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Annecy, Annecy Classic Festival, Musée-Château, Eglise Sainte Bernadette, Eglise Notre-Dame de Liesse. Concerts du 20 au 23 août.

IMG_1743 copie © Yannick PerrinAnnecy Classic Festival met en avant, avec la collaboration de plusieurs concours internationaux – pour cette année, ceux d’Astana au Kazakhstan, de Kiev en Ukraine et de Piano Campus en France – des jeunes interprètes à un avenir prometteur, à l’instar de , l’une des pianistes présentées l’année dernière, qui a bien entamé sa belle carrière (l’auteure de ces lignes précise qu’elle n’a aucun lien de parenté avec l’artiste malgré son patronyme). Le 21 août à 12 heures, au Musée-Château, trois (très) jeunes interprètes se succèdent avec des pièces de bravoure.

, 17 ans, lauréat du Concours international d’Astana (prix spécial décerné par Denis Matsuev) en 2014, joue Liszt (Un Sospiro), Brahms (Intermezzo n° 2, op. 118) et Chopin (Scherzo n° 2). Il exprime avec un beau lyrisme dans Liszt et Chopin, ce qui est confirmé dans la musique du film La Liste de Schindler en bis. L’exécution est soignée, il possède une très belle sonorité et une maturité qui conviennent particulièrement à Brahms ; si dans Chopin il manque encore de spontanéité au début, il la trouve à la fin, en se libérant d’un jeu qu’il semblait s’imposer pour garder une certaine rigueur.

La française , également 17 ans, est lauréate du Concours international Piano Campus qui a eu lieu en février dernier à Pontoise. Installée devant le piano, elle se concentre pendant une dizaine de secondes, puis, elle entre totalement dans les Variations sur un thème de Schumann de Brahms. Son incarnation musicale est admirable, elle vit chaque note et chaque phrase de tout son être. Même si son sens de chant est évident dans le romantisme brahmsien, le cadre encore classique de ces compositions n’est probablement pas le meilleur atout pour elle pour s’exprimer. Saint-François de Paul marchant sur les flots de Liszt lui donne plus de liberté : la virtuosité éblouissante et la profondeur méditative constituent un contraste fascinant dans son jeu, mais cela reste encore assez intellectuel – la manière dont elle tente de contrôler certains passages se transparaît dans son interprétation. En revanche, en bis, le finale de la Sonate n° 7 de Prokofiev, dans un tempo très rapide, révèle à notre sens la vraie nature de cette pianiste qui maîtrise parfaitement une certaine agressivité musicale, avec une sonorité à la fois limpide et épaisse.

Enfin, le Suisse , 14 ans (!), vient de remporter la section junior du Concours international de Kiev. Il propose un programme très éclectique, composé de pièces relativement courtes : une Sonate de Scarlatti, le Ballade n° 3 de Chopin, La Leggierezza de Liszt, une Etude-Tableau et un Prélude de Rachmaninov, un extrait de Romeo et Juliette de Prokofiev et une improvisation jazzy du pianiste. Egalement compositeur, il a déjà une solide connaissance concernant la structure musicale : dans le Ballade de Chopin, il « triche » plus d’une fois des passages oubliés, mais il le fait si ingénieusement que si l’on ne connaît pas la partition, il n’y paraîtrait rien. Et ce, sans le moindre signe d’émotion psychologique. A mesure que le programme avance, il trouve son naturel, donnant à deux morceaux de Rachmaninov des expressions pittoresques et à Prokofiev un grand caractère descriptif. Ses mains, encore petite, et ses bras, sont d’une souplesse remarquable pour réussir à des passages exigeants, comme de grands sauts d’intervalle ou des accords à grands écarts ; il a également une force étonnante pour un adolescent de 14 ans. Mais nous nous gardons de faire trop d’éloges. Il a de toute évidence besoin de temps pour mûrir, même si son interprétation actuelle annonce qu’une fois à maturité, ce sera un bon cru.

IMG_2271 copie © Yannick PerrinLe Messie de Haendel éblouissant et Babar amusant

Pour le reste des concerts, citons tout particulièrement la grande soirée du 21 août, avec Le Messie de époustouflant, par sous la baguette de son fondateur . Les quatre solistes (la soprano Julia Doyle, l’alto , le ténor et le basse David Wilson-Johnson) réalisent une prestation digne, avec une légèreté tout à fait adaptée au style mais en même temps avec une gravité adéquate (par exemple « The people that walked in darkness » ou « He was despised »). Le chœur et l’orchestre sont en bienheureuse harmonie, aidés par l’acoustique remarquablement équilibrée de l’Eglise Notre-Dame de Liesse, où tout sonne à juste résonance, sans que la réverbération perturbe l’audition. La direction de est extrêmement précise ; les musiciens placent en lui une confiance totale quand à la construction de l’œuvre, et le font ressentir dans leur interprétation. Tout cela permet d’offrir un Messie magistral, solennel et jubilatoire, sans aucune lourdeur. On regrette toutefois qu’il y ait eu quelques coupures (des passages consécutifs de ténor dans la deuxième partie, le récitatif d’alto puis le duo « O death… » et le chœur qui suit, dans la troisième).

Le 23 août à midi, à l’Eglise Sainte-Bernadette, nous assistons un concert en famille. Au programme : L’Histoire de Babar de et Le Carnaval des Animaux de , avec Lidja Bizjak et aux pianos, comme récitant, des musiciens de l’ dirigé par . Le récit fait par , de la Comédie-Française, est si vivifiant, agrémenté de gestes parfois très amusants, avec des tons très variés mais toujours joyeux, donne soudain un autre visage à ces deux œuvres que l’on connaît pourtant presque par cœur. Dans Babar, le timing avec le piano est bien compté, sans laisser aucun « blanc » dans l’histoire, menant l’interprétation à une grande réussite. Dans le Carnaval, la clarinette (« Le Coucou au fond des bois ») se cache dans les coulisses pour donner une certaine distance par rapport aux autres instruments ; le violoncelle dans le « Cygne » est d’une finesse exquise. La présence du chef nous laisse un peu dubitatifs, l’œuvre peut être considérée comme une musique de chambre élargie où les musiciens peuvent tout arranger entre eux.

IMG_3070 copie © Yannick PerrinAuparavant, le 20 août, joue le Concerto en ré majeur de Brahms avec l’ sous la direction de , où le violoniste n’a pas encore dominé le grand souffle qui règne sur l’œuvre. Il retrouve cependant son inspiration dans la Sonate de Ysaÿe qu’il exécute en bis. Le 22 août à 21 heures, les Quatuors en ré mineur KV 421 de Mozart et « Sonate à Kreutzer » de , ainsi que le Quintette de Schumann, par le , n’ont pas trouvé la juste musicalité malgré la remarquable dans Schumann. La disposition « viennoise » du quatuor (de gauche à droite : violon I, violoncelle, alto, violon II) n’est probablement pas adaptée à toutes les pièces jouées.

Crédit photographique : , Le Messie, Le Carnaval des Animaux © Yannick Perrin

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