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Un portrait épistolaire de Wagner

À emporter, Essais et documents, Livre

Bons baisers de Bayreuth : Richard Wagner par ses lettres. Christophe Looten. Editions Fayard. Paris. 404 pages. 26€. N° ISBN : 9782213671079. Date de parution : 20 février 2013

 

C’est peu dire que obsède Christophe Looten ! On le comprend, et en cette année du bicentenaire de la naissance du grand compositeur, ce troisième ouvrage, après notamment Dans la tête de , tombe à point nommé.

Dans sa préface, Christophe Looten mentionne le chiffre astronomique de lettres écrites par Richard Wagner et qui nous sont parvenues : plus de neuf mille, adressées à sa famille, ses amis, ses collègues, ses créanciers, ses interprètes … Pour comprendre un tel personnage, si sujet à controverse, ces documents sont d’une valeur inestimable, quoiqu’à lire avec circonspection cependant. Comme le rappelle très justement l’auteur en effet, Wagner ne se livre que partiellement dans ses lettres, lui-même étant très conscient de l’importance de ces écrits vis-à-vis de la postérité.
D’où la grande variété de tons, de styles employés, qui sont autant de masques en somme, et le nécessaire tri à faire. Chez un tel « artiste de sa vie », comment démêler le vrai du faux ? La confession de l’imposture ?

L’auteur laisse cette question à l’appréciation du lecteur, qu’il guide intelligemment néanmoins en contextualisant chacune des deux cents lettres proposées dans de petits paragraphes fort instructifs, qui vont notamment piocher dans le journal de Cosima, témoin privilégié s’il en est – quoique même ce témoignage soit sujet à caution. Les notes de bas de page sont elles aussi très éclairantes, pour d’autres raisons ; elles renseignent sur les choix de traduction autant que sur les nombreuses personnalités, évènements, mentionnés dans les lettres.

Du point de vue de la traduction justement, le style se veut clair, débarrassé des tournures complexes des traductions antérieures, ce qui facilite indéniablement la lecture, la rend plus agréable. On sent toutefois de temps en temps la lutte du traducteur face à des textes eux-mêmes ampoulés, emphatiques – le correspondance avec Louis II de Bavière en est un bon exemple : une véritable compilation de clichés romantiques et de formules obséquieuses !

Au titre des coups de coeur, on ne peut s’empêcher de mentionner le bref échange avec Brahms, autour d’une sombre histoire de manuscrit, qui résume en peu de mots, entre les lignes, l’admiration autant que la défiance réciproque que se vouaient les deux hommes. Brahms, d’ailleurs, y est plus franc que Wagner …

L’ouvrage constitue donc un outil fort intéressant et intelligent pour approcher au plus près la personnalité ambivalente du fameux compositeur.

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