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Jan Lisiecki et Krzysztof Urbański au Grand Théâtre de Provence

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Aix-en-Provence. Grand Théâtre de Provence. 9-II-2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Ouverture de la Flûte enchantée, KV 620. Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano n° 2 en fa mineur op. 21. Witold Lutosławski (1913-1994) : Concerto pour orchestre. Jan Lisiecki, piano. Orchestre National de Lyon, direction : Krzysztof Urbański

rawImagePour sa première invitation au GTP, le pianiste a fait forte impression auprès du public aixois. Accompagné de l’ sous la direction de , le jeune musicien s’illustrait dans le Deuxième concerto de Chopin, œuvre qui fait partie de son répertoire de prédilection.

La phalange lyonnaise aime à choisir un prélude d’opéra comme première œuvre de ses concerts symphoniques. L’ouverture de la Flûte Enchantée nous fait (re-)découvrir Urbański, chef invité pour la deuxième fois à Aix-en-Provence. Sa direction est aussi élégante que minimaliste dans la gestuelle. Tel un artiste qui capte et saisit l’inspiration pour mieux créer, il semble parfois ajouter des touches de couleurs au tableau qu’il peint. Mais cette approche épurée est trompeuse. Mozart est finement abordé. Sa ligne mélodique libère douceur et clarté, soutenue par des nuances sobres qui laissent le phrasé s’épanouir.

Le Deuxième concerto de Chopin, dans sa tonalité de fa mineur, débute par un climat teinté de mélancolie. L’entrée du piano apporte une gravité et une profondeur de discours, constantes dans le premier mouvement, et ne s’attarde pas sur les plages empreintes de tristesse. Avec son sens très fluide du phrasé, le toucher délié de Lisiecki trouve une expression immédiate dans chaque développement lyrique. On ressent dans son jeu appliqué, mais jamais scolaire, cette volonté de faire parler son instrument comme s’il s’agissait de sa propre voix. Son piano chante et nous touche. L’orchestre semble, quant à lui, un peu en retrait face à cet engagement autoritaire, parfois viril, dont les sonorités pleines et rondes viennent couvrir les cordes. Les tuttis résonnent dans le lointain sans grande variété expressive. L’exemple le plus probant est le dernier mouvement : l’accompagnement côté violons peine à se faire entendre, d’autant que le tempo légèrement retenu bride l’esprit de danse omniprésente dans la Mazurka. L’ONL reste totalement en retrait alors qu’il y aurait matière à converser avec le soliste. Reste le moment de pure poésie, avec le Larghetto, dont les pages empreintes d’amour et de tendresse nous touchent de bout en bout. En bis, offre au public sa version de Rêverie de Schumann, extrait des Scènes d’enfants. Son tempo étiré semble retenir l’instant pour mieux cristalliser l’émotion que dégage le tableau.

Après l’entracte, c’est un tout autre orchestre qu’on retrouve. Urbański connaît bien le Concerto pour orchestre de puisqu’il l’a gravé avec le NDR de Hambourg. Composée entre 1950 et 1954 à la fin de l’ère stalinienne, cette œuvre concilie avant-garde et nostalgie. Si le compositeur s’inspire du folklore polonais, la rythmique, les couleurs rappellent Bartók, mais aussi Stravinsky, notamment pour sa manière de faire ressortir les cuivres. Cette pièce rend également hommage à la période baroque avec certains titres de mouvement dont Passacaille, Toccata ou Choral. Urbański brille ici par la précision apportée à la grande ligne architecturale privilégiant aussi bien le fond que la forme. L’ensemble est équilibré et met en lumière chaque pupitre qui devient soliste à tour de rôle à travers un dialogue constant plein de fraîcheur et de piquant. Le chef libère ainsi au fil des différents volets intensité et amplitude pour aboutir à un climax final convainquant.

Crédit photographique : © Caroline Doutre

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