À emporter, CD, Musique symphonique

Sibelius poétique par Barbirolli

Plus de détails

Jean Sibelius (1865-1957) : Intégrale des sept Symphonies ; Finlandia, poème symphonique op. 26 ; Karelia, suite pour orchestre op. 11 ; La Fille de Pohjola, fantaisie symphonique op. 49 ; Valse triste, op. 44 n°1 ; Le Cygne de Tuonela, op. 22 n°2 ; Le retour de Lemminkäinen, op. 22 n°4 ; Pelléas et Mélisande, suite pour orchestre op. 46 ; Scènes historiques, opp. 25 & 66 (extraits) ; Rakastava (L’Amant), pour cordes, timbales et triangle op. 14 ; Romance, pour orchestre à cordes en ut majeur op. 42. Eric Fletcher, cor anglais. Hallé Orchestra, direction : Sir John Barbirolli. 1 coffret 5 CD Warner Classics 9847062. Code barre : 5099998470624. Enregistré entre janvier 1966 et mai 1970 au Studio EMI n°1, Abbey Road, et au Kingsway Hall, Londres. ADD. Notices trilingues (anglais, allemand, français) bonnes. Durée : 5 h 54’

 

warner_jean_sibelius_john_barbirolliVoici l’un des premiers albums d’enregistrements EMI que nous recevons sous label Warner Classics : la présentation extérieure est identique à celle de l’original EMI Classics, la plaquette intérieure l’est également, et même les CDs estampillés sous étiquette Warner semblent avoir été pressés par la même firme à partir des mêmes matrices (« takt.eu » d’origine polonaise). Donc rien ne semble changé au niveau qualitatif pour le mélomane, et en définitive, c’est ce qui importe.

Alors qu’au début le continent européen avait certaine réticence envers Sibelius, les pays anglo-saxons ont toujours été attirés par sa musique, et EMI anglais, dans les années 30, avait entamé une série de gravures 78 tours His Master’s Voice et Columbia dans le cadre d’une « Sibelius Society » en plusieurs volumes, consacrée principalement aux symphonies et poèmes symphoniques, et faisant appel à des orchestres anglais et finlandais, et des chefs légendaires tels que Robert Kajanus, Georg Schnéevoigt (amis de longue date de Sibelius), Tauno Hannikainen, Thomas Beecham, Adrian Boult, Serge Koussevitzky. Ceci pour les pionniers, chez lesquels les symphonies étaient réparties entre les mains de plusieurs chefs d’orchestre.

L’apparition du microsillon allait permettre des intégrales des symphonies de Sibelius dévolues à un seul chef : lorsque Sir achève son intégrale en mai 1970 avec la Symphonie n°6 en ré mineur op. 104, il avait comme concurrents Sixten Ehrling (1953, Finlandia), Anthony Collins (1955, Decca ou Beulah), Leonard Bernstein (1967, Sony Classical) et Lorin Maazel (1968, Decca). Bernstein, et surtout Maazel aidé par une prise de son sensationnelle, mettaient l’accent sur l’aspect spectaculaire de ces symphonies (une Symphonie n°4 étourdissante chez Maazel), négligeant quelque peu le côté poétique qui est essentiel chez Sibelius. Par contre, Sixten Ehrling et Anthony Collins, malgré l’ancienneté de la prise de son (quoique chez Decca…), l’aspect poétique étaient plus évident, ce qui n’empêchait nullement ces deux admirables chefs de se déchaîner quand il le fallait !… Où se situe donc Barbirolli dans tout cela ? Très haut, en vérité. Dans une salle de concert, Leonard Bernstein – de son vivant – ou Lorin Maazel soulèveraient des enthousiasmes compréhensibles, mais dans l’intimité du foyer, propice aux auditions répétées, c’est l’essence même de la musique que nous dévoile Barbirolli : plus que pour tout autre, le langage sibélien semble tout naturel à cet immense chef d’orchestre, trop peu médiatisé, mais au moins aussi consciencieux que certains plus extravertis.

