Intégrale Beethoven euphorisante de Mariss Jansons avec le Bayerischen Rundfunks

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Les neuf symphonies. Christiane Karg, soprano ; Mihoko Fujimura, alto ; Michael Schade, ténor ; Michael Volle, basse. Chœur Bayerischen Rundfunk, chef de chœur : Peter Dijkstra. Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Mariss Jansons. Réalisateur : Hisao Tonooka. Enregistré en concert au Sunotory Hall de Tokyo en 2012. Notice trilingue (anglais-français-allemand). 3 DVD Arthaus Musik 101 537, code barre 807280753790. Format image : 16/9, son PCM Stéréo, Dolby Digital 5.0. Zone All. Durée : 6h24′ + bonus 44′.

 

DVD_Arthaus_Jansons_Beethonev_SymphoniesChef depuis 2003 du Symphonieorchester Des Bayerischen Rundfunk, c’est donc après avoir laisser murir son sujet que lance son orchestre dans la publication d’une intégrale des symphonies de Beethoven. L’enregistrement qui nous est proposé ici en vidéo par Arthaus Musik a été réalisé lors de la tournée de l’orchestre munichois à Tokyo fin 2012. On retrouve une grande partie de ces concerts en version audio dans le coffret BR Klassik paru en parallèle, qui se diffère par une Héroïque et une Pastorale enregistrées à Munich peu de temps avant la tournée, et l’ajout de pièces contemporaines enregistrées entre 2008 et 2012 à Munich.

S’il y a des intégrales Beethoven marquées par le sceau de la routine, celle-ci n’en fait assurément pas partie tant on y ressent un évident aboutissement, celui de plus de dix années de travail en commun qui ont fait de ce déjà bel orchestre un des fleurons du monde symphonique et si on ne devait juger qu’à l’aune de cette intégrale on jurerait qu’il n’a plus rien à envier au Philharmonique de Berlin pour rester en territoire allemand. Et pas seulement parce qu’il lui a emprunté, le temps de cette tournée, son  timbalier Rainer Seegers qu’on peut ainsi voir officier pour cinq des neufs symphonies, les quatre autres étant assurées par Stefan Reuter, un des deux titulaires bavarois, alors que l’autre titulaire Raymond Curfs, qui fut élève de Rainer Seegers, est absent.

Aujourd’hui on a parfois l’impression que ces symphonies sont le théâtre d’expérimentations plus ou moins poussés sur les phrasés, les tempos, les effectifs, les instruments, bref qu’il faut faire du neuf pour intéresser. Ce n’est pas à ce jeu que s’est livré pour délivrer sa vision du corpus beethovénien, qui n’est ni une table rase du passé ni une redite de plus. Les instruments sont modernes, y compris les timbales alors que le chef utilise des timbales en peau quand il joue Haydn. Les tempos sont vifs et toujours allants mais aucune dictature du métronome ne s’y fait sentir, pour autant ils restent stables à l’intérieur d’un mouvement, l’usage du rubato y est discret. Les phrasés et encore plus l’articulation et l’accentuation volontiers très franche ont fait l’objet d’une attention particulière ce qui, allié à une maitrise superlative du tissu orchestrale, offre une clarté et une lisibilité de tous les instants à la ligne musicale. Plus encore la pulsation si importante ici, et pas seulement dans les allegros, est admirablement maintenue avec un trio violoncelles contrebasses timbales qu’on a rarement entendu à ce point engagé et homogène. Quant aux effectifs ils sont dans l’ensemble classiques, avec les deux premières symphonies jouées avec quarante cordes, la cinq et la neuf avec soixante, les autres avec cinquante cordes.

Mariss Jansons le dit dans le documentaire de 44 minutes consacré aux répétitions de l’Héroïque qui accompagne le premier disque, quand on joue cette musique il faut savoir ce qu’on veut, et les musiciens interrogées le confirment tous, leur chef sait exactement où il veut les amener. On ne s’étonnera donc pas qu’il y ait une indestructible cohérence qui traverse tout le cycle, rapprochant les symphonies entre elles. Vif, énergique, dense voire volontiers héroïque, direct et sans sophistication, le ton est donné dès le début le l’opus 21 de 1800 jusqu’à l’apothéose de l’opus 125 de 1824. Les deux premières symphonies bondissent avec entrain, sans cacher leur parenté avec la suite plus qu’avec les prédécesseurs Haydn ou Mozart. L’Héroïque est à l’évidence plus claire et lumineuse que tournée vers l’épopée, mais sait alterner tension et détente, sans atteindre ni chercher les moments paroxystiques qu’on peut trouver chez un Furtwängler, et dans ce style elle est probablement la plus accomplie qu’on ait entendue depuis longtemps.

La Quatrième est peut-être plus virile que lyrique, mais palpite joliment après une introduction pleine de mystère. Si le célèbre premier mouvement de la Cinquième enchaîne parfois un poil vite certaines sections, le privant d’un soupçon de puissance expressive, l’Andante con moto respire magnifiquement et le dytique final est glorieux à souhait. Le chef convainc haut la main avec une Pastorale au tempo de base allant mais loin des plus extrêmes, qui avance en permanence sans les effets de répétition que bien d’autres n’arrivent pas à éviter, et surtout fait chanter toutes les couleurs de l’orchestre et de ses solistes avec une réjouissante élégance. Un Orage comme si on y était tout en restant impeccablement musical et un Allegretto merveilleusement apaisant concluent en beauté cette symphonie si difficile à totalement réussir.

La Septième et la Huitième sont quasiment égales dans leur réussite avec des phrasés et une articulation frisant la perfection. D’une progression constante, le final, morceau de bravoure de la sept, est époustouflant. En écoutant la grandiose Neuvième et en comparant avec l’enregistrement de 2007, on se rend compte des progrès effectués par cette phalange tant l’intensité de toute la symphonie est monté d’un cran avec un premier mouvement cette fois-ci captivant et un finale encore plus grandiose et émouvant. Seul le mouvement lent, au tempo, à nos oreilles toujours trop allant pour s’épanouir totalement, reste en deçà de la superbe réussite des trois autres mouvements.

Voilà une intégrale qui marque clairement son territoire, celui d’une incontestable perfection d’exécution qui n’assèche jamais le discours, d’une clarté des lignes et d’une élégance des phrasés sans hédonisme gratuit, d’une pulsation constamment entretenu. Énergique et vivante sans être allégée, ne cherchant pas à faire ressortir la puissance émotionnelle ni la force tellurique que mettait plus en exergue certains chefs du passé, cette intégrale sans faiblesse et avant tout réjouissante à entendre réussit haut la main tous ses challenges et prend une place de premier choix dans les récentes propositions vidéos, devant Thielemann plus inégal mais passionnant quand il est à son meilleur, ou la vision plus chambriste de Paavo Järvi et sa Deutsche Kammerphilharmonie Bremen.  Et il faut désormais la compter dans les références possibles tous supports confondus.

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