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Débuts de la polyphonie néerlandaise selon l’ensemble Diskantores

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Œuvres de Martinus Fabri (décédé ca. 1400), Hubertus de Salinis (1378/84-fl.1403/9), Oswald von Wolkenstein (1376-1445), anonymes. Diskantores : Jacques Meegens, orgue ; Oscar Verhaar, contre-ténor ; Andrew Hallock, contre-ténor ; Benjamin Jago Larham, ténor ; Niels Berentsen, ténor et direction artistique. 1 CD Muso. Enregistré dans l’église vieille-catholique de La Haye (Pays-Bas) en mai 2017 et à l’Orgelpark d’Amsterdam (Pays-Bas) en novembre 2017. Textes de présentation en français, anglais, néerlandais et allemand. Durée : 67:40

 

L’ensemble explore les premières œuvres de la polyphonie néerlandaise, prouvant que les musiques du Moyen Âge tardif ne manquaient en aucun point d’ardeur et de passion.

Cette nouveauté du label Muso rassemble des fragments manuscrits conservés dans les bibliothèques universitaires d’Utrecht, Leyde et Amsterdam, datés d’environ 1400. Un grand nombre de ces partitions ne sont pas complètes, certaines voix manquant. Pour cette raison, des passages ont été restaurés par la musicologue Eliane Fankhauser, d’autres ont été reconstruits par , le directeur de l’ensemble . Il est difficile de préciser les origines de ces pièces, bien qu’il soit sûr que les recueils proviennent d’une région néerlandophone car ils comportent des œuvres dont les textes sont rédigés en moyen néerlandais. À part cette dernière langue, ce disque englobe des chansons écrites sur des paroles en moyen français et allemand. En plus de cela, y figurent des compositions liturgiques en latin, telles que le Gloria anonyme et le Gloria Jubilacio d’, qui auraient pu être exécutées pendant une messe célébrée à Utrecht.

Pris ensemble, ces petits trésors de polyphonie, probablement issus de la cour du Comté de Hollande à La Haye ou des environs de la ville d’Utrecht (la résidence de l’évêque d’Utrecht), constituent un mélange exquis de profane et de sacré, montrant que les Européens de l’époque partageaient leur temps libre entre prière et divertissement. Dans le cadre des « musiques légères », données par exemple lors de festivités, l’amour courtois (la chanson Eer ende lof de , en français Louanges et honneur) se mêle à la joie du printemps à venir et à la perspective de danser avec des jeunes filles dont les noms se terminent par « -ette » (l’anonyme Och lief gesel, en français Ô cher compagnon). La douceur vernale, en revanche, ne remonte pas le moral à l’amant dans Renouveler mi feist (Le Retour du mois de mai) car il est loin de la demoiselle qu’il chérit. Dans une autre pièce anonyme, En ties en latin en romans (En hollandais, en latin et français), une dame rejette, d’une façon comique, les attentions (plurilingues !) de son adorateur. Dans Een cleyn parabel (J’ai entendu) de Fabri, qui parle d’une femme portant son « petit et adorable enfant », la tendresse de l’amour courtois s’enrichit d’une dimension mariale. En même temps, l’homme qui chante cette histoire, souffre parce que sa bien-aimée berce un bébé dont il n’est pas le père. Cette composition est suivie sur ce disque d’un Salve Regina. Dans une ambiance complètement différente se déroule le propos de la chanson de carnaval anonyme en français Ho ho ho qui clôt cet album, mettant l’accent sur les désirs charnels d’un être humain. Les derniers mots de cette œuvre – « Hé Dieu, que dois-je endurer pour ton plaisir, à genoux, aller à ce pèlerinage » – évoquent l’éternel combat entre le corporel et le spirituel qui accompagne la vie des chrétiens, comme dans la toile Le Combat de Carnaval et Carême de Pieter Brueghel l’Ancien.

Interprétativement, l’ensemble Diskantores convainc par l’homogénéité du timbre comme par la variété des couleurs. Les quatre chanteurs impressionnent par leur musicalité, le sens du mouvement et des respirations. Leurs voix sont limpides et chaleureuses, expressivement en harmonie avec le sens de ces textes, aussi grâce à leur articulation. Par exemple, dans Och lief gesel, la gestion des micro-silences entre les notes leur permet de mener le discours sur un ton jubilatoire, correspondant au message de la composition, et ce, aussi bien pour le cantus firmus que pour les contrepoints. Concernant certaines plages, le propos se voit agrémenté de sonneries de cloches ou du jeu d’orgue. Les interventions de celui-ci sont réservées à la musique sacrée. Enrichies de musica ficta chromatique et d’un jeu à plusieurs voix simple et improvisé, elles s’entrelacent – conformément au style de l’époque – avec celles des choristes qui oscillent entre le plain-chant et une polyphonie sophistiquée, ponctuée tant par des consonances que par des dissonances.

Ces ajouts instrumentaux, captés sur l’orgue Van Straten de l’Orgelpark à Amsterdam (une reconstruction d’un orgue utrechtois du XVe siècle), rendent le programme de cet album particulièrement attrayant. aborde notamment des pièces d’orgue extraites de la tablature de Groningue et du Codex Faenza, mais également il nous offre une improvisation sur O crux gloriosa, subjuguant par la virtuosité, le panache et la splendeur de son jeu. Il est fort probable qu’une telle démonstration musicale eut vraiment lieu, car un document élaboré dans les années 1390 par le haut clergé d’Utrecht, mentionne une improvisation à l’orgue sur ce chant à la fin d’une messe.

Ce disque nous emmène en voyage aux Pays-Bas au tournant des XIVe et XVe siècles, proposant des musiques aux multiples facettes, données dans des interprétations de référence.

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Œuvres de Martinus Fabri (décédé ca. 1400), Hubertus de Salinis (1378/84-fl.1403/9), Oswald von Wolkenstein (1376-1445), anonymes. Diskantores : Jacques Meegens, orgue ; Oscar Verhaar, contre-ténor ; Andrew Hallock, contre-ténor ; Benjamin Jago Larham, ténor ; Niels Berentsen, ténor et direction artistique. 1 CD Muso. Enregistré dans l’église vieille-catholique de La Haye (Pays-Bas) en mai 2017 et à l’Orgelpark d’Amsterdam (Pays-Bas) en novembre 2017. Textes de présentation en français, anglais, néerlandais et allemand. Durée : 67:40

 
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