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Festival des Pianissimes à Saint-Germain-au-Mont-d’Or

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Créé par l’association Dièse en 2005 pour soutenir les jeunes talents, la saison Pianissimes à Paris et dans la région lyonnaise culmine chaque année avec un festival de trois jours à Saint-Germain-au-Mont d’Or, à une vingtaine de kilomètres de Lyon. Lors de cette 9e édition, la menace d’orages a conduit les quatre concerts des deux derniers jours (deux d’entre eux étaient initialement prévus en plein air dans les jardins du domaine des Hautannes), auxquels nous avons assisté, à se réfugier dans l’église du village, dont on a pu admirer l’acoustique, partout excellente, ce qui est rare pour ce type de bâtiment.

Tibault et NoéLe samedi 28 juin, en début de soirée, nous assistons au récital du pianiste et du violoncelliste , dans un programme essentiellement allemand. joue d’abord en solo la Sonate en ut mineur de Mozart – très beethovénienne par son caractère et sa tonalité – sans être dépourvue d’une certaine légèreté. le rejoint dans la Sonate n° 2 pour piano et violoncelle de Beethoven, dans la continuité de Mozart, sa tonalité de sol mineur l’atteste. Violoncelle solo de l’Orchestre des Pays de Savoie depuis 2012, il a un beau son large mis en valeur par une remarquable musicalité. Ils optent pour une nette allure de marche pour le Rondo final, en contraste avec la fluidité romantique des mouvements précédents. Un nouveau piano solo avec la Ballade n° 2 de Liszt subjugue l’auditoire. Plus à l’aise que dans Mozart, il exploite à fond sa virtuosité avec un dynamisme surprenant, le tout dénotant une grande maturité interprétative. Le récital se termine avec Fantasiestücke de Schumann. Ici aussi, notre violoncelliste fait la preuve de son grand talent, faisant chanter son instrument comme le ferait un grand chanteur dans des lieder.

A 20 heures, les Variations Goldberg de J.-S. Bach par , qui choisit une atmosphère intimiste, en installant des chandelles sur le pupitre du piano et en rapprochant le plus possible les sièges des auditeurs de l’instrument. Adoptant un tempo relativement rapide dans l’ensemble des pièces, elle met en avant un son doux, même moelleux, mais quelques passages rapides sont joués parfois assez brutalement.

Le dimanche 29 à 18 heures, et le créent ensemble un moment d’une extrême intensité. Bien présent sur la scène française depuis son premier prix au Concours de Genève il y a 2 ans, Soulès, qui s’est fait connaître jusqu’à maintenant avec un répertoire plutôt germanique, nous montre une autre facette en jouant le premier cahier d’Iberia d’Albéniz. Son aisance technique exceptionnelle va de pair avec la profondeur de son expression ; ce rapport semble s’accentuer davantage à chaque concert qu’il donne. Le , cette étoile scintillante apparue subitement au devant de la scène internationale (1er prix du Concours de Genève en 2011, lauréat des Young Concert Artists de New York en 2012…) ne déçoit pas. Dans le Quatuor en ré mineur K.421 de Mozart, quatre jeunes Lyonnais donnent au « Menuet » des expressions infiniment variées, avec des modifications subtiles de tempo et des textures sonores originales mais parfaitement appropriées. Le trio de ce même « Menuet » est joué à un tempo nettement plus lent mais extrêmement gracieux, le tout suggérant une lecture de la partition mure et profonde. Dans le finale du Quintette pour piano en mi bémol de Schumann, la parfaite fusion entre cordes et piano crée un effet sonore des plus heureux. Ils prennent beaucoup de liberté dans le tempo, qui change assez souvent, mais comme chez Mozart, cette oscillation est si subtile que cela ne gêne aucunement. Dans le deuxième mouvement, l’alto joue le thème avec un son brut poussé à l’extrême, voire sauvage, amplifiant son caractère désespéré. Et le dernier mouvement, enjoué, énergique, brillant, débordant d’espoir… que dire d’autre ? Un vrai régal.

Le concert final, dans la soirée, est confié au pianiste (1988-2093 selon les dates données par l’artiste et imprimées dans le programme !) et à la percussionniste (né en 1985), jouant du marimba ce soir-là, qui revisitent des chefs-d’œuvre de la musique classique : Sonate pour deux piano en ré de Mozart au piano et au marimba (et c’est d’une beauté exquise) ; Aquarium de Saint-Saëns avec des sons préparés et des « bruitages » sur les deux instruments (drôle et ingénieux) ; « Allegro assai » de la Sonate pour violon et clavier en la de Bach (fidèle à la partition) ; « Gondole vénitienne » des Romances sans paroles de Mendelssohn (légèrement jazzy)… Mais ils interprètent également leurs propres compositions : Variations sur des chants traditionnels bulgares de Serafimova avec, au début et à la fin, des chants à la mélodie énigmatique et même mystique, sur des paroles délibérément insignifiantes où il est question de poireau, et au milieu, des variations de toute sorte (dont l’utilisation de clochettes, d’un archet de violon sur le marimba, du piano partiellement étouffé) ; La fenêtre et la Pluie d’Enhco, sorte de fusion entre le classique et le jazz, avec de très belles mélodies. Ils exécutent également en « pré-première mondiale » les deux premiers mouvements sur trois de Signs of Life que le compositeur new-yorkais a écrits pour eux. Avant de jouer, ils annoncent en toute simplicité que le troisième mouvement est si complexe qu’ils ne sont pas encore prêts ! Très décontractés et concentrés à la fois, les deux artistes transmettent à la salle une incroyable énergie qui atteint son point culminant avec Le Grand Tango de Piazzolla. Explosion d’une force vitale qui manque peut-être encore dans les concerts classiques ? En tout cas, les auditeurs ne tarissent pas d’éloges avec une ovation debout pendant une dizaine de minutes, qu’ils méritent largement.

 Photos : Thibault Lebrun et Noé Natorp ; et en répétition © Marie-France de Beler

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