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Troisième version de la n° 9 de Bruckner par Gerd Schaller

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 9, avec le finale achevé par Gerd Schaller (2° version). Philharmonie Festiva, Gerd Schaller (direction). 2 CD Profil Hänssler. Enregistré en juillet 2018 à Ebrach. Notice bilingue (anglais, allemand). Durée : 1:27:22

 

Bruckner-Schaller9Avec un orchestre réuni chaque année à Ebrach, le chef a entrepris d’enregistrer d’ici 2024, année du bicentenaire de la naissance du compositeur, toutes les symphonies de Bruckner dans leurs nombreuses rédactions successives. Après une première gravure des onze symphonies, il revient pour la troisième fois à la neuvième et à son finale laissé inachevé à la mort du maître. Plus que les deux précédentes, cette troisième gravure s’approche du mystère de ce mouvement dont les esquisses ne cessent de nous fasciner.

Sous le vocable « Bruckner 2024 », a dévoilé son ambitieux projet d’enregistrer toutes les symphonies de Bruckner dans leurs différentes versions successives. Et les amoureux du compositeur savent que son mode d’écriture très particulier, peut-être relié à son goût de l’improvisation en tant qu’organiste, le conduisait à multiplier les repentirs, laissant jusqu’à quatre rédactions successives authentiques mais différentes d’un même morceau. a déjà enregistré une fois les onze symphonies, et gravé deux fois la n° 3 et la n° 4, mais il a encore du pain sur la planche… Seul avant lui Georg Tintner avait affiché cette ambition, mais sa mort prématurée ne lui avait pas permis de mener ce projet à bien, tandis que le cycle jusqu’ici le plus complet, celui de Rojdestvensky, laisse de côté bien des rédactions originales de Bruckner.

Pour la Symphonie n° 9 dont Schaller signe là son troisième enregistrement, le cas est bien différent. Les trois premiers mouvements sont toujours identiques textuellement (encore que des alternatives au trio du scherzo existent mais Schaller les ignore) mais c’est le problématique finale laissé inachevé par Bruckner à sa mort dont Schaller a gravé trois reconstitutions différentes ; en 2010 celle de , considérée généralement comme trop éloignée des esquisses de Bruckner et d’un style emphatique et bruyamment wagnérien sinon hollywoodien puis en 2016 sa propre tentative d’achèvement, et maintenant cette version révisée. Sans doute peu satisfait de son premier résultat, Schaller a en effet retravaillé sa partition et gravé cette nouvelle mouture en 2018.

Sans être encore pleinement convaincant, le résultat est néanmoins le plus satisfaisant des trois enregistrements. D’une part parce que les trois premiers mouvements sont les plus habités des trois gravures successives, en particulier l’adagio, plus ample et recueilli que dans la gravure de 2016. D’autre part parce que cette nouvelle version du finale dont le très complet livret joint donne une analyse très fouillée (mais purement littéraire, quelques exemples musicaux auraient été bien venus), malheureusement seulement en anglais et allemand, colle au maximum aux esquisses laissées par Bruckner avec plus de densité que les réalisations rivales. Car Schaller en bon chef connaisseur du style brucknérien n’hésite pas à rajouter des voix intermédiaires qui manquent au manuscrit. La progression vers la coda manquante dont le rôle essentiel ouvre la voie à toutes les spéculations, est réalisée de façon crédible ; seules comme dans la version de 2016 les figurations ultimes de trompettes ajoutées par Schaller aux dernières mesures sonnent de façon un brin vulgaires et surtout peu « brucknériennes », notion certes subjective mais fortement ressentie quand on a en mémoire l’ensemble des autres codas du compositeur.

A cette réserve près, reconnaissons que Schaller propose la meilleure alternative à l’enregistrement de Rattle à Berlin porté par un orchestre somptueux, une direction analytique mais très fouillée et la réalisation très convaincante de Samale-Mazucca-Philips et Cohrs (Warner). Le débat n’est pas clos et ne le sera jamais (et les puristes s’en tiendront à la géniale lecture commentée des seuls fragments réalisée par Harnoncourt avec les Viennois) certes, mais reconnaissons que le travail de Gerd Schaller mérite un grand coup de chapeau. Attendons maintenant qu’il revienne aux symphonies précédentes dans les versions qu’il n’a pas encore gravées et nous donne un cycle brucknérien unique par son exhaustivité.

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  • Michel LONCIN

    On peut toujours espérer … mais … gardons-nous en prudemment … C’est que la version Gerd Schaller 2016 était aussi MAUVAISE que la dernière bouture de Carragan, dirigée par le même Schaller en 2010 !!! Gardons-nous en prudemment puisqu’il apparaît que, dans sa nouvelle version, il persistent en « les figurations ultimes de trompettes …. aux dernières mesures, sonn(a)nt de façon un brin vulgaires et surtout peu « brucknériennes » » !!!
    Il apparaît décidément que, par delà la version 1992 de Samale-Mazzuca-Phillips-Cohrs (la dernière, dirigée par Rattle est décevante, le quatuor de musicologues censurant inexplicablement leurs meilleures trouvaillent, notamment au seuil et dans la « Coda » !), SEULE celle de Sébastien Letocart (ne bénéficiant pas d’un « grand » orchestre ni d’un « renom » médiatique et ne se trouvant que sur Youtube) s’approche VRAIMENT de Bruckner (l’ultime section de « SA » Coda, fondée sur sa conception du thème « Halleluyah » et la résolution de la 6te napolitaine issue du premier mouvement, irradiante de Lumière, est de TOUTE BEAUTE !) …

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