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Bartek Nizioł interprète le concerto pour violon de Karłowicz

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Łódź. Philharmonie de Łódź. 07-II-2020. Mieczysław Karłowicz (1876-1909) : Concerto pour violon et orchestre en la majeur op. 8. Georges Bizet (1838-1875) : L’Arlésienne, extraits des suites d’orchestre n° 1 et 2 (Prélude ; Minuetto ; Adagietto ; Farandole) ; Carmen, extraits des suites d’orchestre n° 1 et 2 (Prélude et Aragonaise ; Intermezzo ; Seguidilla ; Les Dragons d’Alcala ; Les Toréadors ; Marche des contrebandiers ; Danse bohème). Bartek Nizioł, violon Guarneri del Gesú (1727) ; Orchestre symphonique de la Philharmonie de Łódź ; direction : Michał Nesterowicz

À Łódź, rend justice au Concerto pour violon et orchestre en la majeur op. 8 de , une œuvre romantique remarquable mais méconnue.

Bartek Nizioł_Karłowicz_Łódź_Stępień
Ces dernières années, la musique de est de plus en plus souvent interprétée par des artistes de premier plan, en concert comme au disque, que ce soit par Mikhaïl Pletnev ou, plus récemment, par Piotr Beczała et Helmut Deutsch. Ceci permet d’apprécier la diversité, ainsi que la beauté de la musique d’un compositeur prématurément décédé dans un accident tragique dans les Tatras, le 8 février 1909.

Environ un an et demi après le retour de ses études à Berlin, en 1902, Karłowicz élabora ce Concerto op. 8 pour son ancien professeur de violon, Stanisław Barcewicz. C’est celui-ci qui créa la partition à la Beethoven-Saal dans ladite capitale de l’Empire allemand le 21 mars 1903, accompagné de l’Orchestre philharmonique de Berlin dirigé par Karłowicz lui-même. Un chroniqueur du Berliner Bürsenzeitung écrivit alors à propos de ces pages : « Karłowicz aime une instrumentation vive et riche, par instants trop dense pour nous, mais tout ce qu’il écrit, sonne bien. Ses thèmes ne sont peut-être pas entièrement originaux, mais ils se caractérisent par un brio particulier ». Contrairement aux poèmes symphoniques du compositeur – postérieurs, empreints d’une ambiance pessimiste voire tragique –, ce concerto s’imprègne par moments d’atmosphères enveloppantes joyeuses et enthousiastes. Des passages virtuoses vigoureux, témoignant d’une connaissance approfondie des secrets de l’instrument, s’y entremêlent avec des fragments purement lyriques et nostalgiques.

Ce soir, impressionne par sa précision (il ne fait aucune erreur pour une exécution qui dure environ vingt-cinq minutes) et sa musicalité. Son sens du legato renvoie véritablement au chant humain. Sous son archet, les cantilènes – tantôt amples, tantôt suggestives – sont baignées d’une sonorité riche en harmoniques comme en couleurs, sombres pour les graves et chaleureuses pour les aigus. On notera que depuis l’enregistrement pour DUX il y a quatre ans, son approche générale de cette œuvre n’a presque pas changé. Invariablement, il attache de l’importance aux mêmes éléments phares : le raffinement et l’intensité, tous les deux inséparables dans sa lecture. En revanche, son jeu paraît maintenant – malgré le fait qu’il soit soutenu par un orchestre imparfait quoiqu’appréciable – encore plus naturel qu’avant, en raison, notamment, d’une articulation très nette dans la présentation du thème principal dans le finale, se traduisant par une plasticité des staccatos exemplaire. En bis, il propose, comme à Varsovie en décembre dernier, le Caprice n° 2 de , née à Łódź le 5 février 1909, à savoir trois jours avant la mort de Karłowicz.

Après l’entracte, l’Orchestre symphonique de la Philharmonie de Łódź sous la direction de Michał Nesterowicz donne des extraits des suites de L’Arlésienne et de Carmen de . Leur lecture est marquée par la précision rythmique et la maîtrise du mouvement, et ne manque pas de surprendre par quelques effets éclatants. Et si l’agogique ne soulève pas d’objections, nous avons des menues réserves par rapport au dosage des nuances dynamiques, en particulier pour celles comprises entre piano et fortissimo, que nous avons trouvé trop maigres. Ceci résulte, peut-être, d’une acoustique « sèche » de la salle, ne permettant pas aux cordes – pour ces prestations-là –, de résonner dans toute leur plénitude et tout en finesse. Ainsi, à la fin de la Danse bohème, la petite et la grande harmonies auxquelles se voient jointes les altos et les violoncelles étouffent la partie des violons, en éclipsant de cette façon, pour ainsi dire, la structure homophonique de ce fragment énergique et galvanisant par ses traits « démoniaques ». À la fin, la phalange de Łódź offre une exécution brillante, légère et humoristique de la Danse rituelle du feu de L’Amour sorcier de , pour laquelle on aimerait percevoir cependant un peu plus de feu. La soirée se termine par une ovation debout d’un public enthousiasmé par les attraits du programme présenté.

Crédit photographique : © Marcin Stępień

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Łódź. Philharmonie de Łódź. 07-II-2020. Mieczysław Karłowicz (1876-1909) : Concerto pour violon et orchestre en la majeur op. 8. Georges Bizet (1838-1875) : L’Arlésienne, extraits des suites d’orchestre n° 1 et 2 (Prélude ; Minuetto ; Adagietto ; Farandole) ; Carmen, extraits des suites d’orchestre n° 1 et 2 (Prélude et Aragonaise ; Intermezzo ; Seguidilla ; Les Dragons d’Alcala ; Les Toréadors ; Marche des contrebandiers ; Danse bohème). Bartek Nizioł, violon Guarneri del Gesú (1727) ; Orchestre symphonique de la Philharmonie de Łódź ; direction : Michał Nesterowicz

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