alanguies. Avec quelle précision fait-il ressortir le motif qui ouvre la première sonate ! Après un balancement de quinte mystérieux et interrogateur, la fougue de l’enchaînement cadentiel est une gifle ; et la surprise qui en résulte est exactement l’ingrédient indispensable à l’unité à ce premier thème.

Mais pour autant, le pianiste ne recherche pas les effets de violence sonore. Son agilité reste gracieuse ; dans la deuxième sonate, il prend le temps, au milieu de traits véloces, d’élaborer un timbre propre à évoquer le son des cloches (si cher au compositeur), dans les accords répétés obstinément, les notes résonnant dans le grave, ou les déphasages rythmiques du premier mouvement. De même qu’il brille grâce à son talent rythmique dans les passages plus agités, Lugansky fait preuve de beaucoup de goût dans les parties chantantes : il a l’art de rester pudique, se contentant de suggérer les sentiments plus que de les mettre en scène, avec la conviction que le vocabulaire harmonique de Rachmaninov est spontanément éloquent.

La beauté de l’enregistrement tient à la réelle hauteur de vue de Lugansky. Il parvient à proposer, avec une grande sincérité, et avec la transparence que ses moyens pianistiques lui permettent d’atteindre, une lecture personnelle des deux sonates ; une lecture remarquablement probante.

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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Sonate n°1 en ré mineur op.28 ; Sonate n°2 en si bémol mineur op.36. Nikolai Lugansky, piano. 1 CD Naïve AM 208. Code barre : 822186002087. Enregistré en mai 2012 à Potton Hall (Royaume-Uni). Notice bilingue (français, anglais) convenable. Durée totale : 60’07 »

 
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