À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Première intégrale Bach de l’organiste Marie-Claire Alain

Plus de détails

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Intégrale de l’œuvre pour orgue. Marie-Claire Alain aux orgues de Varde, Sonderborg, Copenhagen Holmens kirke, Aabenraa, Middelfart, Aarhus (Danemark), Hälsinborg (Suède), Schleswig (Allemagne). Coffret 15 CDs Erato. Enregistré de décembre 1959 à janvier 1967. Livret trilingue français, anglais, allemand. Durée totale 19:15:00

 

Alain

Attendue depuis très longtemps, l’édition CD enfin disponible de la première intégrale Bach dite « scandinave » de fait figure d’événement discographique.

Après plus de cinquante années, cette somme musicale magnifiquement remastérisée offre toujours cet impact révolutionnaire que sut imposer au début des années 60. La grande organiste française que les Anglo-Saxons avaient surnommée « The lady of the organ » avait réalisé dès 1954 un premier enregistrement consacré à Bach sur l’orgue de l’église Saint-Merry à Paris. Élève de Marcel Dupré, elle s’était déjà beaucoup confrontée à ce répertoire incontournable. Quelques autres disques suivirent ensuite pour les discophiles français. Cependant, c’est en 1959 qu’elle débute une véritable intégrale, avec la complicité de Michel Garcin, alors directeur artistique de la firme Erato, au travers de deux disques consacrés aux sonates en trio et aux chorals Schübler sur l’orgue Marcussen de la petite église de Varde au Danemark.

Son approche est révolutionnaire par le choix des instruments, s’écartant des orgues classiques français, pas assez précis pour cette musique selon elle, qui s’en explique longuement dans un texte émouvant. Le résultat est inédit : un orgue juste, net, porté par une prise de son analytique mais aérée, avec des timbres chatoyants et légers. La facture nordique moderne, inspirée par les orgues baroques allemands, faisait alors merveille et de manière tout à fait nouvelle. À partir de là se déroule une belle aventure de presque huit années, vécues au rythme des albums et des différents orgues, choisis minutieusement en fonction des grands cycles de l’œuvre de Bach. Ces albums ont bercé plusieurs générations d’organistes et de mélomanes, aux côtés d’autres intégrales plus anciennes (Helmut Walcha) ou contemporaines (Michel Chapuis).

Le présent coffret se compose de 15 CD dont les pochettes individuelles sont décorées de photos d’époque évoquant l’ambiance des enregistrements. Le remastering a été réalisé à partir des bandes originales, ce qui offre une qualité de son exceptionnelle et supérieure aux microsillons d’origine. La couleur même du son analogique est préservée dans toute sa pureté. On s’attardera en particulier sur les sonorités poétiques et parfaitement équilibrées de l’orgue de Varde, sans doute son préféré. Les sonates en trio chantent, swinguent dans les finals, et les six Chorals Schübler restent parmi les plus beaux de toute la discographie. On retrouve avec plaisir cette petite chamade entonnant le thème du choral du veilleur (BWV 645). En même temps on admire la qualité de l’articulation et du toucher, complètement intégrés, de la manière la plus intelligente et musicale qui soit, grâce à une belle intuition pour cette musique dont elle avait su découvrir les mystères, d’où cette impression d’interprétation révolutionnaire.

Les tempi, rapides en général, tranchent avec ceux qui s’entendaient ailleurs à la même époque, donnant aux grandes pièces une énergie communicative. Les développements et modulations de la Toccata en Fa majeur, prolongés par sa double fugue, enivrent l’auditeur par le tourbillon incessant du contrepoint. Arrivée au terme de son travail en 1967, elle confiait sa tristesse de ce chemin accompli et de sa séparation d’avec Bach.

Quelques années plus tard, à partir de 1978, elle se lançait dans une nouvelle intégrale sur d’autres instruments et riche des nouvelles avancées de la musicologie. Puis en 1986 dans une troisième, poursuivie après la chute du Mur de Berlin qui lui permit enfin d’accéder aux orgues Silbermann de Saxe, ceux-là mêmes que Bach avait connus. 

Cependant, c’est bien dans cette première intégrale que l’on tirera le meilleur de son approche par rapport à ce monument de la musique occidentale, car sans doute elle y demeure la plus intuitive. Erato a désormais entrepris plusieurs rééditions mémorables de Marie-Claire Alain dont un fameux coffret sur l’orgue français qui fait référence. Souhaitons dans l’avenir, entre autres, le retour au catalogue de compositeurs baroques allemands magnifiés par cette artiste (Buxtehude, Pachelbel, Böhm, Tunder…) qui compléteront harmonieusement la présente réédition.

Lire aussi :

Hommage à Marie-Claire Alain

 

Plus de détails

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Intégrale de l’œuvre pour orgue. Marie-Claire Alain aux orgues de Varde, Sonderborg, Copenhagen Holmens kirke, Aabenraa, Middelfart, Aarhus (Danemark), Hälsinborg (Suède), Schleswig (Allemagne). Coffret 15 CDs Erato. Enregistré de décembre 1959 à janvier 1967. Livret trilingue français, anglais, allemand. Durée totale 19:15:00

 
Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Les commentaires sont fermés.

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.