Violoncelliste de formation, Sir (1899-1970) fonde très vite son propre orchestre à cordes avec lequel il réalise notamment la toute première gravure en 1928 de l’Introduction et Allegro op. 47 d’Elgar, qui incite le compositeur à qualifier Barbirolli de chef très remarquable et capable… Si remarquable et capable qu’il sera le chef d’orchestre favori de nombreux solistes de légende qui lui feront confiance pour des gravures His Master’s Voice des années 30 : Heifetz, Kreisler, Edwin Fischer, Rubinstein… Succédant à Toscanini à la tête de l’Orchestre Philharmonique de New York en novembre 1936, il accomplit ses premières gravures de Symphonies sibéliennes avec cette phalange pour la Columbia américaine : n°2 en ré majeur op. 43 en mai 1940, et n°1 en mi mineur op. 39 en avril 1942.

De retour en Angleterre en 1943, et jusqu’à sa disparition en 1970, Barbirolli prend en main son cher de Manchester, dont il fait l’une des meilleures phalanges britanniques qu’il familiarise aux œuvres de Sibelius, et avec laquelle il grave les Symphonies n°2 et n°7 en mono chez EMI, respectivement en décembre 1952 et mars 1949, et les Symphonies n°1 et n°5 en stéréo pour le label britannique Pye, respectivement en décembre 1957 et mai 1957.

Mais ce sont les enregistrements stéréo ici présents des années 60 pour EMI qui permettront enfin à Barbirolli d’accomplir son intégrale des symphonies, couronnement interprétatif du grand chef, ajoutant au punch et au dynamisme de ses premières versions le côté méditatif, contemplatif de ces œuvres hors du commun : ces ultimes et sereines interprétations savent respirer et prendre leur temps, sans craindre de se démarquer des conventions habituelles. La pure Symphonie n°6 en ré mineur op. 104, par exemple, en bénéficie particulièrement, car Barbirolli, en de larges tempi, met surtout l’accent sur l’aspect poétique des partitions, si souvent mis de côté. Et ce fait est souligné par une prise de son très naturelle, à la perspective claire et juste, mais qui n’empêche pour autant de révéler des moments d’exaltation lyrique et de noble grandeur. En cela, assez étonnamment, les conceptions visionnaires de Barbirolli peuvent être comparées à celles d’Osmo Vänskä (BIS) qui est la référence sibélienne actuelle, et qu’il préfigure constamment. Par là-même, et bien avant Vänskä, Sir John nous semble pénétrer au plus profond de l’âme du compositeur finlandais, et ce qui est vrai pour ces superbes symphonies, l’est également pour les diverses pages qui les accompagnent dans ce coffret inestimable quant au témoignage de l’art du grand chef : le seul regret est que Barbirolli n’ait enregistré tous les quatre volets des Légendes de Lemminkäinen op. 22, mais seulement Le Cygne de Tuonela et Le Retour de Lemminkäinen.

Plus de détails

Jean Sibelius (1865-1957) : Intégrale des sept Symphonies ; Finlandia, poème symphonique op. 26 ; Karelia, suite pour orchestre op. 11 ; La Fille de Pohjola, fantaisie symphonique op. 49 ; Valse triste, op. 44 n°1 ; Le Cygne de Tuonela, op. 22 n°2 ; Le retour de Lemminkäinen, op. 22 n°4 ; Pelléas et Mélisande, suite pour orchestre op. 46 ; Scènes historiques, opp. 25 & 66 (extraits) ; Rakastava (L’Amant), pour cordes, timbales et triangle op. 14 ; Romance, pour orchestre à cordes en ut majeur op. 42. Eric Fletcher, cor anglais. Hallé Orchestra, direction : Sir John Barbirolli. 1 coffret 5 CD Warner Classics 9847062. Code barre : 5099998470624. Enregistré entre janvier 1966 et mai 1970 au Studio EMI n°1, Abbey Road, et au Kingsway Hall, Londres. ADD. Notices trilingues (anglais, allemand, français) bonnes. Durée : 5 h 54’

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.