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Purcell à la sauce jazzy avec Christina Pluhar et L’Arpeggiata

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 6-X-2015. Œuvres de Henry Purcell (1659-1695), Nicola Matteis (1670-1714), Maurizio Cazzati (1618-1678) et improvisations. Avec : Nuria Rial, soprano; Vincenzo Capezzuto, alto ; Gianluigi Trovesi, clarinette ; Wolfgang Muthspiel, guitare. L’Arpeggiata, direction : Christina Pluhar.

ArpeggiataLeur « teatro d’amore », consacré à Monteverdi, avait certains soirs frôlé les pires outrances. Purcell s’accommode-t-il davantage du traitement proposé par et ses musiciens de ?

Tous les croisements sont-ils tolérables en musique ? Telle est la question qu’on peut légitimement se poser à l’issue du concert donné à la Philharmonie de Luxembourg par et ses instrumentistes de . Entre d’un côté les puristes attachés à la fidélité et au respect du texte, et de l’autre les inconditionnels de l’aventureuse et audacieuse Christina Pluhar, il est parfois difficile de trouver un terrain d’entente ou un juste milieu. Certes, personne ne pourra nier que la musique de Purcell, avec ses basses obstinées, ses chaconnes et ses multiples répétitions avec variations, se prête idéalement à l’improvisation. La musique baroque, on le sait, repose en large partie sur cet art. On pourra arguer également que l’instrumentarium du jazz dérive directement de celui de l’orchestre baroque : au clavecin succède le piano, au luth ou au théorbe la guitare, au cornet à bouquin la clarinette à bocal, etc. En revanche, l’esprit parfois austère des grands thèmes purcélliens ne paraît pas toujours compatible avec les modalités mises en place dans certaines des réécritures proposées au public : les « Hallelujah » du « Evening Hymn », par exemple, évoqueraient davantage les chants de certaines églises évangéliques de Harlem que le sobre recueillement des temples de la Restauration. Le résultat global est donc, on dira, variable…, et dépend peut-être du degré de fidélité au texte original ou bien, ou contraire, de la part d’inventivité dans la réécriture. Fait peut-être ironique, c’est l’interprétation de « The Plaint » de The Fairy Queen qui comptera sans doute parmi les plus belles réussites de la soirée, grâce à son sobre accompagnement confié au violon, au théorbe et à la guitare baroque.

Autre grand moment, le premier bis donné en fin de concert, où l’on s’éloigne – enfin – des brumes londoniennes associées à Purcell et à son époque. Quant aux outrances, si elles demeurent innombrables, elles évitent généralement de sombrer dans le mauvais goût. Seul véritable dérapage stylistique, le duo des deux percussionnistes, totalement hors de propos dans le contexte, et cela quelles que soient les qualités intrinsèques des deux instrumentistes. On préfèrera garder en mémoire des pièces comiques comme « ‘Twas within a furlong of Edinborough Town » ou « Man is for Woman made », totalement incongrues dans leur restitution mais tellement amusantes… Elles ont beau n’avoir rien à voir avec leur contexte d’origine, elles n’en proposent pas moins une lecture décapante et innovante de l’original purcéllien.

CapezzutoSi l’on est en droit de contester la pertinence des adaptations musicales, il n’y a rien à redire, en revanche, sur la qualité de l’interprétation vocale ou musicale. Tous les artistes ont une maîtrise absolue leur instrument, et ils font tous preuve d’une rare virtuosité dans leurs improvisations. On mentionnera tout naturellement les deux vedettes invitées de la soirée, le clarinettiste Gianluigi Trovesi et le guitariste Wolfgang Muthspiel. Chez les solistes vocaux, le soprano cristallin de l’angélique confère un certain degré d’authenticité aux pages qui lui sont confiées. La légère amplification sonore mise en place donne à son instrument une consistance qu’on ne lui connaît pas d’habitude. À ses côtés, l’inénarrable , avec sa voix d’alto reconnaissable entre toutes, brûle les planches de sa présence scénique. Parfaitement juste et timbré, son instrument en tout point atypique s’envole vers les hauteurs pour donner mille couleurs au texte des airs qu’il a la charge d’interpréter, et auquel il parvient à insuffler vie et passion. On n’est certes pas chez Purcell. Et si l’on ne sait pas vraiment où l’on est – concert de jazz ? cabaret ? comédie musicale ? –, on est bien, en tout cas, quelque part…

Crédit photographique : L’Arpeggiata et (photo n°1) ; (photo n°2) © François Zuidberg

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