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Vichy : L’Italienne à Alger de bonne humeur

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Vichy, Opéra de Vichy, 15-IX-2013. L’Italienne à Alger, Drama giocoso en deux actes de Gioachino Rossini, livret d’Angelo Anelli. Nicola Berloffa, mise en scène et costumes ; Rifail Ajdarpasic, décors ; Gianluca Antolini, lumière. Marina de Liso (Isabella), Melody Louledjian (Elvira), Lorenzo Regazzo (Mustapha), Sergey Romanovsky (Lindoro), Tassis Christoyannis (Taddeo), Benedetta Mazzucato (Zulma), Jean-Vincent Blot (Haly). Orchestre d’Auvergne, Chœur de l’Opéra de Toulon Provence Méditerranée. Roberto Forés Veses, direction.

_DSC7652L’Italienne à Alger — ce titre suffit à faire sourire ceux qui connaissent l’opéra. Une intrigue invraisemblable, une bouffonnerie déjantée et tout cela mené autour d’une Italienne à forte personnalité, Isabella, plus haute en couleur que ces « Turcs » aussi originaux les uns que les autres. Et quand les scènes sont ornées de décors colorés, le plaisir s’en trouve accru. En effet, ce décor unique est ingénieusement pensé : sur les murs de praticable en forme de T, on voit d’un côté le grand salon du palais de Mustapha, dans un style mauresque de fantaisie, en plusieurs nuances de bleu. De l’autre, à gauche, un appartement rouge, espace privé du bey. Et à droite, une cuisine blanche. Ces trois espaces fixes pivotent en fonction des scènes, suggérant clairement le protagoniste du moment.

Sur ces décors joyeux, la performance des chanteurs est heureuse. , dans le rôle d’Isabella, très comédienne, assume avec entrain le rôle principal ; sa voix de contralto au timbre chaud, possédant une belle clarté dans les aigus, va de pair avec le caractère de la femme rusée et coquine, d’autant que la cantatrice est très à l’aise dans les vocalises. Segey Romanovsky, qui chante son amant Londoro, fait la démonstration de son savoir faire vocal dès sa première cavatine « Languir per una bella ». Un naturel étonnant dans l’émission de sa voix, habile dans toutes les tessitures. S’il n’est pas aussi précis dans les vocalises que sa partenaire, il forme avec elle un couple intéressant sur le plan de la couleur. est un haïssable despote de Mustapha dans le premier acte, mais très sympathique dans le deuxième acte, quand il a perdu tout son mordant en remplissant pleinement sa nouvelle et haute fonction de Pappataci ! Il tient son rôle non seulement à travers l’allure et les gestes, mais aussi l’expression du visage. , en bon Kaïmakan, alias Taddeo, joue avec brio, entre sa (fausse) loyauté au bey et l’irritation de se trouver dans une telle situation, sans parler de sa secrète déception de voir Isabella de nouveau avec Lindoro. Ce quatuor principal forme un ensemble à la fois homogène et varié ; homogène pour leurs qualités de chanteurs et de comédiens, varié par les timbres et les caractères de leur voix. Ils sont soutenus par de tout aussi excellents seconds rôles.

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Le chef espagnol , directeur artistique de l’, mène à bien ces deux actes aux multiples caractères. Néanmoins, pour les ensembles vocaux (notamment la strette finale de l’acte I) ainsi que les chœurs, on perçoit assez nettement des décalages entre les différents pupitres, qui sont certes vite rattrapés, mais tout de même assez nombreux.

La mise en scène et les costumes de Nicola Berloffa sont aussi amusants que les décors, mêlant différents styles pour les costumes (habits turcs pseudo-traditionnels, robes modernes, uniformes militaires…). Cependant, l’arrivée d’Isabella suite au naufrage du navire italien au début, puis son départ en compagnie de son amant à bord d’un bateau à la fin ne sont pas clairement montrés, de ce fait les paroles de Mustapha évoquant le retour du navire vénitien dans son pays (acte I, scène VI-VII) perdent pratiquement toute signification. Si cet épisode n’a aucune incidence sur l’intrigue qui se déroule dans le palais du bey, un amoureux de cet opéra pourrait s’attendre à voir le bateau aux deux extrémités de la pièce, pour justement situer l’histoire dans un cadre lointain et imaginaire où toute fantaisie est permise.

Quoi qu’il en soit, ce fut une très belle représentation et Rossini aurait été ravi de voir son œuvre créée en 1813 toujours jouée avec verve, en faisant plaisir aux spectateurs 200 ans plus tard !

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Vichy, Opéra de Vichy, 15-IX-2013. L’Italienne à Alger, Drama giocoso en deux actes de Gioachino Rossini, livret d’Angelo Anelli. Nicola Berloffa, mise en scène et costumes ; Rifail Ajdarpasic, décors ; Gianluca Antolini, lumière. Marina de Liso (Isabella), Melody Louledjian (Elvira), Lorenzo Regazzo (Mustapha), Sergey Romanovsky (Lindoro), Tassis Christoyannis (Taddeo), Benedetta Mazzucato (Zulma), Jean-Vincent Blot (Haly). Orchestre d’Auvergne, Chœur de l’Opéra de Toulon Provence Méditerranée. Roberto Forés Veses, direction.

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