Le grand Louis Marchand par Frédéric Desenclos à Sarlat

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Louis Marchand (1669-1732) : Premier livre d’orgue (1740) ; Suite en Fa (livre II) ; Grand dialogue (livre III 1696) ; Suite en la (livre II) ; Suite en ut (livres II, IV et V). Frédéric Desenclos à l’orgue Jean-François Lépine (1752) de la cathédrale Saint-Sacerdos de Sarlat. 1 CD Tempéraments TEM 316040. Code barre : 3149028024029. Enregistré à Sarlat du 18 au 20 octobre 2011. Livret bilingue français/anglais. Durée totale 72’52 ».

 

Après plus de quatre ans d’absence, sans aucune nouvelle parution, la collection de Radio France Tempéraments revient en force, sous un nouveau format de livre-disque. Un premier album de deux CDs (TEM 316041.42) est consacré à Jean-François Dandrieu (1682-1738), avec André Isoir à l’orgue de Saint-Michel en Thiérache et Olivier Beaumont sur un clavecin historique du musée de Saint Quentin. Ce volume permet de renouer le contact avec les mélomanes, attentifs aux joyaux de cette fort belle collection. Certes il s’agit là d’une reprise d’enregistrements de 1987, mais de taille.

Pour l’heure voici à ses côtés une véritable nouveauté discographique : le livre d’orgue de , du grand Marchand, l’un de nos plus grands compositeurs pour cet instrument sous le règne de Louis XIV, organiste par quartier à la chapelle royale. Aux côtés de François Couperin, et Nicolas de Grigny, entre dans cette trilogie du sommet de l’orgue baroque français. La discographie possède environ une dizaine de versions, qui souvent apportent leur pierre, soit par l’approche de l’interprète, soit par l’orgue choisi. C’est en 1962 que le monde musical découvrait grâce à Michel Chapuis, ardent pionnier, la beauté de cette musique, en l’enregistrant sur l’orgue Clicquot de Souvigny (Harmonia Mundi). Depuis, cette vision révélatrice reste une référence absolue, malgré son âge, et un modèle pour les générations futures. Par la suite, d’autres grandes versions ont vu le jour : On pense à André Isoir (Calliope), Bernard Coudurier (BNL), tous deux à Saint-Maximin, ou Jean-Baptiste Robin (Triton) sur le grand Clicquot de Poitiers.

La présente version propose l’orgue construit par Jean-François Lépine en 1752 en la cathédrale de Sarlat. Attribué à tort à François-Henri Clicquot, ce sont les travaux de Jean-Louis Bergnes qui ont rendu sa juste paternité à un orgue dont on comprend aisément du coup la perfection. Il est vrai aussi que ces grands ateliers du royaume utilisaient parfois les mêmes tuyautiers, ce qui pouvait aussi induire quelques erreurs d’attribution. Par chance, depuis l’époque, plus de 80 % du matériel sonore d’origine était encore là, ce qui permit en 2005 d’obtenir, grâce à Bertrand Cattiaux, et une restauration exemplaire, la résurrection de cet orgue exceptionnel. Il est désormais le plus beau témoin de la facture de Lépine, tous les autres instruments ayant hélas été transformés. Le son est tout ce que l’on attend d’un tel orgue, cette esthétique française si marquée, si fragile aussi, dans ce grand plein-jeu, ces fonds sublimes, ce cromorne généreux, ce cornet qui se répand dans la nef tel un parfum, ces trompettes rutilantes… Tout y est : la vivacité du vent, grâce à la reconstitution de la soufflerie ancienne, le tempérament ancien, indispensable, et toutes les subtilités d’une mécanique précise qui réagit au doigt et à l’œil.

Tout cela, l’utilise à merveille. Dans cette grande acoustique large, à l’image de celle de la chapelle royale de Versailles, l’orgue prend possession de l’espace, dans ce premier grand prélude à 6 voix, déclamé dans un tempo à deux temps lent. Le discours est relancé par la fugue sur les anches, vigoureuse, et ainsi de suite pour les différents versets qui s’enroulent les uns aux autres, des basses de trompettes aux récits divers. Les grands climats versaillais sont là, , organiste à chapelle royale, les connait bien, il nous les livre ici dans toute leur beauté. Les tierces en tailles sont gorgées d’agogique, et de sensualité, les duos, ludiques à souhait, et ce fameux quatuor qui laisse entendre quatre sonorités différentes simultanément, l’invention de Marchand.
Plus loin le grand dialogue en ut, véritable offertoire sur les grands jeux en cinq parties, rappelle les fastes de ce siècle des lumières qui s’était introduit jusqu’aux tribunes. Pour comprendre Marchand, dont la vie fut compliquée et houleuse, on ressent au travers de sa musique tout ce que cet homme avait de dionysiaque. L’interprète doit être de ce même esprit de chant et de libertés, ce que nous offre pleinement .

on l’aura compris, depuis la vision initiatrice de Michel Chapuis, qui fût aussi organiste à la chapelle royale de Versailles, Frédéric Desenclos apporte avec ce disque une nouvelle référence, que les amateurs ne manqueront pas d’approcher, pour une connaissance renouvelée de l’art de .

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.