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Le Christ selon Berlioz par Jean Pavans

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Le Christ selon Berlioz. Jean Pavans. Bayard. 165 pages. 20,90 €. Août 2018

 

christ_selon_berlioz aurait probablement accueilli avec curiosité et une ironie douce-amère l’idée qu’un éditeur fort chrétien consacre un ouvrage à son interprétation de la figure du Christ. se sort brillamment de cet exercice périlleux.

L’ouvrage s’ouvre de manière bien peu berliozienne par la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception, intervenue deux jours avant la création de L’enfance du Christ qui eut lieu le 10 décembre 1854. Une coïncidence révélatrice du fait que l’archaïsme calculé de l’œuvre s’inscrivait dans son époque, ce qui avait contribué à son succès.

Traducteur impénitent de Henry James, auteur d’un livret d’opéra d’Arnaud Petit, La Bête dans la jungle, créé en 2011 par le très berliozien François-Xavier Roth, n’avait guère écrit que des notices sur l’auteur de Grande messe des morts. En six chapitres, l’essayiste réalise un portrait sur la manière dont Berlioz, avec flamme, tendresse, humour caustique, sincérité et esprit visionnaire a nourri toute son œuvre de la religion, celle chrétienne et celle païenne de l’Antiquité.

Les cent pages de son essai, complétées par une anthologie d’écrits du compositeur sur la musique religieuse, démontrent une profonde affinité et compréhension de son sujet. Le style fluide et dynamique sait laisser toute leur place aux lettres et articles de Berlioz, dont la réputation de grand écrivain n’est plus à faire. Avec beaucoup d’art Jean Pavans dissimule un plan rigoureux où chaque chapitre a une fonction très précise derrière un fourmillement d’anecdotes et d’analyses très fines (la question wagnérienne en particulier), pour couvrir à la fois les dimensions historiques, biographiques et artistiques de son sujet.

Le cœur de la démonstration est à trouver dans le quatrième chapitre, où aux « deux ailes de l’âme » qu’étaient pour Berlioz l’amour et la musique, Pavans ajoute à cette chimère trois autres ailes, la nature, la religion et la littérature. L’auteur embrasse tout cela dans son ouvrage, et non la seule question religieuse, et c’est ce qui fait son intérêt. Si Berlioz avait rapidement perdu la foi de son enfance, la religion était une manifestation humaine dramatique et théâtrale idéale pour enflammer son inspiration, de la Damnation de Faust aux Troyens, de la Messe Solennelle de 1824 jusqu’aux trois derniers opus posthumes, Veni Creator, Tantum Ergo et l’ultime… Invitation à louer Dieu.

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