Louis Schwizgebel, une vision moderne dans Saint-Saëns

À emporter, CD, Musique symphonique

Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concertos pour piano n° 2 en sol mineur, op. 22 (enregistrement en direct) ; n° 5 en fa majeur, op. 103 « L’Egyptien ». Louis Schwizgebel, piano ; BBC Symphony Orchestra, direction : Fabien Gabel (op. 22) et Martyn Brabbins (op. 103)
Enregistré à Londres par la BBC à Media Vale Studios, 18 février 2014 (op. 22) et 7 avril 2015 (op. 103). 1 CD Aparté, réf. : AP112. Code barre : 3 149028 076226. Livret en anglais et en français. Durée totale : 50’

 

St-Saëns concertos

Les bonnes versions de ces deux célèbres concertos pour piano de Saint-Saëns sont rares, en raison de leurs difficultés techniques et de leur exotisme un peu image d’Epinal. Le jeune pianiste sino-suisse Louis Schwizgebel en propose une.

Ce qui frappe immédiatement sur cet enregistrement, c’est la prise de son, qui donne une distinction indéniable entre le piano et l’orchestre. On entend le son du piano tout près, tandis que certains instruments de l’orchestre sonnent parfois loin dans l’air. Les coups de timbales étouffés, surtout au début du deuxième mouvement du Deuxième Concerto, en sont un des exemples les plus flagrants. Les bois sont bien audibles tandis que les cors sont lointains : leur résonance suggère plutôt la chasse que dans un concert… On comprend toutefois ce déséquilibre étant donné des conditions d’enregistrement en direct d’un concert.

Le tempo assez rapide des deux derniers mouvements, toujours du Concerto n°2, nous frappe également, mais la perfection technique du pianiste, ainsi que son lyrisme évident (le deuxième thème du premier mouvement par exemple), créent une progression naturelle de la musique. La fougue engendrée par la performance sur scène y est palpable, ajoutant à l’écoute un grand plaisir.

Quant à « L’Égyptien », son interprétation montre assurément que est un coloriste. Ses doigts créent un visage différent pour chaque note et chaque passage, avec ses couleurs propres : Dans l’Allegro, on peut goûter un merveilleux contraste entre la quasi-agressivité du passage à octave avec le tutti orchestral et le scintillement délicat des notes aiguës au retour du premier thème ; dans l’Andante, il réalise pour certains moments calmes une sonorité comme celle d’un piano préparé, alors que les gammes ascendantes rapides suivantes sonnent comme des clochettes. Il a aussi un grand sens rythmique : dans le début du troisième mouvement, la partition swingue ou presque. D’ailleurs, ce mouvement entier danse joyeusement avec ses doigts, et la théâtralité chère au compositeur, emprunté du grand opéra, y est bien présente.

nous propose ainsi une vision moderne – si on peut dire, dépoussiérée – de « tubes » des concertos pour piano de toujours, dans une exécution éblouissante pleine de fraîcheur.

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