Parution du premier volume de la correspondance de Paul Dukas

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Correspondance de Paul Dukas. Vol 1 : 1878-1914. Simon-Pierre Perret. Actes Sud/Palazetto Bru Zane. 688 p. 45 €. Septembre 2018

 

9782330109127Dans la collection « Actes Sud/Palazzetto Bru Zane », paraît le premier tome volumineux de la correspondance du compositeur de l’Apprenti sorcier, rassemblée et annotée par Simon-Pierre Perret.

Les lettres, présentées chronologiquement, commencent en 1878 alors que est âgé de 13 ans, pour se clore au début de la Première Guerre mondiale. Une période qui recouvre des années de Conservatoire plutôt médiocres, ses déboires au Prix de Rome qui s’en suivirent (en partie liées à Charles Gounod envers lequel Dukas ne cessa de nourrir du ressentiment), ses activités de compositeurs, de critique musical et d’enseignant au Conservatoire.

Les correspondants de sont assez peu nombreux, et traduisent son relatif isolement : son frère Adrien, puis les compositeurs Camille Saint-Saëns, Vincent d’Indy (dont une lettre particulièrement intéressante du 1er octobre 1893) ; son éditeur Jacques Durand ; Laura Albeniz, pour s’enquérir de la santé déclinante de son père Isaac ; mais aussi ses amis proches, comme le musicien amateur Paul Poujaud ou l’officier mélomane Guillaume Lallemand et surtout le critique Robert Brussel, son élève, qu’il considérait comme un fils adoptif. On notera l’absence dans cet ouvrage de correspondance avec son ami Debussy, en dépit de l’amitié qui les unissait. Nous pouvons également regretter parfois de n’avoir que les lettres envoyées par Dukas sans celles reçues.

Ces lettres constituent une source pour comprendre le contexte de création et de réception de ses œuvres, la plupart écrites avant 1914, en particulier son poème symphonique l’Apprenti Sorcier (1897), beau succès et souvent repris, le ballet La Péri (1911) et son opéra Ariane et Barbe bleue (1906). Le critique musical, à la plume drôle et mordante, perce également dans ces écrits : on voit Paul Dukas défenseur de Saint-Saëns ou de Vincent d’Indy (par exemple à propos de son opéra Fervaal), ou encore admirateur de Wagner, non sans réserve quant à ses écrits théoriques d’ailleurs. Plus généralement, les lettres traduisent sa curiosité encyclopédique, en particulier ses connaissances littéraires, évoquant ses lectures ou encore sa traduction en cours de La Tempête de Shakespeare.

Il s’agit là d’une correspondance abondante et d’intérêt certes inégal, mais souvent dans le style drôle ou piquant qui lui appartenait. Le début de sa critique de Pelléas et Mélisande était d’ailleurs restée célèbre à cet égard  (« Il vient d’arriver à M. Albert Carré, directeur de l’Opéra-Comique, une bien curieuse aventure ; il a joué un chef-d’œuvre »). Par ailleurs et comme le souligne Simon-Pierre Perret dans la préface, Dukas évoque peu sa vie privée ou celle des autres. À partir de 1914, il consacre en revanche des paragraphes entiers au déroulement de la guerre et à des considérations militaires sur l’avancée de « ces Messieurs » les allemands, avec un patriotisme sans originalité et une mélancolie liée à son isolement à Paris.

L’ensemble est rassemblé par Simon-Pierre Perret (1935-2017), l’auteur de la biographie de Paul Dukas chez Fayard, et publié à titre posthume. Il intègre une préface de bonne facture, destinée à l’ensemble des trois ouvrages et non à ce seul volume, et surtout des notes précises, fruit d’un travail de longue haleine, qui font de l’ensemble une nouvelles source sûre et consistante pour la recherche sur la musique de cette période. La question est donc de savoir si la suite pourra être publiée malgré la disparition du spécialiste de Paul Dukas.

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