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Dialogues entre orchestre, rappeur et basse électrique de Lauri Porra

À emporter, CD, Musique symphonique

Lauri Porra (né en 1977) : Kohta (version originale avec rappeur et version instrumentale) ; Domino Suite ; Concerto pour guitare basse électrique « Entropia ». Paperi T, rappeur ; Lauri Porra, basse électrique. Orchestre Symphonique de Lahti, direction : Jaakko Kuusisto. 1 SACD hybride BIS. Enregistré en janvier et mai 2017 à Lahti. Durée : 83:18

 

entropia_lauri_porraFaire se rencontrer guitare électrique et rap avec l’orchestre classique, est-ce une rencontre fécondante ou un appauvrissement ? , joueur de guitare basse électrique et arrière-petit-fils de Sibelius, tente une expérience qui confirme la règle biologique que la mixité est un enrichissement.

De formation classique durant son enfance,  a de l’hérédité. Arrière-petit-fils de , petit-fils du chef d’orchestre , fils d’une mère musicienne d’orchestre et d’un père musicien amateur de jazz, il découvre à l’adolescence tout le spectre de la musique: « la nature inarrêtable de la musique rock, l’allure des musiques latino-américaines, la transe hypnotique de la musique électronique, l’interactivité du jazz, la puissance brute du punk, la sagacité du hip-hop, la sensibilité de la musique baroque, la monumentalité des grandes symphonies et l’infatigabilité du métal ». À l’approche de la quarantaine, en parallèle de son engagement dans le groupe métal Stratovarius qui poursuit une belle carrière internationale, il renoue avec ses origines familiales et celles de son enfance avec Entropia, concerto pour guitare basse, composé en 2015, et Kohta, pièce orchestrale de 2016 avec le rappeur Paperi T en récitant.

Naturellement, l’association la plus immédiatement déroutante est celle du rappeur et de l’orchestre dans Kohta. Alors que le crossover façon Pavarotti & Friends a durablement dégradé l’idée que la musique classique était soluble dans d’autres musiques sans y perdre son âme, ici Lauri Porra et Paperi T veillent à ce que chaque style garde son identité, pour un véritable échange. Les choses commencent prudemment, avec une exposition orchestrale planante suivie par une exorde du rappeur. Progressivement les choses s’animent jusqu’à un climax où orchestre, percussions et rappeur sont en osmose, comme dans les grandes pages lyriques. Le finale, consonant, a l’optimisme lyrique d’une musique de film (une autre corde à l’arc de Porra), et on y trouvera l’ombre planante de l’arrière-grand-père.

Pour ceux qui sont à la recherche de l’influence de Sibelius dans l’œuvre de son descendant, ils trouveront leur bonheur dans le dernier mouvement de la Domino Suite,  qui s’inscrit dans le souffle du finale de la Symphonie n°5. Mais dans cette œuvre, c’est l’apothéose du deuxième mouvement, qui laisse le champ libre au percussionniste (Joonas Riipa) qui nous séduit le plus, beau comme un feu d’artifice au sens littéral du terme.

Entropia est la pièce de résistance, par sa durée de près d’une demi-heure, et parce que le compositeur y est aussi le soliste et qu’il y met sa double nature de musicien classique et métal. Comme pour Kohta, c’est une rencontre, pas un mélange. Le choix du mot entropie doit être compris dans son acception de loi de thermodynamique qui mesure à la fois le désordre et la direction du temps, quand des éléments entrent en contact l’un avec l’autre, comme un vase qui éclate au sol, ou l’eau froide mélangée à l’eau chaude. Dans Entropia, le climax où la guitare sonne le plus rock est dans le dernier mouvement, dans une surprenante symbiose de la monumentalité de l’orchestre symphonique et de l’énergie individuelle du soliste rock, avec une conclusion là encore euphonique et annonciatrice d’un monde meilleur.

En faisant dialoguer et s’écouter mutuellement la musique orchestrale classique et le rap ou le métal, avec l’appui de l’ qui est réputé pour ses enregistrements de Sibelius, Lauri Porra crée une passerelle qui annonce de futures collaborations fructueuses, et apporte une preuve supplémentaire que la musique contemporaine nordique est aussi vivante qu’accessible à un large public.

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  • frgirard

    Bonjour,

    Kohta : très belle oeuvre. Le rap c’est une scansion qui est absente ici. Kohta, version originale pour conteur et orchestre serait plus appropriée.

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