Rachmaninov joue ses Danses symphoniques

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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Danses symphoniques op. 45 improvisées au piano seul (larges extraits, 2 présentations de la même interprétation) ; Danses symphoniques op. 45 interprétées par orchestre ; L’Île des morts op. 29 ; Symphonie n° 3 op. 44 ; Poudre et peinture (1er mouvement des Trois chansons russes op. 41), chanson traditionnelle russe arrangée par Rachmaninov pour piano et voix ; Trois chansons russes pour chœur et orchestre op. 41 ; Rhapsodie sur un thème de Paganini op. 43 ; Polka italienne arrangée pour deux pianos et des voix (court extrait). Johannes Brahms (1833-1897) : Ballade en ré majeur op. 10 n° 2 (court extrait). Franz Liszt (1811-1886) : Ballade n° 2 en si mineur (larges extraits). Anonyme : Bublichki, chanson traditionnelle russe jouée par Rachmaninov à une fête. Sergueï Rachmaninov, piano ; Nadezhda Plevitskaya, mezzo-soprano (Poudre et peinture) ; Natalia Rachmaninov (Polka italienne) ; New York Philharmonic-Symphony Orchestra dirigé par Dimitri Mitropoulos (Danses symphoniques et Symphonie n° 3) ; Philadelphia Orchestra dirigé par Eugene Ormandy (L’Île des morts) ; Schola Cantorum et American Symphony Orchestra dirigés par Leopold Stokowski (Trois chansons russes) ; Benno Moiseiwitsch, piano, accompagné par le BBC Symphony Orchestra dirigé par Adrian Boult (Rhapsodie sur un thème de Paganini). 3 CD Marston Records. Enregistré entre 1926 et 1966. Textes de présentation en anglais. Durée : 3:24:33

 

Rachmaninov MarstonMarston Records rend hommage à en publiant un enregistrement jusqu’alors inédit : des extraits de ses Danses symphoniques op. 45, joués au piano seul par lui-même. Gravure qui se voit accompagnée de quelques autres raretés discographiques concentrées autour du compositeur et pianiste russe, nous faisant découvrir soit ses propres prestations, soit ses œuvres interprétées par des grands chefs de son temps.

L’exécution des Danses symphoniques donnée par Rachmaninov en privé, 4 jours avant Noël en 1940 (nous ne connaissons pas les circonstances spécifiques dans lesquelles l’enregistrement a été effectué), est une esquisse plutôt qu’une interprétation en chair et en os, surtout qu’elle subit plusieurs coupures et que, de temps à autre, on entend au fond des commentaires verbaux accompagnés d’un chantonnement. Par contre, quel sens du tempo rubato, quelle élégance du phrasé, quelle magnificence et légèreté du toucher, quelle force de l’attaque des touches dans les passages vifs et, enfin, quelle variété de sonorités ! Rachmaninov est un excellent interprète de sa musique, et cette prestation devrait servir d’exemple à tous les pianistes qui voudraient aborder ces pages. On notera que Marston Records nous sert cette gravure en deux versions : dans l’ordre respectant le cours de la partition, puis dans l’ordre tel que proposé par Rachmaninov lors de son improvisation.

Quant aux Danses symphoniques dirigées par , le 20 décembre 1942, nous avons affaire à une lecture imprégnée d’angoisse, débordante d’énergie et de virtuosité, mais également recouverte d’un manteau de nostalgie, de langueur et de tristesse. Pareillement, des contrastes expressifs marqués sont perceptibles dans l’exécution de la Symphonie n° 3, donnée le 21 décembre 1941 par le même chef. Sa prestation se voit, d’un côté – et bien que dépouillée de sentimentalité – dotée d’un cachet élégiaque et, de l’autre côté, pénétrée de bravoure et d’un élan victorieux, en souffrant pourtant d’un certain manque d’homogénéité dans la mise en évidence de la clarté formelle de la partition.

Pour ce qui est de l’interprétation de L’Île des morts, donnée le 2 avril 1943, soit cinq jours après le décès du compositeur, par le placé sous la baguette d’, on ressent – notamment dans les climax aussi pittoresques que fervents – cette vive émotion qui accompagnait jadis le deuil du défunt, et qui permet à l’auditeur de se plonger dans l’ambiance funéraire du moment. En ce qui concerne l’exécution des Trois chansons russes op. 41 – offerte le 18 décembre 1966 par la et l’American Symphony Orchestra dirigés par – des couleurs sombres et la finesse harmonique s’entremêlent avec un calme majestueux et la vivacité des rythmes rayonnant de ces pages inspirées par le folklore slave. En outre, la mezzo-soprano Nadezhda Plevitskaya donne en solo, et avec l’accompagnement de Rachmaninov assis au piano, la première de ces chansons, intitulée Poudre et peinture. Relevons qu’il s’agit d’un enregistrement ayant un caractère privé, effectué le 22 février 1926 dans les studios du label Victor Talking Machine Company.

La lecture de la Rhapsodie sur un thème de Paganini, proposée le 14 septembre 1946 par , le et Sir , est un mélange de poésie et de bravoure. Celle-ci, rendue çà et là plus intense par un mouvement relativement rapide, fait que, par moments, le soliste néglige la précision de l’articulation. Cette interprétation est grandiose malgré ce défaut.

Pour les autres œuvres pour piano seul jouées par Rachmaninov, cet album renferme un court extrait de la Ballade op. 10 n° 2 de , de larges fragments de la Ballade n° 2 en si mineur de (toutes les deux enregistrées le 5 décembre 1931), ainsi que Bublichki (un mot qui se réfère en Russie à des petits pains cuits en forme d’anneau), une chanson traditionnelle que le compositeur joua probablement en 1942 à une fête. La sonorité épouvantable de ces gravures diminue leur valeur, mais elles sont néanmoins d’un grand intérêt historique pour les fans de l’artiste. Last but not least, mentionnons la présence de la Polka italienne, exécutée par et son épouse Natalia aux alentours de 1942.

Ce coffret de trois disques, proposé par Marston Records, est un ajout important à la discographie de Sergueï Rachmaninov. Le livret est accompagné de trois commentaires, signés par Richard Taruskin, et les producteurs de l’album (dont le nom n’est pas donné), agrémentés d’un bouquet de photos rares.

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