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Hommage à János Starker

. Le grand violoncelliste américain d’origine hongroise est décédé à l’âge de 88 ans. Le musicien, qui a marqué l’histoire de l’interprétation, était un modèle pour de nombreux artistes.

János Starker est un enfant prodige. Né à Budapest d’un père Polonais et d’une mère d’origine ukrainienne. Sa famille est très musicienne et ses deux grands frères jouent du violon. Enfant,  il reçoit son premier violoncelle et il fait ses débuts publics à l’âge de six ans. Il est aussitôt admis à l’Académie Franz Liszt du Budapest auprès des meilleurs professeurs dont le compositeur Léo Weiner.  Ses débuts  professionnels se déroulent en 1938, dans le Concerto de Dvorak, il remplace, au pied levé, le soliste annoncé.

La Seconde guerre mondiale est particulièrement tragique pour sa famille. En tant que Juifs,  ses deux grands frères disparaissent assassinés par les nazis et le garçon est détenu pendant trois mois dans un camp d’internement. A la libération, il entre à l’opéra de Budapest et à la philharmonie comme violoncelliste solo. Cependant, dégouté par la prise de pouvoir des communistes, il s’exile en Europe de l’Ouest. Le chemin est difficile et le jeune homme travaille même comme électricien pour survivre.

On le retrouve à Paris où il grave la première version de la redoutable Sonate pour violoncelle seul de son compatriote  Zoltán Kodály, alors réputée injouable. Ce disque reçoit aussitôt un grand prix du disque. En 1948, il s’installe aux Etats-Unis. Il pose des valises à Dallas qui l’accueille comme leader du pupitre des violoncelles de son orchestre alors dirigé par un Hongrois : Antal Dorati. Il quitte ensuite la phalange texane pour le Metropolitain Opera de New-York, dirigé par un autre compatriote : Fritz Reiner. Il suit Reiner à Chicago ce dernier dirige l’orchestre symphonique.  Alors que sa première version discographique des Suites de Bach est accueillie triomphalement, il décide de se consacrer exclusivement  à sa carrière de soliste (1958). Il devient un chambriste recherché qui donne des récitals à travers le monde. Il était bien connu du public parisien pour ses récitals, entre-autre, au Théâtre de la Ville  où il se produisait encore en 2000 avec le pianiste Pascal Devoyon.  Depuis 2001, il s’était retiré de la scène pour se consacrer à la pédagogie.

 L’enseignement fut sa grande vocation, il déclara même se considérer comme enseignant plutôt que soliste. La légende raconte qu’il débuta ses activités de pédagogue à l’âge de huit ans et il enseigna, sans relâche jusqu’à sa mort. En 1946, il perdit la première place  du concours de Genève devant l’un de ses étudiants…A partir de 1958, il fut professeur à l’université d’Indiana tout en donnant des classes de maître à travers le monde, formant des dizaines de musiciens.  Sa méthode  An Organized Method of String Playing est l’une des bases de la pédagogie du violoncelle. Starker avait également travaillé à l’amélioration des particularités acoustiques des instruments à cordes.

Porté par le développement du disque du 78 tours au CD, Starker nous lègue une discographie qui compte plus de 165 oeuvres. Aux sommets, on peut placer ses multiples  lectures des Suites de Bach chez EMI, Mercury et RCA. Sa dernière gravure, enregistrée en 1997 pour RCA,  fut bardée de prix dont un Grammy Award.  Du côté des concertos, on lui doit des versions majeures des concertos de Dvorak, Schumann, Lalo, Saint-Saëns sous la baguette d’Antal Dorati (Mercury) Ce violoncelliste au son un peu sec mais très expressif permet de faire briller une musicalité parfaite. Il trouva un partenaire musical en la personne du pianiste hongrois György Sebők. Ils se rencontrèrent, en 1962, à l’université d’Indiana. Ensemble, ils donnèrent de nombreux récitals et ils gravèrent des dizaines de disques : les Sonates de Brahms et de Beethoven pour Erato et plusieurs disques de musique de chambre pour Mercury. Le label Ina Mémoire Vive propose une série d’enregistrements de ce duo dans Prokofiev, Kodály, et Martinu.  Starker se produisit également à de nombreuses reprises avec le pianiste Rudolf Buchbinder, ils gravèrent les Sonates de Brahms (RCA) et les Sonates de Beethoven (Erato).  Malheureusement de nombreux de ses enregistrements, pour les labels Denon, DElos ou Erato, sont désormais introuvables à moins de fréquenter les disquaires de seconde main.

En 2004, le musicien avait publié ses mémoires intitulées :  « The World of Music According to Starker, » (Indianna University Press).

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