Florian Uhlig poursuit avec brio son intégrale Schumann

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Robert Schumann (1810-1856) : Davidsbündlertänze op. 6. Kreisleriana, op. 16. Florian Uhlig, piano. 1 CD Hänsler Classic. Enregistré à la Yehudi Menuhin School de Stoke d’Abernon, Angleterre du 27 au 29 Mai 2017. Notice de présentation bilingue (anglais et allemand). Durée : 66:09

 

881488170382Le pianiste allemand poursuit son intégrale des pièces solos de Schumann débutée en 2010. Un total de 15 enregistrements dont 11 sont déjà sortis. Celui-ci est consacré à deux de ses cycles les plus importants les Danses des compagnons de David et les Kreisleriana dans leur deuxième édition. Une volonté manifeste d’être au plus près de l’héritage musical laissé par Schumann.

est reconnu depuis des années comme un spécialiste de Schumann. L’écoute de ce disque ne fait que confirmer l’étendue de ses affinités profondes avec ce répertoire. Une évidence qui prend corps tout d’abord dans le recueil des Davidsbündlertänze. Si son approche s’inscrit dans la lignée d’un héritage allemand du point de vue de la structure mais aussi de la rigueur, elle met aussi en lumière une souplesse rythmique ainsi que dans le phrasé. L’engagement est sincère, souvent enflammé dans les plages rapides. Dans les pièces lyriques, le toucher reste d’une simplicité expressive mais sensible. Son jeu pénètre l’émotion intime sous-jacente sans en négliger la beauté harmonique. Enchainements fluides et discours vibrant qui captent nos sens tout au long de ces 18 pièces.

Tout en contrastes, les deux personnages prennent tour à tour la parole. Eusebius, le rêveur romantique et Florestan, le fougueux passionné. Le sentiment amoureux prend des couleurs multiples et variées. On est bouleversé par la vérité et la pureté extrême du quinzième volet (Frisch) qui laisse respirer le texte. Tout comme l’impatience brûlante du quatrième dont l’élan irrésistible et l’ivresse rythmique nous emportent littéralement. Le délicat Zart und Singend, écrin de tendresse, semble ne pas avoir d’âge tellement son langage résonne avec modernité.

Le cycle des Kreisleriana est de la même veine. Cette version saisit la complexité de ces pages, un des sommets pianistique du romantisme allemand, pour aller à l’essentiel. Inspirée du corpus de nouvelles de Hoffmann avec son héros Johannes Kreisler, cette œuvre phare est dédiée à Chopin et composée avec en tête Clara Wieck. Le pianiste prend le temps de s’attarder sur les voix notamment dans les épisodes plus introspectifs. Les lignes chantent, s’écoutent et conversent déroulant une polyphonie jamais mièvre. Le travail des timbres est d’une grande richesse notamment dans la sublime deuxième pièce ou encore le poétique Sehr langsam dont la sensibilité est épidermique. Le sens de la dynamique caractérise les tempos vifs. La rythmique rebondit avec piquant dans les tempi vifs, et dévoile dans un espace court des humeurs totalement contradictoires. A nouveau, nos deux personnages imaginaires s’expriment. Le caractère tourmenté et instable est une constante pleine de fraîcheur. En revanche, la dimension plus fantastique et inquiétante n’est pas particulièrement mis en relief.

Toutefois, le choix de lecture du dernier morceau apparaît déconcertant. Son tempo retenu, le passage central joué avec une pédale très modérée, brident la deuxième partie. Une couleur énigmatique prend le pas sur la nuance « joueur » avec des accents marqués de façon clinquante.

L’interprétation vibrante et équilibrée de ces œuvres révèle le talent d’un pianiste peu connu en France. Les références dans ce répertoire sont nombreuses mais ce disque mérite une écoute attentive car il possède les arguments nécessaires pour combler les fans de Schumann.

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