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Cyprien Katsaris honore le bicentenaire de Stanisław Moniuszko

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Stanisław Moniuszko (1819-1872) : extraits et paraphrases des opéras « Halka », « Le Batelier » et « Le Manoir hanté » (arrangements de Stanisalaw Moniuszko, Józef Nowakowski et Władysław Krogulski) ; œuvres originales pour piano (villanelles, polkas, bagatelles, mazur, polonaise, valse, dumkas) ; transcriptions et paraphrases de mélodies originales par Nicolaï von Wilm, Eugen de Westh, Wilhelm Krüger, Michał Biernacki, Henryk Melcer-Szczawiński, Bernard Wolff et Maurycy Dietrich. Cyprien Katsaris, piano Bechstein. 1 CD Institut Frédéric Chopin de Varsovie. Enregistré au Studio Witold Lutosławski de la Radio polonaise à Varsovie en mars 2019. Textes de présentation en polonais, anglais et français. Durée : 77:17

 

L’ célèbre le bicentenaire de la naissance de avec un récital, ainsi qu’avec la parution de ce disque, signé (né un 5 mai comme le compositeur).

NIFCCD 113 - KatsarisOutre un choix d’œuvres originales destinées au piano, on y trouve diverses transcriptions ou paraphrases (de première main ou dues à d’autres plumes) d’extraits d’opéras ou de mélodies. Moniuszko né voici deux cents ans était issu d’une famille de la petite noblesse, et étudia principalement à Varsovie, Minsk et Berlin. S’il a touché comme compositeur pratiquement à tous les genres musicaux, il est surtout connu, du moins en dehors de Pologne, pour deux de ses nombreuses œuvres lyriques : Halka, illustrant le genre du grand opéra romantique national, tout autant que Le Manoir hanté, plus fantasque, et plus proche de la comédie en musique.

Voici donc une compilation pianistique telle qu’agencée par sous les auspices de l’institution polonaise : des transcriptions originales ou paraphrases d’après les deux opéras déjà cités – elles autorisent le titre un peu trompeur de l’album – encadrent un vaste programme réparti entre villanelles, bagatelles, nocturnes ou valses, outre d’autres transcriptions ou paraphrases de quelques-unes des trois cent soixante (!) mélodies du maître, revues pour le seul clavier par divers virtuoses polonais ou allemands actifs à la fin du XIXᵉ siècle.

Dans ses quelques œuvres pianistiques originales ici retenues, et malgré un cadre harmonique assez prévisible, Moniuszko fait montre d’une incontestable fraîcheur mélodique et d’une verve irrésistible dans une veine d’inspiration « populaire » au sens noble du terme. Parfois, il est vrai, il conclut platement certaines pages au développement fruste par quelques mesures abruptement expédiées (Villanelle en si bémol majeur, Polka « Printanière » en fa majeur). Ailleurs, on s’étonnera çà et là des banalités un peu lourdes de l’écriture pianistique : le Nocturne en la bémol majeur piétine un peu sur place par cette formule inlassablement répétée à la main gauche… Par contre, la formule lapidaire de la fraszka (sorte de bagatelle polonaise) réussit beaucoup mieux à Moniuszko ; il y croque en quelques traits, une ambiance tour à tour nostalgique ou festive avec un irrésistible sens de la formule. Et ne boudons pas notre plaisir : la Valse en mi bémol mineur, sous les influences conjuguées de Schubert et Chopin, ou encore les diverses et émouvantes dumka, ukrainiennes d’inspiration, qu’elles soient originales ou « arrangées » par d’autres mains, sont toutes d’authentiques petits bijoux d’intimité et de délicatesse, lesquels pourraient constituer d’énigmatiques et élégants bis en judicieuse ponctuation de récital romantique.

Cyprien Katsaris donne de belles interprétations sensibles et vivantes de ces pages parfois injustement méconnues. S’il surjoue avec un enthousiasme un brin surfait la carte de l’abattage technique dans les (bavardes) paraphrases et transcriptions d’opéras ou de mélodies, non parfois sans une certaine grandiloquence (plage 23, transcription par Henryk Melcer-Szczawiński de Connais-tu le pays ?), il se révèle absolument idéal dans les pages les plus nostalgiques ou intimes : sa sonorité parfois un rien sèche dans le médium au fil des pages les plus péremptoires ou héroïques, se métamorphose au fil des miniatures plus secrètes, avec, à l’occasion, un juste dosage de la pédale : les premières notes de la Villanelle en ré bémol majeur (plage 7), quasi lunaires, deviennent instant de pure magie sonore et de poésie immanente. Il est aidé dans cette recherche de l’épanouissement du son dans toute sa variété expressive, par une captation très réussie, chatoyante, restituant à merveille l’acoustique agréablement réverbérée du Studio Witold Lutosławski de la Radio polonaise à Varsovie.

Voilà un disque plaisant et utile, avec lequel nous pouvons dignement fêter un bicentenaire quelque peu négligé au disque comme au concert ; une rare opportunité de découvrir quelques aspects de piano romantique polonais dans sa confrontation, volontaire ou non, à l’ombre écrasante de Frédéric Chopin.

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Stanisław Moniuszko (1819-1872) : extraits et paraphrases des opéras « Halka », « Le Batelier » et « Le Manoir hanté » (arrangements de Stanisalaw Moniuszko, Józef Nowakowski et Władysław Krogulski) ; œuvres originales pour piano (villanelles, polkas, bagatelles, mazur, polonaise, valse, dumkas) ; transcriptions et paraphrases de mélodies originales par Nicolaï von Wilm, Eugen de Westh, Wilhelm Krüger, Michał Biernacki, Henryk Melcer-Szczawiński, Bernard Wolff et Maurycy Dietrich. Cyprien Katsaris, piano Bechstein. 1 CD Institut Frédéric Chopin de Varsovie. Enregistré au Studio Witold Lutosławski de la Radio polonaise à Varsovie en mars 2019. Textes de présentation en polonais, anglais et français. Durée : 77:17

 
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