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Léo Ferré le classique : la symphonie interrompue, la chanson du mal-aimé

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Léo Ferré (1916-1993) : La symphonie interrompue ; la chanson du mal-aimé, oratorio pour soli, chœur et orchestre. Laurent Deleuil, Jean-Luc Chaignaud, barytons ; Alessandro Lucioan, ténor ; Danielle Streiff, Katarzyna Medlarska, soprano ; Choeur Hugues Reiner (chef de chœur : Hugues Reiner). Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, direction : Gianluigi Gelmetti. 1 cd OPMC10. Code barres : 3760202580102. Enregistré du 9 au 16 septembre 2013 à l’Auditorium Rainier III (Monaco) et le 14 septembre 2013 Salle Garnier. Notice française comportant interviewe du chef, extraits de presse de l’époque et textes de l’oratorio. Durée totale : 62’05

 

cd-lf-500x500Le plus difficile dans ce genre de sortie est de porter une oreille la plus neutre possible. Autrement dit de considérer cette musique comme venant d’être mise sur le marché, sans aucune référence antérieure ou influence extérieure. Que vaut-elle en tant que telle, 60 ans après sa création ?

La Symphonie interrompue date de 1954. Trois mouvements pour une durée totale approchant les 20 minutes. Le titre lui-même est séduisant : mais attention, « interrompue » ne signifie pas ici « inachevée » comme sa glorieuse aînée. Citons le bref commentaire que l’auteur porte sur son œuvre : « La symphonie interrompue dont le thème est : un musicien recherche désespérément un thème perdu… peut être une berceuse d’enfant. Il est constamment interrompu par les instruments qui ne veulent obéir qu’à des thèmes étrangers. La mélodie attendue jaillit enfin ! »

Le langage classique se positionne en porte-à-faux vis-à-vis de la mode musicale de l’époque. A l’époque du dogme post-sériel, les accords et les mélodies de n’entrent pas dans les codes esthétiques des grands pontes de l’après-guerre. Pourtant, en regard des comptes-rendus de la presse, l’accueil est favorable.

La musique de cette courte symphonie demeure bien construite en regard du propos dont elle se prévaut. On perçoit un net conflit entre une mélodie qui cherche à émerger d’un environnement sonore brutal qui semble vouloir l’anéantir. Le hautbois solo peine à émerger face aux batteries agressives qui l’entourent. Ce fil conducteur se retrouve dans les trois mouvements pour enfin obtenir sa résolution de manière inattendue puisque c’est la voix humaine qui se charge de donner finalement vie à cette mélodie interrompue. Les contours mélodiques, l’harmonie et la rythmique sont bien le reflet des compositions de leur auteur. On retrouve sans peine le style Ferré appliqué cette fois au genre « sérieux » qu’est la musique classique pour tout artiste issu d’un autre monde. Il n’y a aucune raison de bouder cette symphonie interrompue qui devait servir de prélude à la création de l’oratorio que nous retrouvons dans la seconde partie de ce disque La Chanson du Mal-Aimé.

Là encore, précisons quelques points. La connotation religieuse qu’impose le vocable oratorio pourra surprendre surtout en regard du texte sur lequel il est composé, à savoir le poème éponyme de Guillaume Apollinaire. Mais il s’agit bel et bien d’un « oratorio profane », aux couleurs proches des chansons mais de dimensions tout autres. La musique s’enchaîne, alternant voix solistes et parties chorales, dans les mêmes caractéristiques musicales précédemment citées. Si les solistes, tous issus du milieu classique interprètent justement en ne faisant pas trop pencher la balance du côté « grand opéra », les parties chorales manquent de précision dans la mise en place et surtout dans la diction quasiment incompréhensible. Mais l’ensemble est assez fort pour en faire non une œuvre essentielle mais à part et à ne pas négliger au regard de l’ensemble du corpus du chanteur.

La Symphonie interrompue et La Chanson du mal-aimé reçurent un triomphe à leur création en Principauté de Monaco en 1954. Elles subirent par la suite les conséquences d’un statut ambigu qui marqua toutes les œuvres « parallèles » des auteurs qui firent carrière dans la variété ou le classique et écrivirent pour d’autres styles où on ne les attendait pas. Il en va de même pour les interprètes (que n’a-t-on dénigré Keith Jarrett jouant Bach ?). Mais a une culture musicale classique et l’on ne peut nier ici l’intérêt de cette musique. , issu du monde classique, est en outre parfaitement à sa place pour ce Ferré-là. Il défend avec conviction l’autre Ferré, le classique. 

 

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Léo Ferré (1916-1993) : La symphonie interrompue ; la chanson du mal-aimé, oratorio pour soli, chœur et orchestre. Laurent Deleuil, Jean-Luc Chaignaud, barytons ; Alessandro Lucioan, ténor ; Danielle Streiff, Katarzyna Medlarska, soprano ; Choeur Hugues Reiner (chef de chœur : Hugues Reiner). Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, direction : Gianluigi Gelmetti. 1 cd OPMC10. Code barres : 3760202580102. Enregistré du 9 au 16 septembre 2013 à l’Auditorium Rainier III (Monaco) et le 14 septembre 2013 Salle Garnier. Notice française comportant interviewe du chef, extraits de presse de l’époque et textes de l’oratorio. Durée totale : 62’05

 
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