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Vinnitskaya et Urbański revisitent Rachmaninov

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano n°2 en ut mineur, op. 18 ; Rhapsodie sur un thème de Paganini, op.43. Anna Vinnitskaya, piano. NDR Elbphilharmonie Orchester, direction : Krzysztof Urbański. 1 CD Alpha Classics. Enregistré du 10 au 16 mai 2016, au Studio Rolf-Liebermann, Hambourg. Notice trilingue : anglais, allemand et français. Durée : 56’36.

 

91LvpZZ-KBL._SL1500_Pour son troisième disque chez Alpha Classics, retrouve avec bonheur le répertoire russe qu’elle affectionne tant. Dans ce nouvel album consacré cette fois-ci à Rachmaninov, nous retrouvons la pianiste russe en pleine possession de ses moyens, associée à avec lequel elle collabore depuis plusieurs années.

Le caractère passionné des premières mesures du Concerto n° 2 nous plonge dans un état inhabituel : celui qui survient souvent un peu plus tard dans ce premier mouvement, lorsque l’émotion nous submerge. Pourtant l’évidence est là, dès l’entrée de l’orchestre, l’immédiateté du jeu provoque des frissons. Réputée pour sa redoutable technique, se démarque par sa ligne dépoussiérée de tout superflu pour mieux pénétrer l’émotion et la faire vibrer. Là où d’autres grossissent le trait, la pianiste le personnifie sans trop en dévoiler.‎ À ses côtés, ‎s’illustre à travers une direction vivante et soignée. Loin de toute emphase, il met en valeur aussi bien le fond que la forme avec un sens du détail de premier plan.

Le Moderato initial frappe par son expression profonde, jamais figée, son langage qui résonne avec modernité. Cette proximité organique avance dans un mouvement constant vers un ailleurs baigné d’amour et de lumière. Si son rubato reste modéré, Anna Vinnitskaya donne du poids à chacune de ses interventions, révélatrices d’un tempérament qui ne permet aucun compromis. Ses accords Alla marcia joués serrés, sans traîner ni étirer le phrasé, en sont un exemple probant, avec aussi sa sensibilité dans l’Adagio, caractérisé par sa douceur poétique. Puis, vient le Final et son sublime Moderato, moins expansif que d’ordinaire. Une touche de retenue instaure un dialogue sobre dont le contraste n’en est que plus grand dès que le discours s’anime.

‎Partition particulièrement brillante pour le piano et l’orchestre, la Rhapsodie sur un thème de Paganini ‎est parfois cantonnée à un simple exercice de virtuosité dans lequel la forme prend le pas sur la substance de l’œuvre. Cette version de haut vol apparaît d’une fraîcheur revigorante. Le geste devient l’émotion même : habitée par un imaginaire captivant, la pianiste russe fait sien chaque tableau grâce à sa variété de ton, une approche aux sens particulièrement aiguisés. À ses côtés, l’orchestre se pare de sonorités pleines, tantôt incisives, tantôt sensuelles et colorées. La beauté des textures, l’élégance de chaque pupitre mais aussi ses rythmiques enlevées sont autant d’éléments qui suscitent l’enthousiasme dès la première écoute. Si les treizième et quatorzième variations avancent sur des charbons ardents pour nous entraîner vers une féerie symphonique puis pénétrer des terres d’un charme enivrant (quinzième et seizième), la dix-neuvième est portée par un souffle dont la vélocité digitale n’omet aucun détail polyphonique sur la grande ligne. Difficile de ne pas aussi évoquer la vingt-deuxième : lumineuse de simplicité, éternellement parmi les‎ plus belles pages d’un romantisme à fleur de ‎peau.

Ce disque reflète la forte personnalité de deux artistes majeurs de ces dernières années et possède les arguments pour rejoindre les sommets de la discographie.

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