Passage en Zones libres avec les ensembles Sillages et Nautilis

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Lorient. Théâtre de Lorient (CDDB). 24-V-2019. Benjamin de la Fuente (né en 1969) : Zones libres (création mondiale). Ensemble Sillages : Lyonel Schmit, violon ; Stéphane Sordet, saxophones ; Ingrid Schoenlaub, violoncelle ; Hélène Colombotti, percussions ; Philippe Arrii-Blachette, direction artistique ; Ensemble Nautilis : Céline Rivoal, accordéon ; Frédéric B. Briet, contrebasse ; Nicolas Pointard, batterie ; Christophe Rocher, clarinettes. Création lumières et scénographie : Nicolas Bazoge. Son : Sylvain Thévenard

IMG_005NBLe compositeur parvient à fusionner deux ensembles identifiés jazz et musique contemporaine dans une œuvre haute en couleur en respectant les particularités de chacun.

Une des missions fondamentales de la musique est de réunir les êtres humains, parfois au-delà des langues et des barrières culturelles, permettant une compréhension non verbale. Le projet Zones libres a été souhaité par et , qui envisageaient depuis longtemps de confronter leurs deux ensembles brestois et leurs manières de faire de la musique. Le choix de est tombé sous le sens pour orchestrer cette rencontre. En effet, ce compositeur singulier a tout au long de sa carrière mêlé les univers esthétiques et les pratiques, entre écriture et improvisation. Il représente la voie de la transversalité, une tendance importante de la musique d’aujourd’hui, n’hésitant pas à explorer librement du côté du jazz ou du rock au fil de ses œuvres ou de ses formations (notamment avec le groupe ).

Zones libres débute par une introduction électroacoustique qui plonge les spectateurs dans des matières minérales en mouvement (gravier, sable, pierres). Après cette immersion, huit musiciens, quatre de chaque ensemble, vont apparaître et se retirer tout au long du spectacle au gré des configurations multiples souhaitées par le compositeur. C’est un ballet très orchestré, un jeu de rôles millimétré en phase avec les jeux de lumières de Nicolas Bazoge. Comme les matières sonores introductives brutes l’ont suggéré, le spectateur assiste à une musique en train de se construire, chaque étape reposant en très grande partie sur un jeu d’improvisation au cours duquel les interprètes piochent dans un réservoir d’idées imaginées et consignées par le compositeur. Écrit et improvisation sont ainsi mêlés dans la facture même de l’œuvre. La concentration est extrême entre les instrumentistes, les échanges de regards constants. Sans équivoque, l’auditeur identifie sur scène les différences entre musiciens de l’écrit et jazzmen. Il en résulte certes parfois une certaine tension, mais elle se dénoue toujours au profit de moments intenses et fluides ou la symbiose entre les univers finit par se réaliser.

Benjamin de la Fuente a creusé la personnalité de chaque instrumentiste pour parvenir à ce résultat. Au fil des rencontres, il a peaufiné son travail en livrant une partition sur mesure pour cette réunion de virtuoses. Le sentiment général est celui d’un tournoiement continu, une ronde délicatement complétée par la bande sonore et par quelques effets rajoutés, comme des réverbérations. Les étapes font entendre tour à tour des rythmiques de jazz groovy, des crépitements de percussions légers ou denses, des moments mélodiques, des rugissements collectifs, des textures plus apaisées. On retient notamment un jeu de miroir fréquent entre les clarinettes de et les saxophones de , ou s’exprimant dans un puissant duo de percussions entre et Nicolas Pointard. Le batteur participe également à une petite berceuse enjôleuse jouée avec Céline Rivoal (accordéon) et (violoncelle). Cette dernière surprend par un solo très lyrique et romantique, seule en pleine lumière, vers la fin du spectacle. Il faut relever également la conclusion reposant sur un échange ludique animé par le souffle des musiciens dans des bouteilles, qui rappelle la musique pygmée et le « Watermelon man » d’Herbie Hancock avec les Headhunter (1973). Sans aucun doute, les interprètes prennent plaisir à arpenter collectivement ces Zones libres aménagées par Benjamin de la Fuente, et nous avec.

Crédit photographique : © Piera Formenti

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