Pascal Gallois, Dai Fujikura et Prague Modern de nouveau réunis

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Gérard Grisey (1946-1998) : Talea (ou la machine et les herbes folles) pour ensemble instrumental ; Luciano Berio (1925-2003) : Requies pour orchestre de chambre ; Daï Fujikura (né en 1977) : Concerto pour basson. Pascal Gallois, basson ; ensemble Prague Modern, direction : Pascal Gallois ; Tokyo Metropolitain Symphony, direction : Tatsuya Shimono. 1 CD Stradivarius. Enregistré au Sono Recording Studios à Prague en 2015 ; enregistrement live pour le Concerto de basson, le 11/10/2012 au Suntory Hall de Tokyo. Texte Français/anglais/italien. Durée : 54′.

 

8011570370310Les liens qu’a tissés l’ensemble avec le compositeur et le bassoniste et chef d’orchestre sont durables et profonds. En témoigne ce nouvel album Stradivarius réunissant pour la seconde fois les trois partenaires. Avec y dirige les pièces de et , tandis qu’il joue en soliste le Concerto de basson écrit pour lui par Daï Fujikura.

Le Concerto est enregistré sur le vif lors du concert au Suntory Hall de Tokyo en 2012, avec le sous la direction de Tatsuya Shimono. Fujikura dit l’avoir écrit sur la base de Calling, la pièce soliste pour basson composée l’année précédente pour Pascal Gallois et ses capacités de jeu hors normes. L’œuvre d’envergure, un brin labyrinthique, est d’un seul tenant, conduite par le soliste dont les colonnes de sons multiphoniques sont répercutées, amplifiées et magnifiées par un orchestre opulent. Fujikura ménage plusieurs plages solistes au basson virtuose et phénoménal, exploité dans tous ses registres et dans toutes les qualités plurielles de son timbre : transparent et lumineux dans les aigus, rêche et bruiteux dans des graves souvent saturés. Mais l’instrument se fait aussi le médium d’un lyrisme éperdu soulevant par vagues une masse orchestrale plus expressive. Si l’on peine à cerner la conduite formelle du concerto, l’itinéraire proposé par le basson ne laisse de captiver l’écoute.

Conçue pour une formation aussi efficace qu’économe, celle du Pierrot lunaire, Talea de est, à l’image de son concepteur, une pièce visionnaire qui véhicule sa part d’utopie. L’exécution est fonction de l’engagement et de l’énergie qu’y déploient les interprètes. Celle du Prague Modern, sous la direction de Pascal Gallois, est sidérante, conférant à cette trajectoire en constant devenir un éventail inouï de gestes et de textures instrumentales.

De , qui a dédié sa Sequenza pour basson à Pascal Gallois, Requies (1983-84) est un chef d’œuvre d’une rare teneur : relevant d’une maestria instrumentale étonnante, l’œuvre est le tombeau de Cathy Berberian, l’épouse du compositeur décédée en 1983. Pascal Gallois le compare à juste titre à Memoriale de Pierre Boulez, tombeau lui-aussi écrit en 1985. Le temps étal et l’équilibre fragile qui s’instaure au sein des pupitres invitent à une écoute contemplative, n’étaient les quelques instants plus dramatiques consentis à la fin de cette célébration imaginaire. L’émotion affleure dans l’interprétation subtile et bien sentie du Prague Modern que dirige là encore Pascal Gallois.

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