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Thomas Monnet au cœur de la musique d’orgue de Jehan Alain

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Jehan Alain (1911-1940) : Suite JA 69, 70 & 82 ; Deux Préludes profanes JA 64 & 65 ; Petite pièce JA 33 ; Trois danses JA 120 ; Aria. Thomas Monnet à l’orgue Cavaillé-Coll (1884) Glolon (1937) Lacorre (2018) de l’église Notre-Dame d’Auteuil à Paris. 1 CD Hortus. Enregistrement à Notre-Dame d’Auteuil (date non précisée). Livret bilingue français et anglais. Durée : 60:39

 

La musique pour orgue de Jehan Alain apparaît toujours renouvelée, par le choix d’un instrument spécifique et les engagements particuliers d’un interprète. Thomas Monnet, avec beaucoup d’intériorité et de mystères, ouvre la porte de ce monde magique.

alain_monnet_hortusLa discographie des pièces pour orgue de Jehan Alain est importante, cependant, la musique de ce génial compositeur livre à chaque fois quelques aspects inédits. Cela s’explique en partie grâce aux nombreuses alternatives des textes musicaux, qui pour la même œuvre, peuvent impliquer des choix parfois difficiles à prendre. Thomas Monnet s’en explique dans le texte du livret. Le grand rythme de la vie, tel est le titre de ce disque, extrait d’une phrase de la main même du compositeur et servant de fil conducteur à l’ensemble de l’album.

Le programme s’articule autour de deux grandes œuvres : La Suite et les Trois danses, qui occupent des places fondamentales dans son œuvre d’orgue. Attardons-nous un peu sur les Trois danses, son chef-d’œuvre absolu. Il s’agit de sa dernière composition, au départ prévue pour l’orchestre, ensuite reprise pour l’orgue. Toute sa vie est tragiquement révélée dans ce génial triptyque. Joies, deuils et luttes : trois mots au pluriel qui claquent fort. On a beaucoup écrit ou parlé à propos de ces pages qui font partie des sommets de la musique d’orgue du XXe siècle. Ce qui importe ici, c’est l’approche qu’en fait Thomas Monnet. Le choix de l’orgue de Notre-Dame d’Auteuil à Paris apparaît comme idéal. En effet, Jehan Alain a baigné dans un contexte musical ou l’empreinte romantico-symphonique des orgues de Cavaillé-Coll était encore très importante. Il fut cependant très attiré par des instruments plus anciens issus de la période baroque, au Petit-Andelys ou à l’abbaye de Valloires par exemple. Pour sa musique, un instrument réunissant ces deux tendances traduit de la meilleure manière son univers sonore. L’orgue Cavaillé-Coll (1884) de Notre-Dame d’Auteuil, augmenté et modifié par Georges Gloton en 1937 sur les conseils d’Albert Alain, père de Jehan, porte au plus profond le discours musical de l’auteur. Un tel instrument, parfaitement restauré par Denis Lacorre en 2018, dans une belle et large acoustique, appelle des tempos raisonnables qui intériorisent l’œuvre avantageusement.

Ainsi, Joies est comme déclamée, du fond du clavier, laissant passer une lumière tamisée. Le crescendo vient par les basses, avec les jeux d’anches et le tutti couronné par les mixtures éclate au point culminant de la pièce. S’enchaîne le sommet de l’œuvre, Deuils. « Danse funèbre pour honorer une mémoire héroïque » est-il écrit en exergue : Mémoire de sa jeune sœur Odile tragiquement disparue, et de celle de Jehan lui-même, terriblement prémonitoire. Ici, Thomas Monnet offre une vision extatique et vibrante, au plus haut point. La chaleur de son jeu associée à la pâte sonore de l’orgue intense et tragique, forment un ensemble rarement entendu jusqu’ici, débordant d’émotion. La fin du volet avec sa monodie orientale déchirante achève dans la douleur ces instants critiques. Luttes libère un temps l’auditeur pour l’amener vers d’autres combats en un inexorable crescendo où tout semble s’affronter jusqu’à l’ultime déclamation sur le tutti, effrayante et hurlante. La fin s’apaise dans le lointain (option différente de la version habituelle) jusqu’aux deux derniers accords forte et cinglants.

On retrouvera dans le reste du programme d’autres variantes ainsi choisies parmi les diverses versions, dont le dernier accord de Choral, joué sur le clavier de récit, boite expressive fermée, subtil et mystérieux. D’autres pièces plus courtes et tout aussi belles complètent le disque, comme d’heureuses respirations. Par ce disque, Thomas Monnet apporte un souffle personnel et nouveau où la musique de Alain transperce et fortifie. Un disque majeur.

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Jehan Alain (1911-1940) : Suite JA 69, 70 & 82 ; Deux Préludes profanes JA 64 & 65 ; Petite pièce JA 33 ; Trois danses JA 120 ; Aria. Thomas Monnet à l’orgue Cavaillé-Coll (1884) Glolon (1937) Lacorre (2018) de l’église Notre-Dame d’Auteuil à Paris. 1 CD Hortus. Enregistrement à Notre-Dame d’Auteuil (date non précisée). Livret bilingue français et anglais. Durée : 60:39

 
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  • Michel LONCIN

    Jehan Alain … grand espoir de la musique française … « mort pour la France » (comme « ON » dit !) … si prodigue de la vie de ses grands hommes (quand l’URSS, elle, les protégeait) !!! Jehan Alain, marié et père de trois enfants, engagé comme simple soldat, cité deux fois pour sa bravoure, est mort héroïquement, le 20 juin 1940, seul, face à un peloton d’assaut allemand … Le lieutenant allemand fera rendre les honneurs à ce héros !!! Dominique Lormier fait le récit de cette mort en page 217 de son « Comme des lions – Mai-Juin 1940 – Le sacrifice héroïque de l’armée française » …

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