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Florilège pour le cristal Baschet

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Henry Purcell (1659-1695) : Music for a while ; Marc-Antoine Million (né en ?) : Antigone ; Maurice Ravel (1875-1937) : Prélude ; Jean-Philippe Calvin (né en 1974) : Styx ; Eric Satie (1866-1925) : Gnossienne n°1, Méditation ; Alain Labarsouque (né en 1956) : Rota Sensui ; Francis Poulenc (1899-1963) : Mon cadavre est doux comme un gant ; Roger Steptoe (né en 1953) : C’est l’heure exquise ; Alain Voirpy (né en 1955) : Six miniatures ; Anonyme : Ay luna que reluzes. Ensemble Hope : Marc-Antoine Millon, Frédéric Bousquet, Cristal Baschet ; Maëlle Vivares, soprano ; Xavier Bluhm-Soubira, percussion multitimbrale. 1 CD EH-002. Enregistré au studio de la fondation La Borie en Limousin. Présentation en français. Durée totale : 56’02 »

 

L’Ensemble Hope, formé de et de , s’est fait une spécialité du Cristal Baschet et des sculptures sonores. Dans leur dernier enregistrement, ces deux musiciens atypiques s’entourent en outre du percussionniste Xavier Bluhm-Soubira et de la soprano Maëlle Vivares pour nous convier à un étrange voyage sonore, entre arrangements et créations.

Précisons tout d’abord que le Cristal Baschet est un instrument inventé en 1952 par les frères Baschet ; il se présente sous la forme d’un clavier de lames en fibres de verre, qui vibrent au toucher, et dont la vibration se communique à d’autres lames, métalliques cette fois, avant d’être amplifiée par de vastes pavillons. Tout en lui est étrange : la forme tout d’abord, arachnéenne, qui fait penser à la sculpture Maman de Louise Bourgeois ; le son ensuite, d’une consistance irréelle, rare, fragile. À peine exprimé, il s’éteint déjà, et ne laisse que des lambeaux d’harmoniques. On pourra qualifier l’effet produit d’énigmatique, d’inquiétant, voire de profondément pathétique.

Le timbre du Cristal aigu fait parfois penser à la clarinette (l’ostinato de Méditation n’est pas sans nous rappeler le New York Counterpoint de Reich) ou à la voix. L’association de cet instrument avec la soprano fonctionne d’ailleurs très bien, notamment dans la mélodie de Poulenc, « Mon cadavre est doux comme un gant ». On ne peut s’empêcher de penser à ce propos à l’expression « voix cristalline ». Par-delà la boutade, cette expression rend bien certaines limites du timbre de l’instrument : pur, fascinant mais désincarné, seulement capable d’une sorte de lyrisme froid, boréal. Le choix des pièces semble y faire écho en installant le motif de la lune, présent notamment dans C’est l’heure exquise.

Une autre limite, gênante cette fois : lorsque que le Cristal est capté de trop près, les sons grésillent de façon pénible, ce qui est malheureusement le cas dans le Prélude de Ravel, ou la pièce anonyme qui conclut l’enregistrement, Ay luna que reluzes.

Les autres arrangements au programme fonctionnent très bien quant à eux. Les deux Satie sont des réussites, qui ne laissent pas de nous surprendre : rien de commun en effet entre la fameuse Gnossienne, lancinante, mélancolique, et cette Méditation, dont la gestion très étale du temps et la rareté des évènements sonores sont très modernes.

En ce qui concerne les pièces composées spécialement pour l’occasion, C’est l’heure exquise de Roger Steptoe et Rota Sensui d’Alain Labarsouque sont des pièces très intéressantes, la dernière en dépit de sa fin abrupte. Notre attention s’est pourtant toute entière focalisée sur la suite de , Styx, une oeuvre rien moins que syncrétique. On y entend tour à tour des rythmes rock voire pop aux percussions, qui évoquent plus loin la sonorité sèche du gamelan javanais. Le Cristal n’est pas en reste bien sûr, et use d’un effet de distorsion comparable à celui d’une guitare électrique, quand il ne produit pas des sons d’apparence bruitiste : feulements, cri du vent, etc.

L’Antigone de Marc-Antoine Millon et les Six miniatures d’Alain Voirpy pour finir sont plus décevantes. La première manque de surprise, elle paraît presque classique avec ses enchaînements harmoniques tonaux, cependant que la seconde, bien que relevant d’une esthétique plus moderne, épuise la patience de l’auditeur.

En conclusion, on peut dire que cet enregistrement est un objet surprenant – et ce n’est pas pour nous déplaire.

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Henry Purcell (1659-1695) : Music for a while ; Marc-Antoine Million (né en ?) : Antigone ; Maurice Ravel (1875-1937) : Prélude ; Jean-Philippe Calvin (né en 1974) : Styx ; Eric Satie (1866-1925) : Gnossienne n°1, Méditation ; Alain Labarsouque (né en 1956) : Rota Sensui ; Francis Poulenc (1899-1963) : Mon cadavre est doux comme un gant ; Roger Steptoe (né en 1953) : C’est l’heure exquise ; Alain Voirpy (né en 1955) : Six miniatures ; Anonyme : Ay luna que reluzes. Ensemble Hope : Marc-Antoine Millon, Frédéric Bousquet, Cristal Baschet ; Maëlle Vivares, soprano ; Xavier Bluhm-Soubira, percussion multitimbrale. 1 CD EH-002. Enregistré au studio de la fondation La Borie en Limousin. Présentation en français. Durée totale : 56’02 »

 
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