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Les Sonnets de Crimée de Stanisław Moniuszko

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Stanisław Moniuszko (1819-1872) : Sonnets de Crimée pour chœur mixte, ténor solo et orchestre symphonique, sur des poèmes de Mickiewicz. Chœur de la radio polonaise (chef de chœur : Maria Piotrowska-Bogalecka) ; Aleksander Kunach, ténor ; {oh!} Orkiestra Historyczna ; direction : Dirk Vermeulen. 1 CD Polskie Radio. Enregistré du 31 août au 2 septembre 2019 dans la salle de concert de l’Académie de musique Karol Szymanowski de Katowice (Pologne). Textes de présentation en polonais et anglais. Durée : 40 minutes

 

Polskie Radio publie la première interprétation historiquement informée gravée au disque des Sonnets de Crimée de .

Moniuszko_Sonnets de Crimée_Polskie RadioDans la foulée des célébrations du 200e anniversaire de la naissance de en Pologne, les labels locaux nous ont fait (re)découvrir quelques-unes de ses partitions injustement oubliées, que ce soient les Ballades pour voix et piano ou les miniatures pour piano seul. Polskie Radio apporte sa pierre à l’édifice avec cette exécution de la cantate les Sonnets de Crimée. Moniuszko la façonna en 1867 pour chœur mixte, ténor solo et orchestre symphonique, sur des paroles tirées de huit (sur un total de dix-huit) sonnets d’Adam Mickiewicz, son poète préféré, dont le recueil porte le même titre. La création eut lieu à Varsovie le 16 février 1868.

En tant que cycle littéraire, les Sonnets de Crimée de Mickiewicz – publiés en 1826 – composent un récit artistique d’un voyage que Mickiewicz entreprit à l’été et l’automne 1825 à travers la Crimée, pendant son séjour à Odessa, où il fut contraint de s’installer à la suite d’un procès, accusé par les Russes de favoriser le nationalisme polonais comme membre des « Philomathes », une société littéraire et patriotique fondée en 1817 par un groupe d’étudiants de l’Université de Vilnius. À cette époque, la population de la péninsule de Crimée, fut constituée, en grande partie, de Tatars, un peuple d’origine turque installé là-bas depuis le XIIIe siècle. Les textes d’Adam Mickiewicz, traduits par lui-même en français (Moniuszko se base sur la version polonaise), sont des descriptions exprimant, d’une part, le désespoir du poète exilé de sa patrie et, d’autre part, son intérêt pour l’Orient, perceptible par exemple dans les références à la mythologie persane, à la Bible ou à l’Islam. Leur devise reprend une déclaration de Johann Wolfgang von Goethe : « Celui qui veut comprendre le poète, doit aller dans le pays du poète ».

En raison de leur forme sophistiquée, de leur structure très ordonnée et de leur métrique strictement codifiée, ces sonnets ne sont pas facilement adaptables à la musique. Chaque pièce repose sur quatorze vers regroupés en deux quatrains et deux tercets. D’habitude, les deux premières strophes sont de nature descriptive tandis que les versets suivants dépeignent les expériences du protagoniste, révélant ses réflexions. Mickiewicz ne respecte toujours pas ces dernières proportions.

Conjugués à la musique, ces vers s’imprègnent de différentes ambiances correspondant au sens des mots. Dans sa monographie consacrée à Moniuszko, de 1914, Aleksander Poliński laisse un commentaire qui résume la particularité de cette adaptation des Sonnets de Crimée : « Par la pensée, il [Moniuszko] accompagne Mickiewicz dans son pèlerinage à travers la Crimée, en décryptant, par l’intermédiaire du langage mystérieux de la musique, pas moins éloquent que celui de la plume vive du poète, tous les sentiments de celui-ci : ses chagrins, ses souvenirs, ses rêveries, ses impressions et sa nostalgie pénétrante. »

Sur le plan des harmonies, l’œuvre de Moniuszko ne comporte pas de références directes aux musiques orientales, mais elle s’approche de celles-ci via les couleurs émises par l’instrumentarium symphonique varié, original par ses accents percussifs faisant penser à la culture des Tatars : un quintette à cordes, une harpe, deux flûtes (dont un piccolo), deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, quatre cors, deux trompettes, trois trombones, un ophicléide, des timbales, un tambour, une grosse caisse, des cymbales et un tam-tam.

La cantate commence par une Intrada instrumentale se déployant dans un tempo lent mais non dénué de fluctuations d’intensité. Les mouvements suivants se parent d’un caractère méditatif (Le Calme en mer), de la verve (La Traversée) et d’effets illustratifs, comme le chuintement du vent. Le moment le plus expressif advient dans La Tempête, le cinquième mouvement, sur dix, de cette partition. Du point de vue de sa structure dramatique, ce climax nous paraît placé trop tôt, d’autant que, par la suite, la musique perd son élan, au détriment de la mise en valeur de son côté lyrique.

Pour ce qui est de l’interprétation, le est appréciable par la clarté de sa diction comme par sa déclamation suggestive. Si le ténor Aleksander Kunach convainc par la beauté de son timbre et sa suavité, sa prestation manque un peu de profondeur. La formation symphonique, le  sous la direction de , séduit quant à elle par sa sonorité homogène, usant d’un large éventail de teintes pastel, comme par une simplicité évocatrice. Les instrumentistes tirent de ces musiques toute la poésie et le charme des effets illustratifs.

En bref, une composition rare qui, sans prétendre au rang de chef d’œuvre (même au sein du catalogue des pages signées Moniuszko), est donnée avec beaucoup de soin, dans une interprétation historiquement informée lui rendant justice.

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Stanisław Moniuszko (1819-1872) : Sonnets de Crimée pour chœur mixte, ténor solo et orchestre symphonique, sur des poèmes de Mickiewicz. Chœur de la radio polonaise (chef de chœur : Maria Piotrowska-Bogalecka) ; Aleksander Kunach, ténor ; {oh!} Orkiestra Historyczna ; direction : Dirk Vermeulen. 1 CD Polskie Radio. Enregistré du 31 août au 2 septembre 2019 dans la salle de concert de l’Académie de musique Karol Szymanowski de Katowice (Pologne). Textes de présentation en polonais et anglais. Durée : 40 minutes

 
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