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Astor Piazzolla en gloire sur la trompette de Lucienne Renaudin Vary

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« Piazzolla Stories ». Astor Piazzolla (1921-1992) : Chin Chin ; Oblivion ; Maria de Buenos Aires ; Chiquilin de Bachin ; Chau Paris ; Ave Maria « tanti anni prima » ; Years of solitude ; Close your Eyes and Listen. Alberto Ginastera (1916-1983) : Danza de la Moza Donosa. Richard Galliano (né en 1950) : Tango pour Claude. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en sol mineur BWV 1001 (Presto). Nadia Boulanger (1887-1979) : Lux æterna. Niccolo Paganini (1782-1840) : Caprice n° 24. Carlos Gardel (1890-1935) : Volver. Lucienne Renaudin Vary, trompette ; Richard Galliano, accordéon ; Thibaut Garcia, guitare ; Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, direction : Sasha Goetzel. 1 CD Warner Classics. Enregistré les 12, 14 et 16 septembre 2020 à l’auditorium Rainer III, Monaco. Notice en français, anglais et allemand. Durée : 61:17

 

célèbre en fanfare les cent ans de la naissance d’ dans un disque très coloré, puisqu’il réunit, autour d’El Gran Astor : Johann Sebastian Bach, Nadia Boulanger, , Carlos Gardel, Alberto Ginastera et Niccolo Paganini en des compositions transcrites ou arrangées.

La toute jeune trompettiste réussit l’exploit de jouer dans la cour des grands tout en rehaussant son instrument, à la fois très populaire et peu présent comme soliste dans le répertoire classique.

Jouer Piazzolla, elle en rêvait depuis trois ans déjà, depuis le jour, où, en tournée en Argentine, elle s’était mise dans les rues à siffloter les airs du maître. Elle s’est persuadée que cette musique était parfaite pour la trompette, instrument monodique, agile et de caractère, ce qu’elle prouve aujourd’hui. Tout d’abord avec les énergiques Chin Chin et Oblivion. Ce qui frappe d’emblée, c’est la sonorité chaude et le jeu en même temps fluide et précis de . Moins métallique et plus ronde qu’une trompette uniquement classique, celle-ci se montre d’un naturel nomade, habituée à passer d’un style à un autre. Tout en étant très présente, la soliste n’écrase pas l’, lequel répond avec le même sens du placement et la même finesse de nuances. Ainsi les attaques de la trompettiste ne sont-elles jamais brusquées, arrivant comme par en-dessous. Ce qui fait aussi qu’il n’y a aucune sensation de plaquage dans l’interprétation : la musicienne et l’ensemble sont parfaitement fondus. Atmosphère, atmosphère ! Oui, mais point trop n’en faut pour cette musique foncièrement lyrique : l’émotion s’exprime librement, le ton demeurant juste. Le résultat d’un projet mûrement réfléchi par le chef, , moins présent ici en père qu’en frère.

Tout l’art d’ repose sur une alliance unique de populaire et de savant, un grand sens dramatique et l’assimilation d’influences diverses. Le populaire, c’est une mélopée ou un air porté par un rythme qui embarquent irrésistiblement ; le savant, c’est une recherche plus formelle ou plus libre, qui parfois soudainement conduit ailleurs. Piazzolla, un grand voyageur ! Heureuse union dans ce petit bijou qu’est Maria de Buenos Aires, avec tout d’abord un enchaînement de plusieurs thèmes, le premier de tango, chantant et sautillant, le deuxième plus extatique, etc., et puis le basculement dans une partie fuguée où se répondent les violons et la trompette. Un tourbillon où l’énergie le dispute à l’abandon. Morceau de bravoure pour la soliste, qui met là en évidence, s’il en était besoin, sa maîtrise totale de l’instrument. A noter aussi que la prise de son est excellente, ce qui se perçoit par exemple vers la fin du même morceau, quand, sur le tapis des cordes frottées et des notes égrenées à la guitare, se détache langoureusement la ligne mélodique de la trompette.

Autre preuve de la bonne intelligence de l’univers bariolé de Piazzola : la composition du programme, lequel non seulement rappelle les enseignements suivis et les influences subies, mais également fait alterner plusieurs formations : le solo absolu dans le Presto de la Sonate en sol mineur BWV 1001 de Johann Sebastian Bach et le Caprice n° 24 de Niccolo Paganini (bluffante Lucienne Renaudin Vary), le duo trompette-guitare dans Chiquilin de Bachin ( y est parfait) de Piazzolla, la trompette posée sur les cordes de l’orchestre dans Lux aeterna de Nadia Boulanger, l’alliance de la trompette et du quatuor à cordes dans la belle et nostalgique Danza de la Moza Donosa d’Alberto Ginastera, ou encore le duo trompette-accordéon sur fond orchestral du très émouvant (surtout quand on aime Nougaro) Tango pour Claude de et avec l’indéfectible .

Une proposition cohérente, un album réussi.

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« Piazzolla Stories ». Astor Piazzolla (1921-1992) : Chin Chin ; Oblivion ; Maria de Buenos Aires ; Chiquilin de Bachin ; Chau Paris ; Ave Maria « tanti anni prima » ; Years of solitude ; Close your Eyes and Listen. Alberto Ginastera (1916-1983) : Danza de la Moza Donosa. Richard Galliano (né en 1950) : Tango pour Claude. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en sol mineur BWV 1001 (Presto). Nadia Boulanger (1887-1979) : Lux æterna. Niccolo Paganini (1782-1840) : Caprice n° 24. Carlos Gardel (1890-1935) : Volver. Lucienne Renaudin Vary, trompette ; Richard Galliano, accordéon ; Thibaut Garcia, guitare ; Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, direction : Sasha Goetzel. 1 CD Warner Classics. Enregistré les 12, 14 et 16 septembre 2020 à l’auditorium Rainer III, Monaco. Notice en français, anglais et allemand. Durée : 61:17

 
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