Banniere-ClefsResmu-ok

Les oiseaux rares de Stravinsky par Lydia Jardon

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Igor Stravinsky (1882-1971) : L’oiseau de feu ; Le chant du Rossignol. Lydia Jardon, piano. 1 cd AR.RE.SE 2012-1. Code barres : 3760067550197. Enregistré à la Batterie, Guyancourt les 5,6,8 et 9 mars 2012. Notice bilingue (anglais-français) de première main sous forme d’entretien avec l’artiste, ce qui vaut toute notice globalisante et sans intérêt. Durée totale : 63’17

 

Le fait est assez rare pour être noté : à défaut d’avoir produit des partitions essentielles et originales pour le piano, force est de reconnaître que les œuvres les plus remarquables pour le clavier sont ses propres arrangements des chefs-d’œuvre d’orchestration que sont Petrouchka, l’Oiseau de feu et le Sacre du printemps. On n’épiloguera pas longtemps sur le fait que ces versions n’ont rien de simples clones désorchestrés des versions originales. Elles ont un intérêt remarquable qui nous permet de nous plonger au cœur des structures, des harmonies et des rythmiques si particulières qui sont la marque de fabrique du grand russe.

Dans le cas particulier de l’Oiseau de feu ici enregistré, le livret d’accompagnement nous apprend que Lydia Jardon a choisi le fusionnement de deux transcriptions déjà existantes : celle, évidemment, de Stravinsky réalisé en 1910 à laquelle de très longs passages de la version pour trois pièces de son fils datée 1973, ont été incorporés. La « danse infernale » lui est ainsi essentiellement due. De son propre aveu, a de son propre chef a réécrit ou complété certains passages d’après la partition d’orchestre. Mais que ce tripatouillage ne vous fasse pas peur : le résultat est tout à fait réussi au niveau du texte même, puisque l’on y perçoit que du feu !

En ce qui concerne l’interprétation elle-même, cette version pour piano seul d’une partition instrumentalement chargée dans sa version orchestrale occupe bien l’espace musical. Jamais nous n’avons eu l’impression d’un creux ou d’un vide créé par la réduction des moyens d’exécution physiques – les deux mains seules – et instrumentaux – un seul clavier. C’est dire si l’investissement de l’artiste qui avait déjà mûri son disque dans une série de concerts donnés précédemment est total. On discerne pourtant une cérébralisation constante qui a tendance à restreindre et peut-être à trop contrôler son jeu au niveau expressif. Mais la clarté de la lecture, l’utilisation subtilement maîtrisée des pédales (dont l’harmonique) assurent une mise en place impeccable des niveaux sonores.

Au bout du compte, l’interprétation réussie d’une telle partition, c’est réussir tout le paradoxe d’une musique luxuriante qui demande aux interprètes une rigueur absolue de mise en place, rigueur qui doit servir de base au développement d’une subjectivité sans cesse sous contrôle, sans quoi l’édifice s’écroule. Le complément du Chant du rossignol s’inscrit dans la même mouture artistique. Techniquement, on pourra entendre ici et là quelques bruits parasites difficilement identifiables (grincements de la pédale, cliquetis internes à l’instrument ?).

Un laisser aller d’intentions, une trop grande liberté auraient-elles ruiné cet Oiseau de feu ? Mieux vaut ne pas le savoir et profiter de cette intéressante réalisation à peine sérieuse.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.