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Zinnias de Bob Wilson, première mondiale à Lyon

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Lyon 6-VI-2014. Dans la cadre des Nuits de Fourvière. Robert Wilson : Zinnias. Idée originale, mise en scène, scénographies et lumières : Robert Wilson ; Direction musicale et arrangements : Toshi Reagon ; Livret et composition musicale : Bernice Johnson Reagon et Toshi Reagon ; Texte : Jacqueline Woodson ; Assistante à la mise en scène : Linsey Pesinger ; Costumes : Carlos Soto ; Assistant lumières : Scott Bolman ; Assistant à la scénographie : Jakob Oredsson ; Chorégraphie Scherzo : Millicent Johnnie ; Régie plateau : Jane Rosenbaum ; Capitaine de danse : Francesca Harper. Avec : Carla Duren, Clementine Hunter; Charles E. Wallace, Le père de Clementine; Josette Newsam-Marchak, La mère de Clementine; Cornelius Bethea, Cuckoo Charlie; Francesca Harper , Jennifer Nikki Kidwell,Rosie; Karma Mayet Johnson, Cammie; Bertilla Baker Thompson, Alberta Kinsey, Ora Williams; Robert Osborne, François Mignon; Nat Chandler,James “Ppes” RegisterCharlene; Sheryl Sutton , Ange
Musiciens : Juliette Jones violon ; Ganessa James, Jr basse ; Jason Walker guitare et voix ; Adam Widoff guitare ; Robert Burke batterie.

Picture 3Les Nuits de Fourvière se sont ouvertes sur un spectacle haut en couleurs : Zinnias, the life of Clementine Hunter, première mondiale de l’opéra de Robert Wilson, relatant à travers le destin d’une peintre naïve autodidacte, deux siècles de musique noire américaine.

Dans le Grand théâtre, alors que le soleil s’est couché sur une ville sublime, et que les derniers arrivants cherchent une place sur la pierre romaine, galette en main (coussinet sur lequel s’assoit le spectateur et qu’il jette sur scène à la fin quand il aimé le spectacle), apparaît un personnage fantôme figurant le témoin et plus largement le spectateur : Sheryl Shutton, déjà interprète en 1971 dans le Regard du sourd. Son imposante stature noire hantera le devant de la scène du début à la fin de sa présence muette en quelques gestes saccadés comme au ralenti. Elle est l’ange. En elle semble culminer la question du sens du travail de Robert Wilson : passer du silence au mouvement, puis ajouter des mots ou des notes. Et les sons ici sont des couleurs. Clementine Hunter se plaisait à peindre des zinnias, fleurs rouge, orangée, jaune, blanc crème ou lilas, dont chaque interprète semble donner une tonalité. , en robe bleu roi à fleurs blanches, figure avec fougue, de sa voix claire, Clementine à tous les âges de sa longue et singulière vie.

L’opéra, chanté en anglais, surtitré en français, raconte la naissance, la vie et la mort d’une femme noire américaine, née libre en 1887 et cependant descendante d’esclaves, dont elle reproduit la lourde chaîne en travaillant dans une plantation de coton et de noix de cajou : Melrose en Louisiane.  Devenue domestique, elle est le véritable ange bienfaiteur de Melrose devenue résidence d’artistes (un Watermill Center à l’ancienne, laboratoire du spectacle vivant fondé par Robert Wilson en 1992), et le restera jusqu’à sa mort à 101 ans, le 1er janvier 1988 : après des journées passées à servir, elle a peint des nuits et des nuits jusqu’à créer plus de quatre milles œuvres.

Où se loge la fPicture 5orce créatrice de cette peintre autodidacte ? Dans son esprit justement. Quel fut le déclencheur de cette révélation ? Des tubes de peinture délaissés. Clementine Hunter a cinquante ans quand elle commence à peindre jusqu’au bout des scènes de vie quotidienne et plus largement sa vision intérieure du monde.

L’opéra ressemble à un tableau naïf dynamisé par l’allégresse des Spirituals, les notes endiablées du Rock and Roll et du Zydeco (ou zarico, genre musical assez « Blues » apparu en Louisiane dans les années 30) et dont les pas dansés reprennent le rythme saccadé de marionnettes rivées à un fil invisible. Robert Wilson y rend un hommage à la culture afro américaine, mais aussi à l’énergie de l’espoir, celle que ne connaissent que les « happy few », ceux dont l’étincelle ne s’éteindra jamais grâce aux œuvres qui leur survivent. C’est le cas de Clementine Hunter, épouse et mère de cinq enfants, travailleuse infatigable et artiste pour l’éternité. Le maestro l’a rencontrée à 12 ans et lui a acheté une petite toile, il l’a revue, a suivi son ascension jusqu’à la reconnaissance puis la gloire, et lui a racheté des tableaux que ses artistes en résidence peuvent admirer aujourd’hui.

A des années-lumière de son interprétation en 1997 de Pelléas et Mélisande à l’Opéra Garnier, sublime de beauté éthérée, cet opéra plaira à tous sans pour autant faire l’unanimité. Bref, il est préférable d’aimer le Blues et l’art naïf pour l’apprécier. Découvrir la vie de cette peintre (la Séraphine de Senlis américaine avec le bonheur et la longévité en prime) reste un cadeau et l’art comme instrument de libération durable, une évidence que donne encore à voir. Merci cependant.

Crédit photographique : © Stéphanie Berger

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Lyon 6-VI-2014. Dans la cadre des Nuits de Fourvière. Robert Wilson : Zinnias. Idée originale, mise en scène, scénographies et lumières : Robert Wilson ; Direction musicale et arrangements : Toshi Reagon ; Livret et composition musicale : Bernice Johnson Reagon et Toshi Reagon ; Texte : Jacqueline Woodson ; Assistante à la mise en scène : Linsey Pesinger ; Costumes : Carlos Soto ; Assistant lumières : Scott Bolman ; Assistant à la scénographie : Jakob Oredsson ; Chorégraphie Scherzo : Millicent Johnnie ; Régie plateau : Jane Rosenbaum ; Capitaine de danse : Francesca Harper. Avec : Carla Duren, Clementine Hunter; Charles E. Wallace, Le père de Clementine; Josette Newsam-Marchak, La mère de Clementine; Cornelius Bethea, Cuckoo Charlie; Francesca Harper , Jennifer Nikki Kidwell,Rosie; Karma Mayet Johnson, Cammie; Bertilla Baker Thompson, Alberta Kinsey, Ora Williams; Robert Osborne, François Mignon; Nat Chandler,James “Ppes” RegisterCharlene; Sheryl Sutton , Ange
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